‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 15 sur 135 · DOUTE SUR LE MOI · texte numérisé non relu

DOUTE SUR LE MOI

par des causes tout extérieures au moi, et sans que l'état de l'émotivité, de la personnalité du sujet, en soit en quoi que ce soit modifié.

Nous avons vu précédemment, à propos de la réalité du monde extérieur, que le doute pouvait porter également sur notre propre réalité. G est là la forme la plus grave du doute de soi-même que nous avons maintenant à examiner. Il n'y a guère que les négateurs délirants qui se refusent à croire à leur existence réelle, et ceux-là, comme nous l'avons vu. ne doutent pas; ils affirment ne pas exister.

Tout autres sont les sujets qui présentent du dédoublement de la personnalité, lequel peut se montrer sous des aspects très divers, et entraîner surtout des sentiments et des réactions très différentes, avec ou sans doute, ce qui nous permettra encore de préciser les conditions essentielles du doute /On rencontre, en effet, le dédoublement de la personnalité chez des hystériques, chez des possédés démoniaques et chez des douleurs obsédés. Chez les premiers il n T y a pas de doute; chez les seconds il peut ou non exister, et chez les derniers il est au maximum» À quoi tiennent ce& différences puisque le phénomène du dédoublement, le sentiment de deux personnes en soi est le même?

Or, chez l'hystérique il y a coexistence des deux personnalités simultanément, mais Tune domine l'autre. Suivant le degré de la maladie c'est la personnalité normale consciente qui est la plus forte, ou la personnalité subconsclenle* Mais jamais il n'y a équilibre entre les deux, ni conflit Celle qui prédomine sent la présence de l'autre et l'étouffé. Ou bien la personnalité prime et la seconde alternent de façon complète, de sorte qu'il n'y a plus à proprement parler de dédoublement» le sujet n'ayant jamais connaissance que d'une seule de ses personnalités. Aussi les hystériques sont-ils parfaitement indifférents à leur dédoublement de personnalité, puisqu'il n'y a jamais qu'une de leurs

personnalités agissante. Nous avons vu plus haut que Tau tomalisme et la crédulité par monoïdéisme qu'on observe dans ce cas excluent toute possibilité de doute.

Chez les possédés il y a lieu de distinguer doux calé ceux qui se croient possédés et ceux qui craignent de l'être, Dans la première viennent se ranger les ités,

les mélancoliques ri certains délires de possession entés sur des (roubles de sensibilité périphérique, Peut-on dire qu'il y ait vraiment dédoublement de la personnalité dans ces cas? Oui, au poînl de vue théorique, non au point de vue réel* Car pour qu'il y ait dédoublement aux yeux du sujet il faut qu'il soute une certaine identité de nature eatre ses deux personnalités. Dans la possession il n'y a pas d'identité quelconque entre elles. Le sujet a sa personnalité complète, mais il n'en est plus maître parce qu'un autre être s'est logé en lui et le gouverne. Ce sont deux personnes différentes dans un même corps, ce n'est pas une même personne dédoublée. Le possédé qui se croit réellement envahi par le démon n'a donc aucune raison de douté? : c'est à peine s'il essaie de lutter avec lui ; quand il pense ou agit contrairement à ses habitudes ou à ses désirs, il sait que c'est sons l'influence du démon et n'en a même pas de scrupule. 11 s'y résigne, ou s'en attriste, ou discute avec IuL Mais le conflit, quand il existe, a lieu comme avec une personne étrangère, et non pas avec soi-même. Ces cas nous montrent donc que le dédoublement de la possession n'engendre pas le doute, et il semble que cela tienne à ce qu'il n'y a pas de conflit de sentiments, de représentations, ce que nous savions déjà, mais en outre que, pour qu'il y ait doute, il faut encore que le sujet ait conscience que ce conflit est en lui-même, dans sa propre personnalité.

Nous en avons la preuve chez la seconde variété de possédés, ceux qui craignent de l'être, qui se sentent envahis par quelque sentiment nouveau, indélinissable, dont ils ne

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