‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 38 sur 135 · ÉLÉMENTS OBJECTIFS DU DOUTE · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS OBJECTIFS DU DOUTE

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tiné à indiquer certains degrés de l'activité cérébrale en tant que productrice de phénomènes psychiques.

Le douleur n agit pas parce qu'il n'a pas che mobile précis pour agir, parce qu'il ne voit pas de raison déterminante d'agir, parce qu'il ne peut pas pbysîologiquement agir, et non pas parce qu'il ne ve ut pas. 11 ne demande qu'à vouloir, il ne demande qu à pouvoir agir, et toutes ses réactions, comme nous le verrons dans le doute pathologique, ne tendent qu'à le déterminer à agir.

Et quand je dis agir j'entends par là réaliser la représentation qu'on a, que ce soit dans le domaine affectif, ou intellectuel ou moteur. Chercher à accomplir un acte, ou à formuler une pensée, ou à définir un sentiment, ce sont là des choses équivalentes, et auxquelles ne peut pas aboutir le douteur soit pour l'une ou l'autre séparément, soit pour toutes à la fois, comme dansîe doute pathologique.

Éléments objectifs du Doute. — Le doute n'est pas seulement un état psychologique, un état intérieur. Il se traduit extérieurement et souvent de façon très claire à l'observateur, par une foule de manifestations dont les unes lui sont particulières, et dont les autres ne sont que les effets ordinaires des états émotionnels.

Phénomène* moteurs. — Ceux qui tiennent au doute luimôme diffèrent suivant qu'il s'agit dn doute occasionnel ou du doute pathologique.

Dans le doute normal; accidentel, ce sont surtout des manifestations motrices générales qui le révèlent. L'homme plongé dans l'inquiétude du doute ne peut plus s'appliquer à son travail. 11 change d'occupations, il se déplace. Souvent même il s'agite, marche de long en large, s'arrête, repari, ses gestes et ses mouvements suivant en quelque sorte les mouvements de sa pensée et de ses sentiments. Mats ce sont là à la vérité des manifestations qui tiennent (dus à

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l'inquiétude, à l'angoisse accompagnant le doute, qu'au doute lui-môme.

Au contraire, dans certains cas, lorsqu'il s'agit d'actes qui sont l'objet de doute, les gestes et les mouvements du douleur traduisent immédiatement son état intérieur. L'homme qui se lève, prend son chapeau, et se dispose à sortir, qui l'enlève, se rassied, se remet à son occupation, pour recommencer peu après le même manège; l'homme qui vient de fermer une porte et se lève à maintes reprises pour aller s'assurer qu'elle est bien fermée ; l'homme qui, après avoir choisi entre plusieurs objets, abandonne au dernier moment celui qu'il a choisi pour un autre, qu'il abandonne à son tour, etc., traduisent immédiatement leur doute intérieur.

Vais il n'y a pas que le doute portant sur des actes qn manifesta d'une façon motrice. Les grands douleurs obsédés, phobiques ont des attitudes qui permettent aux observateurs exercés de les reconnaître immédiatement. C'est d'abord leur gaucherie, leur maladresse, leur tremblement parfois, leurs gestes menus et mièvres chez les femmes, qui proviennent de leur contraction intérieure et de leur incertitude dans leurs représentations motrices. C'est ensuite l'inutilité de certains de leurs gestes et même de leurs actes. Ils s'empressent quand il ne faut pas; ils restent inertes quand il faudrait s'empresser. Personne ne se trompera sur le maintien empesé, sur l'attitude des bras et des mains tenus écartés du corps et rai des > évitant les contacts des objets; on saura immédiatement qu'il s'agit d'un douleur obsédé de la peur des microbes, des poussières, de ta saleté, de ta crainte du toucher; il suftîra de le voir ouvrir une porle pour s'en rendre compte. L'agoraphobe ne sera pas moins reconuaissable, et en général tous les douleurs phobiques, dont les phobies entraînent toutes des réactions particulières.

Mais il est un autre caractère, assez paradoxal, des mouvements dans le doute, c'est l'inutilité» l'exagération de certains d'entre eux, c'est l'effort considérable développé pour un acte très simple. Là encore, comme nous le constations précédemment, il semble que le douleur accumule les difficultés, et se mette dans les plus mauvaises conditions pour combattra et résoudre son doute. C'est ainsi qu'un agoraphobe ou un basophobe met en jeu toute sa musculature, contracte ses bras, son cou, son dos, au point d'en transpirer de fatigue, pour mettre un pied devant l'autre. J'ai connu deux douteuses qui n'avaient que la crainte de ne pas pouvoir signer leur nom en présence d'autres personnes» dans des actes publics par exemple. Pour faire leur paraphe elles ne contractaient pas seulement leur bras droit, mais le gauche, mais tout le corps, et naturellement

tétaient incapables de l'agilité nécessaire pour signer. Ce qui frappe dans ces cas c'est la disproportion entre 1 effort — ce qui prouve bien que la volonté n'est pas détruite quoiqu'on en dise — et l'acte à accomplir; c'est, en somme, le défaut d'adaptation du moi à la réalité.

Par suite de ce défaut, d'adaptation — par excès, lequel tient àce que dans les états d'émotivité accentués l'énergie nerveuse se libère sur la périphérie d'une façon très intense parfois, mais en même .temps mal appliquée au point utile — il en résulte des actes mal accomplis et une fatigue considérable. La fatigue se mesure, en effet, non à l'acte exécuté, mats à l'effort employé, c'est-à-dire à l'énergie dépensée.

Ce manque d'adaptation peut se produire par défaut au lieu d'excès. C'est ainsi que certains douleurs, en face d'un acte à exécuter, sont incapables de mettre en jeu les muscles nécessaires, et Ion constate d'ailleurs chez eux une atonie musculaire habituelle, et une force dynamoin^trique extrêmement faible. Cela parait tenir chez eux à une Sollier. — Doute. 8

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faiblesse constitutionnelle du système neuro-musculaire. Ce sont encore ces douleurs qu'on qualifie d'abouliqu» j s, alors qu'il suffit quelquefois de leur administrer de la strychnine ou certaines glandes internes, pour voir hur soidisant volonté reparaître avec leur contractilité musculaire. Mais n'est-il pas plus simple d'expliquer ces phénomènes par le jeu de facultés abstraites de l'âme que par des conditions organiques et physiologiques? L'horreur de la nature pour le vide était aussi beaucoup plus simple comme explication de la chute dos corps que les lois de la pesanteur. Il viendra sans doute un jour où les explications psychologiques à l'aide de la conscience, de la volonté, de la raison, etc., iront rejoindre l'horreur du vide.

Dans l'ordre moteur il est une manifestation qui dépend de la fatigue occasionnée, comme nous venons de le voir, par cet excès d'efforts inutiles, mal adaptés, et aussi du travail cérébral incessant : c'est l'attitude déprimée de beaucoup de douleurs, même accidentels. Mais elle n'a rien de spécial au doute lui-même.

Nutrition générale; phénomènes secrétaires et cireulatoi

— Il en est de même de l'état de la nutrition générale, de l'inappétence des douleurs obsédés, ou de ceux qui passent par des crises de doute religieux ou philosophique, et des troubles secrétaires et circulatoires, qui sont liés à l'état dp. l'émotivité et non pas h l'état de doute particulièrement. Il est donc inutile d'y insister.

Je ferai exception cependant pour certains troubles vasomoteurs, comme la rougeur du visage, qui est bien, site aussi, un trouble assez banal dans les états émotionnels, mais qui, par sa brusquerie, ses alternatives, révêle souvent les oscillations intérieures de la pensée, et qui même, dans le cas de lereutophobie, constitue à elle seule le rouble fondamental autour duquel évolue te doute.

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