‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 27 sur 135 · TERMINAISON DU DOUTE · texte numérisé non relu

TERMINAISON DU DOUTE

nisine fonctionne douloureusement, S il est facile de saisir le commencement d'un mal de dents il Test beaucoup moins de savoir quand il se termine. On s'aperçoit à un moment donné qu'on n*a plus mal, mais il est impossible do savoir exactement quand on a cessé d'avoir mal. De même pour le doute : on constate immédiatement qu'on hésite à agir, ou à faire ce qu'on a l'habitude de faire. Ce n'est guère qu'après coup qu'on s'aperçoit qu'on agit de nouveau sans hésitation, soit comme autrefois, soit d'une façon différente.

Pour que le doute cesse il faut qu'une croyance nouvelle se soit substituée à l'ancienne. Et quand je dis une croyance nouvelle, j'entends aussi une non-croyance. Car ne plus croire une chose qu'on croyait, c'est encore une façon de croire. Le passage de la croyance à la non-croyance peut se faire sans période de doute, sans lutté, sans conflit entre les deux états. C'est ce qui arrive quand il s'agit de faits expérimentaux, quand il y a passage d'un état de croyance à un état de connaissance, d'un état affectif à un état cognitif comme je l'ai déjà dit. L'enfant qui croit aux fées, au Croquemitaîne et au petit Noël, ne passe pas par une période de doute quand il abandonne ces croyances sous la poussée de son expérience et de ses raisonnements. Il passe, sans période de doute, de la croyance a l'origine divine de la foudre et du tonnerre à la connaissance des causes physiques qui les produisent. C'est que tout cela n'a pas d'importance pour sa conduite personnelle. Qu'il s'agisse au contraire de la croyance en Dieu, c'est par une période de doute que l'on passe pour aboutir à n'y plus croire. C'est qu'il s'agit dans le fait de croire ou de ne plus croire d'un phénomène purement subjectif et affectif, Ce n'est pas par des expériences, ou des raisonnements, qu'on abandonne la croyance à Dieu, mais par une nouvelle manière de sentir, par de nouvelles émotions qui se pro-

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duisent en nous. En cessant de croire à Dieu nous ne faisons pas un acte d'intelligence, mais un acte do foi, nous restons dans les deux cas, croyance et non croyance, sur le terrain affectif, et c'est pour cela qu'il y a conflit, lutte et doute.

La solution du conflit qu'est le doute peut en effet se présenter sous trois aspects : ou bien, comme dans le cas précédent, par abandon de ta croyance primitive remplacée par une non-croyance, forme particulière de croyance ; on bien par le retour à la croyance primitive; ou entin par substitution d'une nouvelle croyance àTancienne, nouvelle croyance qui peut lui être contradictoire ou simplement en être différente,

Lorsque le doute aboutit à la non-croyance, à l'abandon dune croyance antérieure, la lutte est d'autant plus longue et plus pénible que cette croyance était plus enracinée et avait une valeur plus grande pour la vie personnelle de [individu* C'est pourquoi l'abandon des croyances religieuses ou morales, le renoncement à certains idéals, sont particulièrement douloureux. Et douloureux non seulement parce que le conllit est plus intense, que la lutte entre les anciennes et les nouvelles tendances, entre les anciens elUos nouveaux sentiments, est plus violente et plus disputée, mais parce que chez beaucoup s y joint le regret du passé auquel ils étaient accoutumés, C'est comme une partie de leur personnalité qui se détache d'eux-mêmes; et avant que leur nouvelle croyance se soit organisée, systématisée avec le reste de leur personnalité, l'harmonie nVst pas parfaite en eux, et si le malaise du doute a disparu, le bien-être delà conviction, de la certitude ou de la croyance ne lui a pas encore succédé. C'est pour cela que tant d'hommes qui subissent des crises religieuses, philosophiques ou morales, en restent un peu meurtris pendant quelque temps, s'ils avaient une croyance fermement établie et qu'elle s'est dissoute.

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