DOUTE SUR LE MOI
SI
Kn point de vue de nos mouvements il n'est pas un d'entre eux qui ne puisse être L'objet de doute. Toutes les craintes au sujet de la précision, de la correction de nos mouvements, au sujet de nos attitudes» ont été notées. Il va 4e soi que nos actions, qui sont la conséquence directe de nos sentiments et de nos sensations et représentations, de notre caractère et de nos connaissances, qui en somme sont l'aboutissant naturel de notre activité, mentale et de nôtre personnalité physique, morale et intellectuelle, sont plus -que tout le reste sujettes au doute, et c'est pour cela que les troubles de la volonté qui sont si considérables et sur lesquels on a tant insisté, ont été pris pour un fadeur essentiel et même primitif du doute» alors qu'ils nen sont que la conséquence ou l'expression.
Le doute sur les actions peut porter soit sur les mobiles, les raisons de l'action, soit sur la meilleure action à faire ix), soit sur la capacité d'agir, soit sur celle d'agir bien, soit encore sur la possibilité de ne pas faire ce qu il faut faire ou même de faire le contraire, eniin de faire malgré soi ce qu'on ne voudrait pas faire (impulsions).
Le doute au sujet des actes peut en outre se rapporter au présent, à l avenir, ou au passé. Il donne lieu, quand iï s'agit du présent à l'indécision, de l'avenir à des scrupules, du passé à des regrets ou à des remords.
Après le doute à propos de l'action, celui concernant les sentiments est des plus fréquents. L'apparition consciente de tendances, d'impulsions, de désirs, de sentiments qu'on ne se connaissait pas, qu'on n'a pas cherchés, et qui sont toujours en opposition avec notre étal affectif habituel et préféré, nous étonne, nous inquiète, nous trouble déjà. Mais si à cela s'ajoute une perpétuelle oscillation, un jvmous continuel entre nos affections et nos passions anciennes et les nouvelles, cette instabilité amène le douto
et l'aboulie par défaut de choix. En môme temps surgissent les scrupules religieux ou moraux.
Les jugements, les idées proprement dites ne prêtent guère au doute à moins de comporter un élément affectif ou émotionnel et personnel.
Nos sensations ne sont guère non plus objet de doute au moment môme où nous les percevons. Mais elles sont l'origine du doute de deux façons : par leur effacement trop rapide, ou au contraire leur persistance trop grande. Dans le premier cas l'impression n'a pas le temps de s'organiser et Ton doute de ce qu'elle nous a apporté, et quelquefois même de son existence. Dans le second l'impression persistante se mêle aux sensations . consécutives et trouble notre jugement. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point à propos des éléments constituants du doute.
Les variations de la conscience sont, au même titre que les variations dans les sentiments, objet de doute. Il y a très fréquemment une certaine obnubilation de la conscience dont le sujet se rend compte, et dont il est très effrayé. L'état émotionnel qui est ordinairement l'origine de cette obnubilation de la conscience s'en trouve exagéré, et c'est un cercle vicieux qui s'établit alors. Le sujet sent qu'il va perdre pied, qu'il ne s'y reconnaît plus en luimême ni dans ses perceptions du monde extérieur. Il craint de céder à toutes les impulsions, de devenir fou, de perdre connaissance, etc., et cet état s'accompagne d'une angoisse extrême quelquefois qui pousse le malade à se réfugier auprès de n'importe qui pour le rassurer, lui affirmer qu'il ne lui arrivera rien.
Le doute au sujet de la conscience qu'on a de soi et du monde ne se produit pas toujours au moment même où l'état de conscience a lieu. C'est souvent après coup que le sujet doute d'avoir eu conscience de ce qui s'est passé, de ce qu'il a feit. Il ne faut pas confondre cela avec le doute
VARIÉTÉS DANS L'OBJET tu: DOUTE
sur ses souvenirs. Le sujet se souvient dans ces cas correctement, mais c'est de la conscience qu'il a eue alors qu'il doule.
En résumé, tout ce qui est objet de croyance, comme nous le disions au début, est objet de doute. Mais nous devons remarquer que bien des croyances implicites ne nous sont révélées que lorsqu'elles sont remplacées par du doute. Il semble, pour cette raison, que les objets de doule sont beaucoup pins nombreux que les objets de
•croyance. Cela se comprend facilement. La croyance en la réalité qui nous est fournie par nos sensations, la croyance en nos sensations, est implicite et ne se manifeste par rien à l'occasion — qui est de tous les instants — où elle entre enjeu dans nos jugements. Elle est donnée une lois pour toutes. Le doute, au contraire, surgit en nous consciemment, varie avec chaque impression, se traduit par des réactions différentes en nous suivant chaque cas, chaque objet. Il nous lient donc constamment en éveil, et lorsqu'il existe c'est une succession de constatations que nous en Taisons. On voit aussi l'opposition qui existe forcément entre le doute et la croyance au point de vue des manifestations apparentes du premier et de l'état longtemps latent souvent de la seconde,
Hais il est encore d'autres observations d'ordre général au sujet du doute que nous devons examiner. Elles concernent les variétés de son objet suivant diverses conditions personnelles, d'âge, de tempérament, de milieu; ses varietés d'étendue, et enlin d'intensité et de durée.
Variétés dans l'objet du Doute. — Si le doute peut porter en tout temps sur n'importe quel objet, il y a cependant certaines conditions qui influent sur le genre de doute. Rappelons-nous, en effet, quel rôle jouent la personnalité et l'intérêt dans la croyance et par conséquent dans le doute/
LE IMIUTE
Or, notre personnalité change avec l'âge, et nos intéi j'entends par là cequinous intéresse, encore plus peut-être;
L'âge est donc une des premières conditions qui inllin* sur le genre des doutes. Dans l'enfance le doute est rare, ou bien il se borne aux sentiments, à la timidité par nple. C'est au moment de la puberté que naissent les doutes et les scrupules avec une intensité particulière- Cela tient à des causes diverses, hune part, la personnalité commence à se développer et dune façon inégale dans ses différents éléments : cela seul constitue déjà un état d'incertitude, d'inquiétude, de malaise par suite du désaccord des tendances anciennes et des nouvelles en voie de formation. Parmi ces tendances il en est une particulièrement importante, c'est Téveil de la fonction sexuelle, surtout chez les cirons, I ne nouvelle source d'émotions en jaillit, et suivant l'éducation qu'on a donnée à l'enfant, il peut en re* sentir de la honte, une sorte de crainte, et entrer en lutte contre la tendance sexuelle. Ce sont alors des scrupules moraux qui apparaissent, touchant la pureté, la chasteté, etc., et c'est bien souvent le point de départ de perversions, d'inversions, ou de défaut de développement de l'instinct sexuel.
Et à cet égard qu'il me soit permis de remarquer te danger qu'il y a à prêcher, comme certains moralistes même des médecins le font aujourd'hui, la conlinence et la chasteté aux jeunes gens. Lorsque cela s'adresse à des garçons bien constitués physiquement et moralement ces conseils restent sans effet. Mais quand ils tombent dans roreille de jeunes gens un peu faibles, timides, impressionnables, le mal qu'on leur fait peut être irréparable. Tris entre la crainte qui leur est suggérée des conséquences de l'acte sexuel normal, et le besoin qu'ils ont de le satisfaire, ils sont d'autan I plus troublés que leur émotivité naturelle s'allie à une assez grande excitabilité