ACTE IV, SCÈNE II. *4g
vives réparties de la sienne. Elle me donna ce maudit portrait que j'ai perdu avant-hier; je ne l'ai pas revue depuis. Elle m'a écrit; je lui ai fait réponse : elle m'attend aujourd'hui , mais je ne sais ce que je dois faire. Irai-je , ou n'irai-je pas? Que me conseilles -tu? C'est pour cela que je te cherche.
LE CHEVALIER
Si tu n'y vas pas , cela sera malhonnête.
LE MARQUIS
Oui ; mais, si j'y vais aussi , cela paroitra bien empressé. La conjoncture est délicate. Marquer tant d'empressement , c est courir après une femme ; cela est bien bourgeois ! qu'en dis-tu ?
LE CHEVALIER
Pour te donner conseil là -dessus , il fan droit connoître cette personne-là.
LE MARQUIS
Il faut te la faire connoître. Je veux te donne* ce soir à souper chez elle avec ta baronne.
LE CHEVALIER
Cela ne se peut pas pour ce soir; car je donne à souper ici.
LE MARQUIS
A' souper ici ? je t'amène ma conquête.
LE CHEVALIER
Mais la baronne
LE MA R Q u î S , ïinttrrom pant.
Oh! la baronne s'accommodera fort de cette femme-là; il est bon même qu'elle? fassent con-
a5o TURCARET.
noissance i nous ferons quelquefois de petites
Parties carrées.
LE CHEVALIER
Mais ta comtesse ne fera-t-elle pas difficulté d« venir avec toi , tête-à-tête , clans une maison ? le màbquis, l'interrompant.
Des difficultés! oh! ma comtesse n'est point diificultueuse ; c'est une personne qui sait vivre , une femme revenue des préjugés de l'éducation.-
LE CHEVALIER
Eh bien ! amène-la , tu nous feras plaisir.
LE MARQUIS
Tu en seras charmé , toi. Les jolies manières! Tu verras une femme vive , pétulante , distraite, étourdie , dissipée , et toujours barbouillée de tabac. On ne la prendroit pas pour une femme de province.
LE CHEVALIER
Ta en fais un beau portrait! Nous verrons si tu n'es pas un peintre flatteur.
LE MARQCIS.
Je vais la chercher. Sans adieu , chevalier.
LE CHEVALIER
Serviteur, marquis.
(Le marquis sort. }