PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS
hors d'état do se ressaisir. Plus il va plus il s'embarrasse, plus son doute augmente, et s'étend à des objets qui, dès l'abord, n'étaient pas en question. C'est donc un danger pour les douleurs que de trop raisonner : c'en est un aussi, il faut le dire pour ceux qui croient à la vertu de la dialectique dans le traitement du doute, que de trop discuter avec eux* C'est souvent leur fournir des occasions de nouveaux doutes. Nous aurons lieu d'en reparler plus tard. Ce qu'il faut faire dans ces cas ce n'est pas tant de les raisonner que de rectifier leurs raisonnements, non par d'autres, mais par des faits et des expériences.
C'est par là que le raisonnement et le jugement peuvent rendre quelques services au douteur, soit qu'il s'en serve lui-moine, soit que d'autres viennent à son aide. L'absurdité même à laquelle il aboutit dans certains cas le ramené à une plus juste appréciation des choses, et lui montre tout au moins qu'il a dû faire fausse route dans 1 enchaînement de ses raisonnements. Si cela ne dissipe pas son doute, cela, du moins, le circonscrit dans les limites de son objet. Quant à sortir du doute par un raisonnement purement logique, par la simple dialectique, je ne crois pas que cela arrive; en tous cas, je ne l'ai jamais vu. La moindre affirmation d'un homme en qui le douteur a confiance a plus d'efficacité à ce point de vue que le syllogisme le plus clair, que l'évidence même.
Car le douteur ne voit plus l'évidence. Par suite du remous de son cerveau, Yîmaglnation prend chez lui des proportions considérables, et de tous les phénomènes psychologiques c'est peut-être le plus importent dans le développement du doute. Étant données l'excitabilité et l'instabilité du fonctionnement cérébral liées à Fémotivité d'où est né et qu'entretient le doute, une foule d'images, de représentations surgissent, se succèdent, se heurtent. Elles sont si vives souvent, surtout les visuelles qui dominent,
que le douleur fini! par ne plus bien distinguer entre les produits (te son imagination et la réalité. Il ne se contente plus de douter de ce qui est, il doute de ce qui pourra ê il doute de ce qui a été. Les hypothèses s'échalaudent les unes sur les autres, et à force de s'imaginer ce qui aurait pu ou ce qui pourrait arriver, il s'émeut davantage, augmente son excitabilité et son instabilité cérébrale et se perd de plus en plus dans son doute.
Deux choses contribuent a développer ce trouble de l'imagination : Félat de la mémoire et la forme des associations d'idées.
Il y a longtemps déjà que j'ai attiré l'attention sur l'affaiblissement de la mémoire comme cause de doute, chez certains douleurs en particulier. Si, en effet, l'homme qui doute d'avoir fait une chose, avait le souvenir très net de tout ce qui s'est passé pendant le temps où il a dû agir, il n'aurait aucun doute. Si, au contraire, sa mémoire, son pouvoir de représentation est en défaut, il n'a plus de points de repère pour savoir exactement ce qui s'est passé et ce qu'il a Tait. Et si à ce manque de représentation s'ajoutent des images assez vives de ce qu'il aurait pu'. faire d'autre, de quelque chose qu'il redouterait d'avoir Tait, il lui devient impossible de discerner entre les représentations réelles et les représentations imaginaires, et il oscille des unes aux autres. Plus la mémoire perd de terrain, plus l'imagination en gagne, et chez les douleurs pathologiques il arrive un moment où ils sont complètement noyés dans leurs rêves imaginaires, où ils vivent dans un monde irréel où les rapports des choses sont complètement transformés et surtout déformés. Lutte entre la mémoire et l'imagination et envahissement de l'imagination au détriment de la mémoire, tels me paraissent tMre les rapports de ces phénomènes psychologiques avec le doute. On comprend, dès lors, quelles proportions doit prendre le doute quand