‹ Le doute et ses victimes dans le siècle présentChapitre 6 sur 37 · JY INTRODUCTION · texte numérisé non relu

JY INTRODUCTION

La premièrp de ces sources du doute, c'est l'ignorance.

Un prêtre qui connaît bien notre jeunesse a dit : « On n'a jamais été assez frappé du prodige fc que voici. Il n'y a pas d'homme parmi nous, (c instruit ou non, homme fait ou jeune homme, « enfant ou vieillard, qui ne se croie lui seul juge « compétent du christianisme. Cela est-il vrai? « Est-il vrai que ce jugement se porte d'ordirt naire dans les collèges de treize à quinze ans, f( et que l'on vit sur ce même jugement sans y rien a changer pour le fond, souvent pendant toute « sa jeunesse et son âge mûr, et quelquefois jusa qu'à sa mort? Qui n'a connu cet écolier qui, « l'âge venu, déclare qu'il ne croit plus à rien. « Pour lui maîtres, parents. Église et tradition, « grands hommes, grands auteurs et grands f( siècles, Bossuet et Fénelon, Pascal et tous les '< autres, tout cela n'est pour lui que mensonge, « sottise, superstition, ténèbres. Lui seul sait à « quoi s'en tenir, et il s'y^ti^nt. Cet enfant est

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a manifestement ridicul<% mais ne sommes-nous (( pas nous-mêmes cet enfant? Le prodige est ici : « c'est que ce même jugement porté dans notre « aveugle et maladive enfance, sous l'influence « de l'éducation détestable de l'esprit orgueilleux « du siècle, ce même jugement continue à conc< stituer le fond de notre jugement actuel sur le a catholicisme et le christianisme (1). »

Maintenant faut-il s'étonner que des doutes s'élèvent sur une doctrine mûrie dans de si sérieuses pensées, approfondie, pesée dans de si graves conseils! Doit-on se demander d'où viennent, sur ces questions^ toutes les énormités que contiennent aujourd'hui nos livres, nos discours, nos journaux surtout! On en reste confondu, et on ne saura jamais quelles ignorances s'entassent dans ces vastes esprits qui possèdent toute science , excepté celle de la vie et de l'éternité.

Chez les uns, cette ignorance tient au malheur des temps et aux regrettables lacunes qui, par suite, furent laissées dans leur éducation. Qu'on se rappelle seulement où en était la France il y a soixante ans, et sur quelles ruines sont nés et ont grandi nos pères! Hélas! il faut les plaindre.

(1) P. Gratry. De ht Sophistiqve coiilemporaine, p. 89.

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car tout leur a maïKjué : l'instruction, le Imhi exemple, les traditions de f'aniille. l'enseignement du pretn;, les loisirs de la ])aix, le recueillement de l'Ame qui permet de voir Dieu, et qui met sur le front cette sérénité qui ne s'efface plus. Entre le catéchisme qui fut une lettre morte et une philosophie misérable et sans foi, la religion n'est pas venue s'asseoir dans leur école, prendre place sur leurs bancs^ et leur dire la parole du Maître par excellence. De monstrueux préjugés, des railleries odieuses, les souvenirs survivants d'un sensualisme grossier, de petites impiétés en prose et en vers, de grands mots pleins de pièges avec des phrases convenues, voilà la théologie de milliers de chrétiens qui s'honorent de leurs cheveux blancs et qui touchent peut-être aux portes de leur éternité. Un jour — ne fût-ce qu'au dernier de leurs jours, — lorsque la foi aura transporté cette montagne de préjugés, eux-mêmes rougiront de leur étrange ignorance, et ils se diront à genoux : « Nous sommes de grands coupables. » Non, ils n'auront été que de pauvres enfants, des enfants de cent ans, comme les nomme l'Écriture, qui ont douté du jour parce qu'ils n'avaient regardé que du côté des nuages et qu'ils « s'étaient mis

INTRODlinriON. WIl

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(Ihoz les autres rip,'noranee tient à l'empoisouuemeut ou ;i l'inanité des sources où ils puiseni leurs notions religieuses. L'apologétique chrétienne a produit de nos jours des œuvres considérables ; et depuis la Révolution, elle peut déjà compter plusieurs phases distinctes qui, en variant le point de vue, l'ont mise en harmonie avec tous les besoins, et à la portée de toutes les natures d'âme. Il y a eu la démonstration scientifique, historique, psychologique, esthétique, sociale ; et ni les grands écrivains ni les grands orateurs ne lui ont fait <léfaut. Mais on ne le sait que trop, ce n'est pas là que la foule va chercher l'instruction. Les plus lettrés demandent leur pâture intellectuelle aux nouvelles brochures et aux revues en vogue. Les autres se contentent de quelque feuille quotidienne d'un esprit détestable, et vivent, au jour le jour, de tout ce qu'elle leur sert.

Or je défie de trouver rien de plus perfidement combiné que ces feuilles, et surtout que ces revues pour amener le doute inévitablement. Sauf de rares exceptions, vous n'y trouverez pas le blas))hème insolent, les violences tin langage, le

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cyiiismo de mauvais ton, les systèmes tranchants et les intolérances exclusives. Ce n'est pas de la polémique que font ces écrivains, c'est de la critique. Us exposent, ils supposent, presque toujours sans conclure. C'est un de leurs principes qu'entre les propositions les plus contradictoires, il n'y a que des nuances^ et le lecteur s'accoutume à ne voir que des nuances dans des questions comme celles de laPersonnalité do Dieu, de la Divinité de Jésus-Christ et du surnaturel. Cela n'empêche pas ces hommes de se dire chrétiens, dans le sens mal défini d'un Christianisme libre qui laisse subsister le nom de tous les anciens dogmes en détruisant la chose. Quant à la vieille religion ils ne l'attaquent pas en face, ils minent sourdement les fondements qui la portent, et conduisent à l'encontre de sa doctrine révélée d'habiles parallèles, jusqu'à ce qu'éclate enfin telle proposition qui la ruine de fond en comble, mais toujours sans paraître intentionnellement dirigée contre elle.

Et ensuite quelles fleurs on jette sur ces ruines ! sous quels hommages se cachent ces immolations ! Quels regrets hypocrites on verse sur cette tombe que l'on vient de creuser! Quelles adorations on offre à cette poésie qui se faisait

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croire <le nos pères et qui garde le ])riv'ilége de nous charmer encore! Avec quelle impudence s'affichent les intérêts sacrés de la vérité, les droits de la tolérance jusque dans les attentats de l'impiété inique et les mensonges patents de la mauvaise foi! Il y a même telle Revue, — la plus répandue de toutes, — où le même volume présentera un article formellement athée à côté d'un article inspiré par la plus solide orthodoxie, fort étonné de se voir en un tel voisinage. Ces concessions sont rares, mais en garantissant au recueil qui les fait une certaine apparence d'impartialité, elles peuvent accréditer l'erreur chez quelques-uns, et être pour le lecteur une séduction de plus.

Ainsi le bien et le mal, le vrai et le faux, le oui et le non se rencontrent, se heurtent, se confondent dans des esprits désemparés, surpris, presque tous incapables d'en faire le discernement, jusqu'à ce qu'enfin déroutés dans ces voies qui se croisent, fatigués de systèmes et de contradictions, ne sachant plus de quel côté se trouve la lumière, les moins violents s'asseyent et se re posent dans le doute comme dans la meilleure sagesse et le plus sûr parti.

XX INTRÛDTICTIUN.

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A enté (1p rignoraiico, il Caiit mettre la fausse science au nombre des principales causes fin doute, en ce siècle.

Le premier tort de la science, cest qu'elle est présomptueuse, et que, comme toutes les grandes puissances, elle est devenue oublieuse de ses propres limites. De l'ordre naturel qui est proprement le sien, elle a fait invasion dans Tordre surnaturel où elle s'est perdue. Du domaine des faits, la fausse science s'est jetée dans le champ de l'hypothèse. Fière de ses progrès, elle a osé se dire : « Ce progrès n'ira-t-il pas à trouver l'explication du monde surnaturel par ce monde naturel dont nous possédons la clef? Notre foi au mystère est-elle autre chose que l'aveu de notre ignorance des lois de la nature? Le mouvement scientifique se poursuivant toujours, ne peut-on pas prévoir l'époque où tous ies faits encore inexpliqués rentrant dans la lumière d'une science ]»lus complète, le voile du temple tombera devant le dernier mvstère et le dernier miracle? »

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