ACTE I, SCÈNE II. >i
malheureux coups du jeu , assaisonnant ses réflexions d'épithètes et d'apostrophes énergiques. la baronne, regardant le portrait.
Tu as vu cette comtesse , Frontin? N'est-elle pas plus belle que son portrait?
Non, madame; et ce n'est pas, comme vous voyez, une beauté régulière; mais elle est assez piquante , ma foi , elle est assez piquante.... Or, je voulus d'abord représenter à mon maître que tous ses jurements étoient des paroles perdues ; mais , considérant que cela soulage un joueur désespéré, je le laissai s'égayer dans ses apostrophes.
la baronne, regardant toujours le portrait.
Quel âge a-t-elle , Frontin ?
C'est ce que je ne sais pas trop bien ; car elle a le teint si beau que je pourrois m y* tromper d'une bonne vingtaine d'années.
M A RI NE
C'est-à-dire qu'elle a pour le moins cinquante ans ?
Je le croirois bien, car elle en paroît trente
(A ta baronne.) Mon maitre donc , après avoir bien réfléchi, s'abandonne à la rage; ii demande ses pistolets.
l A B a r o N n e à Marine.
Ses pistolets , Marine , ses pistolets !
MAHISE.
II ne se tuera point, madame, il ne se tuera point
FHOSJIS, h la baronne.
Je les lui refuse. Aussitôt il tire brusquement son épée.
LA baronne, à Marine.) Ah ! il s'est blessé , Marine , assurément !
MARINE
Eh ! non , non , Frontin l'en aura empêché. FROmn, à la baronne.
Oui Je me jette sur lui à corps perdu....
« Monsieur le chevalier, lui dis- je, qu'allez-vous « faire? Tous passez les bornes de la douleur du « lansquenet. Si votre malheur vous fait haïr le « jour , conservez-vous du moins , vivez pour votre « aimable baronne. Elle vous a jusqu'ici tiré gé- « néreusement de tous vos embarras; et soyez sûr, « ai- je ajouté , seulement pour calmer sa fureur, « qu'elle ne vous laissera point dans celui-ci.» marine, bas, à la baronne.
L'entend-il , le maraud ?
frontin, à la baronne.
<c II ne s'agit cjue de mille écus , une fois. Mon- « sieur Turcaret a bon dos : il portera bien encore « cette charge-là. »
LA BARONNE
Eh bien , Frontin ?