‹ Le doute et ses victimes dans le siècle présentChapitre 5 sur 37 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

coiiinu' 1111 }>iitre couché sur des ruines attend l'aurore qui ne vient pas. »

Or, tandis que le doute travaille les esprits, l'angoisse est dans les âmes; etie caractère principal du scepticisme moderne c'est d'être un scepticisme douloureux et souffrant.

I.e siècle dernier fut sceptique, mais il ne se plaignait pas; il riait, loin de gémir. La philosophie d'alors était encore si jeune! Elle avait tant de confiance en elle et son avenir! Elle était si heureuse de s'épanouir au soleil, libre et souveraine pour la première fois ! Mais quand les scènes lugubres de la Révolution eurent succédé aux rêves des encyclopédistes, quand la fraternité eut rougi de sang humain la France d'abord, puis le monde ; quand, au lieu de l'âge d'or promis par la philosophie, la terreur régna seule au nom de la liberté, et que de tous les tlroits de l'homme, pompeusement promulgués, l'homme lie garda pas même le droit de vivre et de mourir sur le sol de la j»atrie, dans la maison de

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ses pères, il y eut une première époqne de découragement.

Une nouvelle école s'éleva sur ces ruines. Elle s'appelait l'école spiritualiste et elle en avait le droit; car elle reconstituait la dignité de l'âme, la religion naturelle, l'immortalité et la sanction morale. Mais elle était aussi l'école rationaliste, s'obstinant à demander à la seule raison la réponse aux questions de la terre et du ciel. C'est ce qui l'égara. Il n'était pas difficile de poser les problèmes, mais les solutions manquaient. Le grand effort de l'étude s'était alors porté sur la psychologie ; mais cette psychologie en soulevant le problème de la destinée humaine éveillait des besoins et creusait des abimes qu'elle se trouva bientôt impuissante à combler. Plus l'investigation avait été profonde, plus profond fut le vide qu'elle laissa aux âmes ; et si le matérialisme avait précédemment fait les âmes abjectes, le rationalisme fit les âmes soufTrantes et inquiètes. Qui comptera les victimes de cette désespérance, comme l'appelait un de ceux qui en ont le plus soiill'ert? Que de hautes intelligences, que de cœurs généreux y périrent à la peine! On a lu leur histoire, celle de Juufï'roy est à peu près connue. Mais il y en h d'autres, comme celles

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(le Santa R(»sa cl de (îporges Parcy. ([ui sci'airiil |»(»iir notre ('poqnc iiiic r('vélatioii (|n'«'llo ne soupçonne» point! Pai'mi c.oux que je nommerai, (pielques-uns mouriirenl jeunes; plusieurs ont survécu ))onr voir l'oubli se faire sur toutes leurs doctrines. Et certainement ceux-là ne sont pas le moins à plaindre, qui traînent une vieillesse troublée de plus d'incertitudes qu'ils n'en ont amoncelées sur la génération qu'ils s'étaient arrogé la mission de conduire.

Telles furent les successions historiques du doute :

— La première philosophie, celle du dixhuitième siècle, amena la violence impie suivie do l'indifférence.

— La seconde philosophie amena le scepticisme inquiet et douloureux.

Je n'examinerai point si nous entrons maintenant dans une phase nouvelle, trop incomplète encore pour être racontée, et dont Dieu seul prévoit la durée et le terme.

Aussi bien, c'est ailleurs, c'est dans l'analyse de l'âme, dans l'histoire autrement profonde de nos erreurs comme de nos passions, que résident les causes du doute dont il importe ici d'étudier l'influence et de pénétrer le mystère.

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