‹ Le dossier des pèlerinages, suitè de L'arsenal de la dévotionChapitre 99 sur 117 · Manuel complet des pèlerinages, p · texte numérisé non relu

Manuel complet des pèlerinages, p

sentants de l'avenir, par l'esprit de routine contre l'esprit de libre examen.

Au comité central, siégeant à Paris, se sont reliés peu à peu des comités de province. Ce sont eux qui provoquent les pèlerinages, veillent à leur organisation, tracent les itinéraires ', s'entendent avec les compagnies de chemins de fer et les voituriers pour les transports, envoient des prospectus 2, et versent à l'occasion les fonds nécesssaires pour l'expédition de quelques représentants.

La tâche de ces comités serait toutefois bien ingrate sans le concours des évêques. Sur un appel parti de l'évêché, le menu clergé se met en branle. A moins d'encourir volontairement la disgrâce de leur supérieur hiérarchique, il serait difficile aux curés de ne pas faire preuve de zèle. Non-seulement ils payent de leur personne en cette circonstance, mais ils amènent encore avec eux le petit personnel qu'ils ont réussi à recruter.

i. Des programmes règlent toutes les occupations de chaque journée, heure par heure :

« 7 h. Messe de communion générale; »8 h. Déjeuner (café au lait et chocolat); « 9 h. Vénération des reliques, » etc. i. Le Pèlerin, iM année, p. io5.

Ces programmes renvoient de loin en loin à certaines prièrea du Manuel publié par le Conseil général. « Celui, dit le Pèlerin, qui fera toutes les prières marquées peut être tranquille sur son pèlerinage » 4" année, p 144.

2. Le signataire d'un des prospectus que nous avons sous les yeux se qualifie « directeur du mouvement ».

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C'est ainsi qu'on voit traîner aux pèlerinages ces légions d'enfants qui forment, avec les prêtres et les membres des communautés, la majeure partie des manifestants. L'évêché va jusqu'à préciser à ces enfants, pour qui la manifestation est d'ailleurs une partie de plaisir, la tenue qu'ils auront. Nous lisons dans un « avis préliminaire » de l'évêché de Chartres aux curés du diocèse :

« Nous serions heureux de voir, si ce n'est toutes, au moins un grand nombre des paroisses du diocèse s'associer à cette manifestation religieuse. MM. les curés pourront donc, ils devront même engager leurs paroissiens à se rendre à Chartres au jour désigné cidessus. En outre, nous les invitons spécialement à y députer, chacun de leur paroisse respective, cinq ou six jeunes filles vêtues de blanc, dont quelques-unes porteraient une bannière de la sainte Vierge avec ses glands et une autre d'entre elles tiendrait soit une branche de lis à la main, soit une couronne de fleurs déposée sur un coussin ou un cœur, etc.

» Messieurs les curés qui seraient dans l'intention et en mesure de répondre à nos désirs, sont priés de vouloir bien nous le faire savoir par une lettre sous bande, à l'adresse de monseigneur. »

Excellente manière de constater ceux qui auront ou non répondu au vœu de Sa Grandeur.

En vue de grossir le public, l'association de Notre- Dame de Salut, dont nous avons dit le degré d'inti-

mité avec le Conseil général des pèlerinages, expédie sur le lieu de la manifestation les ouvriers de bonne volonté de ses cercles. D'autre part, afin d'encourager les organisateurs, le grand Conseil a obtenu du pape, à leur intention, trois cents jours d'indulgences, a toutes les fois qu'ils accompliraient un acte pour organiser ou favoriser un pèlerinage». Sur de nouvelles instances, la faveur a augmenté et Pie IX accorde maintenant :

« Une indulgence plénière pour chacun des pèlerinages organisés par le Conseil général ou par les divers comités unis à lui, ainsi qu'à tous les fidèles qui y prendront part '. »

Prodigue de ces faveurs qui lui coûtent peu, le Conseil général a encore imaginé d'appliquer aux pèlerinages les « bénédictions télégraphiques », sollicitées de Rome avec réponse payée et reçues sur place avant la fin de la cérémonie. Mais ce qui, plus que les faveurs spirituelles, a certainement contribué au succès de son œuvre, c'est le rabais de 5o o/o, et quelquefois davantage % obtenu par lui des compagnies de chemin de fer pour le transport des pèlerins. On ne s'en est pas tenu aux trajets directs : nous avons vu le pèlerinage transformer les manifestations pieuses en promenades, et mettre à la portée de toutes les bourses un petit tour de France ou d'Italie.

i. Le Pèlerin, 3' année, p. 35.

i. De Paris à Issoudun, le trajet est coté pour les pèlerins à 1 1 fr. 6o c, aller et retour, au lieu de ?2 francs.

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« A Turin, les pèlerins se muniront de billets cir culaires qui leur donneront le droit de parcourir l'Italie septentrionale et l'Italie centrale jusqu'à Rome. Ils pourront visiter Turin, Alexandrie, Gênes, Pise, Livourne, Civita-Vecchia, Rome, Foligno, Florence, Pistoie, Bologne, Padoue, Venise, Vérone, Milan, Turin. Ceux qui voudraient commencer par visiter Milan, Vérone, etc., ont le droit de le faire l. »

Et je lis ailleurs :

« Les pèlerins pourront profiter de leur séjour à Rome pour se rendre à Naples, au mont Cassin, à Pompéi ; on distribue en gare des billets, aller et retour'(prix réduits) pour ces diverses destinations 2. »

On ne saisit pas très nettement ici ce qui distingue le train de pèlerinage du train de plaisir. Et c'est le cas d'observer qu'une certaine partie des manifestants est beaucoup plus sensible aux distractions du voyage qu'à son but social et religieux. « N'oublions jamais, leur dit le comité, que nous sommes des pèlerins et non pas des touristes ''. » Seulement, comme les touristes peuvent grossir assez agréablement le nombre des pèlerins, on fait tout ce qu'on peut pour les attirer. Il est à remarquer d'abord que les pèlerinages ont lieu dans la belle saison, presque toujours concur-

i. Le Pèlerin, 4e année, p. 3a5.

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