INCONVÉNIENTS DE LA TÉNOTOMIE
Nombreux sont les inconvénients de la ténotomie et ils ne sont pas compensés par les quelques avantages qu'elle apporte à la cure du strabisme.
1° Dans le strabisme convergent.
Aussitôt après l'opération, l’œil ténotomisé subit un redressement très marqué, mais ceredressement ne persiste pas en général, dans Les jours qui suivent, et peut même quelquefois disparaître plus ou moins complètement, le globe oculaire reprenant sa position ou plutôt sa déviation primitive.
Puis, de par le fait même de l’opération et surtout si on n’a pas suturé la conjonctive,la caroncule lacrymalese trouve attirée en arrière par l'intermédiaire du muscle rétracté Il existe enfin une exophtalmie post-opératoire inesthétique.
Voilà pour les résultats immédiats de la ténotomie. Giraud 2
Mais les résuitats éloignés présentent généralement des inconvénients plus marqués.
La vision binoculaire ne s’est pas établie après l’opération et c’est malheureusement ce qui se produit le plus souvent. Aux effets de la ténotomie s’ajoute le relâchement spontané de la convergence et survient alors un strabisme secondaire externe du plus disgracieux effet.
La ténotomie produit un reculement du tendon musculaire qui détermine une insuffisance du muscle, c’est- à-dire une insuffisance plus ou moins marquée de la convergence.
Si on étudie le champ du regard des opérés, on constate que l’adduction du globe se trouve diminuée et cependant l’abduction ne se trouve pas augmentée ou très peu.
Dans tout mouvement correspondant à l’action du muscle ténotomisé, l'œil PA présentant un redressément apparent, a peine à suivre son congénère et nous verrons alors apparaître, soit une fausse projection, soit plus souvent une dysharmonie entre les excursions du globe, qui est des plus disgracieuses.
La vision binoculaire ne peut donc se rétablir puisqu'il n’y a pas harmonie des mouvements des deux yeux, et si la diplopie n'apparaît Pas, c’est que généralement il y a amblyopie de l’œil opéré avec neutralisation de l’image perçue.
Si la vision de cet œil opéré est suffisante, et surtout si on cherche à créer la vison binoculaire, on ne peut
plus y arriver, car alors apparaîtra une diplopie croi-
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sée, dans le champ d’action du muscle ténotomisé : diplopie apparaissant aussi toutes les fois que le sujet se servira de sa vision rapprochée, l’amplitude de convergence étant diminuée par l’affaiblissement du droit interne.
Comme Landolt le dit avec raison, l’effet de la ténotomie, séparant un muscle du globe oculaire, est à tous égards le même que celui d’une parésie, et la ténotomie d'un droit interne crée une insuffisance de convergence des plus préjudiciables.
< Et pourtant le nom seul d'insuffisance disait, qu’il « ne fallait pas prendre, mais ajouter, non pas affaiblir,
« mais bien renforcer » (Landolt). \
8° Dans le strabisme divergent.
La ténotomie est, ici aussi, suivie, de même que dans
le strabisme convergent d'un léger redressement du : globe.
Ce redressement n’est en général, même après l’opération, pas suffisant, car les déviations de strabisme divergent sont souvent considérables. De plus, quand le malade converge pour se servir de sa vision rapprochée, dans les cas ou la vision binoculaire existe en partie, la divergence persiste et avec elle la diplopie croisée.
Si l'opéré regarde au loin, le phénomène contraire se produit ; le malade paraît loucher en dedans et il pré-
sente de la diplopie homonyme.
Il a été inutile de parésier le droit externe en le ténotomisant, car le strabisme divergent résulte de la faiblesse d’innervation du droit interne. Et comme le droit externe ne peut plus se contracter suffisamment quand le malade regarde au loin, afin de faire relâcher la convergence, il se produit un strabisme convergent avec diplopie homonyme.
Pour avoir le droit de tétonomiser le muscle droit externe d’un œil dont la vision est suffisante, il faudrait que cet œil présentât un grand excès de divergence
active.
En résumé, nous voyons que, comme le dit Onfray : « La ténotomie est une opération dangereuse, dont le « résultat ne peut être absolument prévu et la téno- « tomie du droit externe est une opération presque « toujours inutile, souvent nuisible. »
« À mesure que l’on prend de l’expérience, dit Parinaud, à mesure surtout que l’on poursuit dans le trai- « tement du strabisme non pas seulement le redres- « sement des yeux mais le rétablissement de la vision « binoculaire on est de plus en plus frappé des incon- « vénients du reculement musculaire. »
Rencontrant un jour M. Rochon-Duvigneaud, le grand anatomiste Farabœuf lui dit: « Coupe-t-on toujours les muscles en ophtalmologie? » résumant dans cetie simple phrase interrogative et malicieuse son opinion et son étonnement d’une telle opération qu’il eritiquait ainsi, sans expliquer du reste exactement pourquoi.
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