‹ Le doute et ses victimes dans le siècle présentChapitre 17 sur 37 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

prêtres, «'l l'on (wi^o de lui quil respecte ses maîtres! Les masses ii "espèrent plus aux promesses (le l'autre monde, et on leur interdit de chercher les biens de eelui-ci à travers l'émeute, la spoliation et l'anarchie!... Ah! que de fois, au lendemain de nos bouleversements, encore meurtris de la chute de nos espérances, n'avons-nous pas accusé la versatilité du caractère français! Que ne dit-on point chaque jour de cette incorrigible légèreté d'esprit, de cette inconstance a impatiente de ce qui est , avide de ce qui « n'est pas, devant laquelle il n'y a point d'in- « stitution qui puisse durer et de gouverne- « ment qui puisse vivre (1)? » On ne dit que trop vi^ai; mais si le mal est maintenant plus grave que jamais, si tout nous manque à la fois dans cette mobilité, cela ne viendrait-il pas de ce que le doute a miné, par ses infiltrations, le sol de la patrie, que nous sommes sur un sable mouvant bouleversé par chaque orage . et qui cache le gouffre près de s'ouvrir sous nos pas?

Enfin, il peut se faire que le scepticisme jette tant de trouble dans l'esprit et empoisonne la

(1) Jouffroy. Cours de droit naturel, p. 387.

INTRODUC.TIUX. XXXVII

vie de telles amertumes qu'elle devieuue insupportable; et le dernier eflet du doute est le dé^^oût de l'existence avec la tentation et le besoin d'en sortir.

J'avoue que peu y succombent. Il y. en a chez (jui le doute se résout en sensualisme et en indifférence. Il y en a chez <[ui il se tourne en stoïcisme et en positivisme. Quelques-uns encore le portent dans leur sein douloureusement toute leur vie comme un feu «jui les brûle sans les consumer entièrement. Mais d'autres se rencontrent, plus ardents, plus extrêmes, plus logiques peut-être, qui, un jour poussés à Imut par leurs incertitudes, prennent tristement le parti de la mort contre la vie, et, pressés d'échapper à l'angoisse du doute , s'ouvrent cette porte sombre et froide du suicide qui de nos jours a vu passer tant de jeunes ombres!

La leçon (|ui sort de là, c'est que l'arbre est mauvais qui porte de tels fruits ; c'est que l'homme étant fait pour la paix et le bonheur, il ne peut être condanuié à ce? tristesses inquiètes: que ces voies douloureuses sont des routes de mensonge : quil doit y avoir, dès lors, une issue pour en sortir, que Uïv\i a du y [>our\oir: cl que s'il y a

XXXVIll INTRODUCTION.

({uelque part une doclrine ^ une religion qui seule donne à l'esprit la pleine satisfaction et qui seule soit bonne et bienfaisante au cœur, c'est une preuve sensible qu'elle seule aussi est vraie.

C'est cette conclusion ^jue je présenterai à la lin de ces études.

Maintenant il est temps de faire comparaître les plus illustres d'entre les victimes du doute pour leur faire porter, en faveur de la religion, le témoignage de leurs souffrances, de leurs remords et de leurs regrets. Voilà ce que je voudrais faire dans un livre simple et vrai, duquel la charité ne serait pas absente.

Je partagerai en deux groupes les sceptiques souffrants : les philosophes et les poètes ; les sceptiques de l'école et les sceptiques de la vie. Ce seront les deux principales divisions de cet ouvrage.

Je n'analyserai ni ne réfuterai directement les

Page 1