‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 28 sur 135 · TERMINAISON DU DOUTE · texte numérisé non relu

TERMINAISON DU DOUTE

ntraire, ceux qui n'avaient aucune croyance particulière dans ces différents domaines, dont la personnalité intellectuelle et morale n'était par conséquent pas très fortement constituée, qui étaient en quelque sorte des noncroyants, éprouvent un certain trouble analogue nu doute quand une croyance positive surgit et s'installe en eux. Mais quand elle y est implantée, ils en ressentent un grand bienêtre, non par suite de la disparition du doute, très léger en somme, qui Ta précédée, mais par le fait de l'agrandissement, de raffermissement de leur personnalité. L'homme qui n'a jamais réfléchi aux grands problèmes moraux, meta* physiques ou religieux, éprouve un certain trouble, un certain malaise même, quand une circonstance les tait surgir devant lui et qu'ils s'imposent à son attention, à sa réflexion. Mais il sent bientôt en lui que des forces nouvelles s'organisent, qui rassemblentdes éléments jusqu'alors épors pour former sa personnalité d'une façon plus coordonnée, plus solide, mieux orientée, plus stable, et plongeant ses racines au plus profond de l'être. Il en ressent une grande satisfaction. C'est ce qui se produit dans tous les cas où on embrasse une foi quelconque, religieuse ou philosophique, ou politique, alors que l'on n T en avait éprouvé jusqu'à ce moment aucun besoin.

S'il est vrai que la formation, le développement d'une croyance soit un élargissement de la personnalité qui procure un grand bien-être et donne de la force, il n*est pas toujours exact que la dissolution d'une croyance aboutissse, même au début de la période de non croyance, après la période de doute plus ou moins longue, à un état de malaise et d'affaiblissement de la personnalité. Cela dépend des caractères et des tempéraments. Si certains n'abandonnent ^ans douleur et sans regrets, quelquefois même sans remords, une croyance ancienne, il en est d'autres chez qui le sentiment de libération domine toute autre impression,

el procure an sentiment de bien-être et de force provenant de la possibilité entrevue d'un champ d'activité plus vaste ouvert à leur personnalité. Les premiers sont des faibles, des timides, des inquiets, les seconds sont des forts, des actifs; chez ceux-ci le doute est de courte durée et peu pénible, chez ceux-là il persiste longtemps et douloureusement avant d'aboutir h la dissolution définitive de leur croyance.

C'est chez ces derniers qu'on voit le deuxième mode de disparition du doute se produire, k savoir le retour à la croyance primitive. Au heu d'aboutir à la non-croyance, ou à une autre croyance, le sujet* après une période de doute ordinairement assez longue et pénible, revient complètement à sa croyance antérieure. La nouvelle systématisation de sa personnalité n'a pu se produire complètement; les tendances, les sentiments antérieurs, un moment ébranlés, ont repris le dessus Cessai d'organisation nouvelle échoue, et la systématisation ancienne de ta personnalité et des croyances qui lui sont liées se reconstitue.

Dans ce cas, plus le doute a été prolongé et violent, plus le retour à la croyance primitive est définitif. C'est le cas des hommes religieux un moment ébranlés dans leur foi, ou des amants trompés qui, après avoir douté de leur maîtresse, se laissent de nouveau convaincre par elle de sa sincérité et de sa fidélité» Une croyance qui se reforme après avoir failli sombrer est plus forte que jamais, plus inébranlable que jamais. Le plus souvent, dans ces cas de retour à la croyance primitive, le doute cesse brusquement*

Enfin le doute peut disparaître par substitution d'une croyance nouvelle à la croyance ancienne, C'est ce qui se produit le plus souvent. Il est rare que cette substitution se fasse d'emblée. Ordinairement à la période déboute proprement dit succède une période dans laquelle la croyance intérieure nest pas encore remplacée. Mais cette croyance

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