SCÈNE XIV
FROSMYE , LA VEUVE , DOUANTE , un peu éloigne.
LA VEUVE
Ah! Frosîne, que j'ai de honte de t'avoir avoué là-bas les vues éloignées que j'ai pour Dorante !
FROSINE
Pourvu que ces vues éloignées ne s'approchent point trop, je les approuve.
LA VEUVE
Serai-je donc moins vertueuse que ces femmes anciennes , qui n'envisageoient d'autre consolation que d'avaler les cendres de leurs époux ? f n o s i ■ e .
Vous voyez dans un neveu les cendres vivantes ùe son oncle. Une prise de ces cendres-là vous guérira de vos scrupules.
LA VEUVJ.
Frosine , dis -moi , Dorante ne se douteroit-il point de mes sentiments ?
FROSINE
Non , vraiment ; mais soyez discrète , car un homme entend les veuves à demi-mot.
LA veuve.
Je viens de l'entretenir avec une indifférence , uue froideur....
FROSINE
Voilà ce que fait la vertu.
rîù LE DOUBLE VEUVAGE.
IA VEUVE
J'ai éloigné toutes les idées de tendresse avec une circonspection; mais finement, délicatement. Hélas ! avec toutes ces précautions jt; ne laisse pas d'avoir des remords continuels ; je m'imagine sans cesse que l'âme du défunt me reproche — oui, dans ce moment même, j'entends ses plaintes , le son de sa voix est actuellement dans mes oreilles. dorante, à aui Frosine a fait signe de s'approcher.
Madame.
la veuve, ayant peur.
Ah ciel! ahî c'est vous, Dorante ? vous m'avez
lait une peur j'ai cru entendre la voix de mon
mari.
J'ai en effet le son de la voix tout semblable à celui qu'avoit mon oncle , tout le monde s'y méprenoit.
LA VEUVE
Il avoit le son de la voix fort agréable , mon mari.
DORANTE
Parlons de vos affaires.
LA VEUVE
C'est une chose merveilleuse que la ressemblance dans les familles. Vous avez toutes les manières de votre oncle , et ses manières me charm oient.