‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 11 sur 135 · DOUTE SUR LA RÉALITÉ PASSÉE · texte numérisé non relu

DOUTE SUR LA RÉALITÉ PASSÉE

dans quel cas il perçoit juste ou non. Il n'a plus aucun critérium de certitude pas plus en lui-même qu'au dehors, car ses impressions chantantes à l'égard du monde extérieur ne sonl que l'expression des changements qui se produisent dans sa sensibilité et dans ses sentiments» 11 ne peut donc que douter indéfiniment. Encore et toujours le doute tient à une lutte» à des oscillations dans les processus psycho-physiologiques, et ce sont elïes qui constituent cet élément surajouté à la perte du sentiment du réel pour qu'il puisse y avoir doute au sujet de la réalité.

Ce sentiment du réel, qui ne saurait être considéré comme lié à une fonction spéciale, n'offre d'ailleurs rien de particulier au point de vue du doute, en dehors des impressions bizarres et caractéristiques qui résultent de son altération, et qui sont d'autant plus singulières p* i utètre que le trouble est plus léger. Au fond, n'importe quel autre sentiment peut prêter de la même façon au doute. Le sens musculaire, le sens des attitudes, par exemple, peut en être le point de départ, comme nous le verrons plus loin.

b) Le doute sur la réalité passée est beaucoup plus fréquent que sur la réalité présente. J T ai insisté, il y a longtemps déjà \ sur l'affaiblissement de la mémoire chez les doutaurs obsédés, et rattaché certaines formes de doute à des paramnésies de certitude. Mais il en est de même de la mémoire que du sentiment de la réalité actuelle. La diminution de la mémoire ou sa perte ne suffisent pas pour amener le doute. L'amnésique ne doute pas. Pour qu'il y ait doute il faut qu'il y ait opposition entre ce qu'on imagine avoir dû être et ce qu'on se rappelle, ce qu'on croit avoir été, et qu il résulte de cette opposition une fluctuation entre les deux termes. 11 faut qu il y ait conflit entre

ic, Uêd. p$yeh, t février 1901.

les représentations vraies et l'imagination, et nous verrons quel rôle considérable joue cette dernière chez les douteurs soit d'occasion, soit d'habitude. Tel sujet craint de n'avoir pas bien fermé sa porte; il retourne s'en assurer. A peine revenu et ayant constaté qu'elle était bien fermée, il est repris de doute et sent le besoin de s.'en assurer de nouveau. Il est évident que s'il avait un souvenir net, une représentation précise de ce qu'il vient de faire et de refaire, s'il pouvait se représenter la continuité de se& actes depuis le moment où il a quitté sa place pour aller voir si sa porte était fermée et celui où il y est revenu, il n'aurait pas de doute. C'est donc à un trouble de représentation du souvenir que le doute est dû dans ce cas.

Prenons un autre exemple : voici un homme qui ne peut retrouver un nom qu'il cherche et dont il n'a aucun besoin actuellement. S'il l'avait réellement oublié, ce nom ne lui étant pas nécessaire immédiatement, il ne le saurait même pas et ne le rechercherait pas. Mais quelque 'association d'idées subconsciente évoque ce nom, et l'évoque incomplètement. Il ne jaillit pas brusquement comme dans la coprolalie, il fait effort au contraire pour apparaître. Le sujet a conscience de cet effort, comme lorsque nous sentons venir un mot que nous cherchons volontairement; il a conscience du travail d'élaboration qui se fait dans son cerveau, travail qui est entravé par les autres processus mentaux à un moment donné, pour les empêcher à son tour le moment suivant. De là vient cet état de malaise, d'inquiétude qui accompagne le doute et qui paraît disproportionné avec la cause, mais qui s'explique facilement si l'on considère que ce qui produit ce malaise c'est le conflit des processus cérébraux d'idéation, lequel est le même qu'il s'agisse d'une chose importante ou insignifiante. Ici c'est dans la difficulté d'évocation des représentations et dans les oscillations de cette évocation que réside la cause du doute.

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