‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 35 sur 135 · PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS

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qu'il doit faire. Mais son attention se lasse vite et bientôt * il n'est plus à ce qu'il fait *, comme on dit. En effet, le mouvement oscillatoire de l'activité cérébrale reprenant son eours t un moment dérivé par une forte excitation, le doute reparait et avec lui l'impossibilité d'appliquer la pensée à un autre objet.

Mais si le doute entrave l'attention pour tout ce qui n'est pas lui, il n'est pas capable de l'utiliser pour lui-même. Le douteur, malgré ses efforts, ne peut pas davantage suivre attentivement l'enchaînement logique de ses pensées ou des faits, les comparer, les juger avec réflexion. Il subit ses représentations, ses idées; il est incapable de les évoquer, de les diriger, par suite du mouvement incessant auquel elles sont soumises du fait de l'activité oscillante,

kdu remous continuel du cerveau qui les produit. 11 en résulte tout naturellement que le douteur qui aurait besoin de toute son attention, de toute sa Force de réflexion pour démêler les motifs qu'il a de croire dans un sens ou dans un autre, se trouve par le fait même du doute dans les plus mauvaises conditions pour le résoudre.

Tout contribue d'ailleurs à l'augmenter. C'est ainsi que l'état de la conscience est une arme à double tranchant, surtout dans le doute pathologique. Si elle est un peu confuse, comme cela arrive souvent par suite de l'état d'émotivilé dans lequel le douteur se trouve, celui-ci peut laisser échapper des motifs déterminants de la croyance* Si elle est trop claire elle met sur le même plan des motifs secondaires et des motifs primordiaux, et la difficulté du choix s'en trouve augmentée. De quelque côté quonse tourne on ne trouve ainsi que des raisons et des occasions de s'enfoncer davantage dans le doute.

Le misowwmenl est très affaibli par le doute. Par suite du défaut d'attention, la pensée ne peut suivre l'enchaînement logique des images, des souvenirs. On ne peut plus les

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gttHtpâr, les coordonner suffisamment pour aboutir h un jugement. Et ce défaut de coordination logique vient dfl l'état d'émotivité, d instabilité cérébrale. De sor« ou il faudrait, pour sortir du doute, faire appel à toutes tes données de l'expérience et à tous les raisonnements logiques, le raisonnement se trouve précisément soumis à des

illalions qui l'empêchent, d'aboutir àun jugement ferme, du est même, comme chez les douteurs pathologiques, complètement suspendu.

Or, c'est à un j ttgêment précis, définitif qu'il faut arriver pour dissiper le doute. Mais malheureusement ce nesi d'un jugement logique, rationnel, quil s ;i-itdans le doute, mais d'un jugement affectif. Le douleur ne juge pas en réalité d'après les raisons logiques, ai même d'après l'expérience quelquefois, il juge d'après son sentiment. Son jugement n'est pas un acte de connaissance, mais un acte de foi. Ce dualisme est tellement net que beaucoup vous disent : « Je sais que vous avez raison; je sais que cela doit être tel que vous me le dites et que tout le monde le dit; mais je ne peux pas rrf empêcher d'en douter. » Aussi est-on frappé de voir des hommes, qui jugent correctement et même avec un sens critique très fin tout ce qui leur est étranger, être incapables du moindre jugement dès qu'il s'agît d'eux-mêmes. C'est que dans le premier cas leur jugement est purement objectif; et que dans le second il est surtout subjectif

Cependant il ne serait pas exact de dénier toute valeur au raisonnement et au jugement dans la formation ut dans la résolution du doute. Car ils peuvent agir dans les deux sens contraires. Bien souvent, en effet, le douteur se lance dans des raisonnements à perte de vue pour tâcher d'arriver à une conclusion. Il est inévitable qu'il tombe à un moment donné dans quelque paralogisme et quelque sophisme, à partir duquel il est complètement dévoyé et

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