VARIÉTÉS DANS L'OBJET BU DOUTE
réle dans le développement du doute. La responsabilité dans les affaires, les responsabilités morales dans certaines professions libérales, sont l'occasion de crises de doute et d'obsession. Tel qui, comme fondé de pouvoir dune grande affaire, tient parfaitement son rôle sans hésitation, devient indécis et douleur dès qu'il a la direction complète et la responsabilité à lui seul. Il faut ajouter que souvent le moment où Ton est obligé de faire face à de grosses responsabilités coïncide avec celui où l'homme a fourni le plus de travail et est le plus surmené. Le doute est fils de la fatigue, surtout de la fatigue cérébrale et morale, qui est la cause la plus puissante de i'émotivité acquise, laquelle, comme l'émotivité constitutionnelle, prépare le terrain à Téclosion du doute.
Suivant les caractères, les tempéraments, les circonstances même, c'est tel ou tel ordre de causes qui amène le doute, et la même cause peut entraîner des doutes différents. Deux femmes que j'ai traitées avaient le même doute ; celui d'avoir mis des épingles dans leur carafe. L'une avait peur qu'on ne but de cette eau et qu'on ne se fil du mal ; l'autre craignait de se percer les intestins. L'une, altruiste, pensait aux autres et avait de l'angoisse à la pensée de faire du mal; l'autre, égoïste, ne pensait qu'aux dangers qu'elle pouvait courir et à sa santé. Deux syphilitiques que je connais ont peur de la syphilis : l'un, altruiste, craint de la communiquer aux autres; l'autre, égoïste, quoique sachant qu'on ne peut l'attraper deux fois, a cependant peur d être atteint de nouveau, des cas de ce genre ayant été signalés.
Les goûts, les tendances, les habitudes, l'intérêt, la passion, sont également des causes qui font varier l'objet du doute. El cela se comprend. On ne peut douter que de ce qu'on connaît ou de ce qu'on a à faire ordinairement. Quand on interroge les douteurs obsédés on constate que c'est une
LE DOPTE
occasion banale, quelconque, qui presque toujours a déterminé le premier doute, c'est-à-dire ,i mis enjeu l'émotml é pu existante du sujet. Une dame s'évanouît un jour dans un théâtre où la chaleur l'incommodait. Elle était aux fauteuils d'orchestre, À partir de ce moment elle est prise d'angoisse et craint de se trouver mal si elle est aux fauteuils. Dans une loge elle n'a rien. L'agoraphobie a souvent un début semblable, et presque toutes les phobies, d'ailleurs.
La connaissance, l'expérience, l'ignorance provoquent également des variétés dans h» doute. Mieux on connaît moins on doute. I/ignorance complète élimine d'ailleurs le doute autant que tu connaissance parfaite, el menu* plus qu'elle. Car on ne peut douter de ce qu'on ignore, tandis que la certitude de ce qu on sait n'est Jamais absolue. Aussi voit- on les hommes les plus habitués à un acte, les plus sûrs d'eux-mêmes, hésiter dès que la possibilité de se tromper leur est apparue, et constate-t-on que le doute surgit d'autant plus facilement qu'un plus grand nombre de possibilités se présentent à nous, et qu'un moins grand nombre de moyens de contrôle et de certitude sont à notre disposition.
C'est pourquoi les doutes au sujet de la santé sont si fréquents, Un diagnostic n'est jamais absolument sûr, un pronostic encore moins. Personne ne peut affirmer que telle maladie ne nous atteindra pas. La vulgarisation des chosesde la médecine, telle qu'on la pral ique aujourd'hui avec une allure semi-scientifique, est L'origine d'un très grand nombre de phobies touchant à la santé : phobies des microbes^ des maladies de tout ordre, etc., sans qu'on soit d'ailleurs capable de s'en préserver d'une façon certaine. Si les dogmes religieux sont une source de scrupules et d'obsessions, les dogmes médicaux et pseudo-scientifiques ne sont pas moins néfastes au point de vue des phobies qu'ils amènent, et qui sont malheureusement le point de départ d'autres