‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 26 sur 135 · MALAISE DU DOUTE · texte numérisé non relu

MALAISE DU DOUTE

n'est pas un facteur suffisant de bien-être et de contentement pour nous. Dèa qu'une nouvelle croyance cherche à se substituer à une ancienne qui nous satisfaisait, des chances de moindre satisfaction surgissent donc pour nous. Notre équilibre moral, d'où découlait un sentiment de bienêtre, est troublé et le rîoule apporte ainsi fatalement avec lui du malaise.

Ajoutons que c'est toujours un sentiment désagréable que de constater qu'une chose qui nous avait paru bonne et vraie jusqu'à présent nous apparaît maintenant comme moins bsnne ou mauvaise, fausse ou inexacte. Car s'apercevoir qu on a pu se tromper de la sorte pendant plus ou moins longtemps c'est se reconnaître inférieur à ce qu'on croyait être, d'où un sentiment de dimïnutiou de soi-même

Jet d'humiliation, essentiellement pénible pour certains. Ou and, au lieu de voir une croyance s'effondrer pour céder la place à une autre, il s'agit de se créer une opinion, de démêler entre plusieurs manières de voir» pour agir, pour prévoir ce qui peut arriver, le doute Raccompagne encore constamment d'un sentiment de malaise, La recherche d'une solution juste à un problème quelconque — et toute notre vie se compose d'une série de problèmes à résoudre, dont la solution entraîne notre conduite — est toujours une fatigue, demande un effort, et est par conséquent plus ou moins pénible suivant la facilité avec laquelle on atteint à la solution. Or, dins le doute, caracté- , ne l'oublions pas, par des oscillations et un remous incessants, les données du problème se présentent tantôt sous un aspect tantôt sous un autre; elles ne s'offrent pas dans un ordre logiquç ou de préséance., mais dans leur : j nsemble parfois, ou trop partiellement dans d'aulres cas. ^es données du problème à résoudre pour a^ir sont donc elles-mêmes mouvantes et insaisissables. Gomment les solutions qui en découlent ne le seraient-elles pas aussi?

On croit en saisir une et elle échappe pour laisser la place à une autre qui échappe à son tour, et ainsi de suite.

Et si Ton ajoute à cet état, déjà désagréable par luimême, et fatigant, la crainte de ne pas aboutir, ou d'aboutir à une solution qui nous paraîtra bonne d'abord et qu'on reconnaîtra mauvaise ensuite, et l'appréhension de toutes les conséquences capables de découler d'une erreur, et la peine d'aboutir trop tard pour agir conformément à son désir, on comprendra combien l'état de doute est pénible par lui-même, indépendamment de son objet.

Celui-ci ne fait qu'ajouter à ce sentiment pénible, s'il est important et touche profondément notre personnalité et notre intérêt. Mais il n'est, même alors, que secondaire,, et le propre du doute c'est qu'il n'y a aucun rapport entre son intensité et la valeur de son objet. On le constate d'une façon remarquable chez les douteurs pathologiques, où la futilité de cet objet en est un des caractères les plus frappants.

Période de décroissance et de disparition. — Après avoi duré d'une façon continue, ou intermittente, pendant plus ou moins longtemps, le doute se résout progressivement ou brusquement.

La terminaison brusque est la plus rare. Pour qu'elle se produise il faut ordinairement qu'un élément nouveau de croyance soit introduit dans le conflit de l'état de doute, facteur cognitif ou affectif. Et encore, bien souvent, voit-on dans la suite reparaître d'une façon plus ou moins inopinée et passagère un léger trouble rappelant le doute évanoui.

La terminaison progressive est de beaucoup la plus fréquente. Il est d'ailleurs souvent difficile de préciser à quel moment cesse le doute. Tout ce qu'on peut constater c'est que depuis un certain temps il n'a plus reparu. Il se produit là, du reste, ce qui se passe chaque fois que l'orga-

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