SCÈNE III
CRISPO.
11 est bon d'avoir de puissants amis.
LA BRANCHE
Cette aventure m'a fait faire des réflexions.
CRIS PI >'
Je le crois. Tu n'es plus curieux de savoir des nouvelles des pays étrangers ?
LA BRANCHE
Non , ventrebleu ! Je me suis remis dans le service... Et toi, Crispin, travailles-tu toujours ?
Non , je suis comme toi , un fripon honoraire. Je suis rentré dans le service aussi ; mais je sers un maître sans bien , ce qui suppose un valet sans gages. Je ne suis pas trop content de ma condition.
L A B RANCHE
Je le suis assez de la mienne , moi. Je demeure à Chartres ; j'y sers un jeune homme appelé Damis. C'est un aimable garçon : il aime le j^u , le vin , les femmes ; c est un homme universel. Nous faisons ensemble toutes sortes de débauches. Cela m'amuse ; cela me détourne de mal faire.
CRISP 15
L'innocente vie !
LA BRANCHE
N'est-il pas vrai ?
CRISPIN
Assurément. Mais, dis-moi , La Branche, qu'estu venu faire à Paris ? où vas->tu ?
la branche, lui montrant la maison de M. Oronte. Je vais dans cette maison.
cri s PIN.
Chez M. Oronte ?
LA BRANCHE
Sa fille est promise à Damis.
Angélique est promise à ton maître ?
LA BR ANCHE
M. Orgon , père de Damis , étoit à Paris il y a quinze jours ; j'y étois avec lui. Nous allâmes voir M. Oronte, qui est de ses anciens amis , et ils arrêtèrent entre eux ce mariage.
CRISPIN
C'est donc une affaire résolue ?
LA BRANCHE
Oui , le contrat est déjà signé des deux pères et de madame Oronte. La dot , qui est de vingt mille écus , en argent comptant , est toute prête : on n'attend que l'arrivée de Damis pour terminer la chose.
CRISPIN
Ah ! parbleu ! cela étant , Valère , mon maître , n a donc qu à chercher fortune ailleurs.
LA BRANCHE
Quoi ! ton rnaître ?
crispin, l'interrompant.
Il est amoureux de cette même Angélique; mais puisque Damis...