‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 14 sur 135 · DOUTE SUR LE MO · texte numérisé non relu

DOUTE SUR LE MO

naissance : l'au-delà, le divin? Ici nous ne sommes plus sur le domaine de la croyance, laquelle peut toujours être démontrée; nous sommes sur le terrain de la loi. « La foi, a dit Bosâuet, consiste à croire ce qu'on ne voit pas », ou encore : « La foi est la croyance à ce qu'on ne peut démontrer w. Vis-à-vis de la foi le doute s'oppose donc d'une façon presque fatale chez tout esprit doué de quelque critique. A capable de réflexion. Ce que la raison critique et la réflexion ne font pas, certains états pathologiques, une certaine émotivité, une certaine faiblesse cérébrale désorganisant les systèmes à la fois idéologiques et sentimentaux préexistants, le produisent à coup sûr, mettant ainsi eu évidence le tond émotionnel et sensitif de la croyance religieuse, qui est avant tout une question de tempérament, de caractère, de constitution neuro-psychique.

// Le moi. — Les doutes sur la réalité du monde extérieur et sur les diverses possibilités qu'elle comporte se ramènent au fond au doute de nous-mêmes. C'est nous qui nous projetons sur le monde. S'il nous paraît changé, c'est que nous sommes changés: si la réalité nous semble fluctuante et variable c'est que notre système nerveux est luimême dans un état de flottement et de variation, soit continu, soit passager, et qui tient à une cause que nous avons laissée intentionnellement de coté, à savoir F émotivité, et Létal de la personnalité, qui dépendent de l'intérêt que nous portons aux choses* Si l'on analyse les doutes, même dans les questions les plus abstraites en apparence, on constate toujours la présence d'un intérêt personnel quelconque atteint par l'objet du doute. Le jeune homme que je citais plus haut, et qui avait peur que les lois de la gravitation ne fussent fausses et que la terre ne se mît a tourbillonner au hasard dans l'espace, s'inquiétait de ce qu'il deviendrait en cette occurrence» et c'était une des nombreuses craintes

qa*il avait à son propre sujet. L'astronome qui croirait

trouver certaines raisons de douter de la gravitation universelle aurait un doute tout scientifique et méthodique, qu'il chercherait à lever au moyen de nouveaux calculs, de nouvelles expériences, de nouvelles théories plus compréhensives* Mais il pourrait en même temps éprouver toutes les angoisses du doute moral, en songeant à la gloire qu'il recueillerait de la découverte d'une grande loi naturelle substituée à une à laquelle on avait cru longtemps, et en se demandant, une fois sa solution trouvée, si elle est bien exacte et si, au lieu de gloire, il ne va pas se couvrir de ridicule. Dans ce cas ce nés! pas le côté abstrait du problème qui amène du doute, il n'amène que la recherche critique de la vérité ; ce qui produit le doute ce sont les conséquences morales et personnelles qui résulteront de cette recherche. Il nous est, au fond, parfaitement indifférent que notre conception du monde soit conforme à la réalité, l'important est que nos rapports avec cette réalité apparente ne soient pas troublés si Ton vient à la mieux connaîtra Ces rapports d'interaction entre le inonde et nous ne changent pas, malgré les conceptions si nombreuses et si différentes qu'on en a eues depuis des milliers d'années, parce qu'ils sont déterminés en dehors denotre intervention et sont soumis à des lois que nous ignorons et ignorerons peut-être toujours. Le monde extérieur ne changeant pas, si nous le croyons changé c'est que nous ne le prenons plus de la même fa<;.on, c'est que quelque chose est troublé en nous, soit dans notre conscience, soîtdans notre sensibilité <>t émotivité, soit dans notre réactivité motrice, quoique celle-ci, à vrai dire, n'ait qu'un rùle bien secondaire dans notre personnalité. Ou du moins convient-il de ne tenir compte que de la réactîvité centrale, de la fonction motrice du cerveau et non pas des mouvements qui sont sous sa dépendance, ces mouvements pouvant tHre impossibles

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