‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 16 sur 135 · LA PERSONNALITE · texte numérisé non relu

LA PERSONNALITE

sont pas maîtres, on opposition avec leurs sentiments habituels, et que par hypothèse, par besoin d'interprétation, ils attribuent à ïa présence possible du démon, faute de pouvoir se l'expliquer autrement. Dans ce cas iî y a inquiétude et doute. Car le sujet n'est pas certain que le changement qui s'opère en lui soit l'œuvre du démon ; ce n'est pas une autre personne qui pénètre en lui pour dominer et diriger la sienne qui resterait la même qu avant. C'est sa propre personne qui se modifie et ce sont les oscillations dans ces modifications, le conflit enire l'ancienne personnalité et la nouvelle sous rinlluence du démon, qui pro voque le doute. Ici il y a bien dédoublement de la personnalité. Et, en effet, le démon peut être dans le corps du sujet ou en dehors, peu importe. Le sujet est tiraillé entre deux tendances contraires, et il sent queues tendances étaient toutes deux en lui-même. Seulement aujourd'hui le démon suscite les mauvaises qui avaient pu être refrénées jusqu'alors. Dans certains cas même il n y a pas de possession démoniaque; il sullît que le sujet soit damné, abandonné de Dieu, comme dans les délires de damnation, qui tiennent à la même cause, à la môme interprétation par lui du dédoublement qu'il constate en lui. Là ce n'est plus le démon qui provoque la suprématie des mauvaises tendances, des mauvais sentiments; c'est parce que Dieu vous a abandonné qu'on les a, ou bien c'est parce qu'on les a que Dieu vous a damné. Tous les possédés et damnés de cette variété sont dans un doute, une angoisse, une agitation perpétuels.

Le doute provient donc de la lutte entre les bons et les mauvais sentiments, mais à la condition que cette lutte se passe dans une seule personnalité. Si le sujet considère qui! n'est pas dédoublé, qu'il n est pas, pour mieux dire, partagé, et que c'est une personne étrangère à lui qui agit sur lui, il n'a pas de doute. Ce point me parait important à signaler dès maintenant.

SoLLiEn. — Doute. 4

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Il se manifeste d'une façon plus ne Me encore chez les douleurs obsédés. Là il n'y a pas de dédoublement de la personnalité semblable à celui des hystériques ou il y a comme deux personnalités coexistantes ou successives. Il y a partage des tendances, des sentiments, et par conséquent des voulions, et lutte entre ces éléments divers. Le partage est assez égal pour que le sujet croie toujours et craigne par conséquent, que la mauvaise tendance triomphe à la première occasion. 11 doute donc continuellemcutdc lui., il est sans cesse tiraillé dans des sens opposés* Il n'a plus aucune confiance en lui-même et prévient les autres de n'avoir pas davantage confiance en lui. 11 a pris simplement conscience de tendances jusqu'alors refoulées, latentes même, et qui, sans avoir plus de force que précédemment, sont perçues, et comme telles semblent s'être Al 'veloppées, avoir grandi au détriment des autres, lit nous constatons à ce propos un des facteurs que nous retrou virons dans le doute des obsédés et des phobiques, à savoir l'exagération de la conscience, de telle sorte que ce qui est ordinairement négligé, aphorisiiquc, comme j'ai proposé d'appeler ces impressions ou sentiments laissés habituellement de côté dans nos opérations mentales ou dans nos actes ordinaires, devient au contraire aussi conscient que les éléments tes plus importants de nos pensées, de nos sensations, de nos mouvements. Il en résulte que tout se (trouve sur le même plan et que la confusion en est la conséquence.

A côté dr ce doute sur noire personnalité, sur notre existence réelle, sur la présence d'une autre personne en nous, sur ce qui est notre vraie personnalité quand celle-ci est partagée, on peut observer du doute à l'occasion de tous nos sentiments, de tous nos mouvements et actions, de toutes nos sensations, de toutes nos tendances et de nos instincts, de nos jugements et de notre conscience.

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