‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 39 sur 135 · IIS · texte numérisé non relu

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Sommeil et rêves. — 11 est enfin un phénomène qui se rencontre dans Je doute et qui mérite d'attirer l'attention par certaines particularités paradoxales, comme tant d'autres dans cet état : c'est le sommeil et l insomnie. Ici encore il faut distinguer entre ce qui se passe chez le douteur ordinaire, accidentel, et le douteur d'habitude, pathologique.

Il va de soi que l'homme qui a un doute de peu d'importance, au cours de la journée, ri est pas troublé dans son sommeil s'il ne l'a pas résolu le soir. Il n'en est plus de même si ce doute s'accompagne d'une certaine inquiétude, d'une certaine angoisse, met en jeu des croyances profondes et importantes pour la règle générale de la vie ; alors le doute devient obsédant, récidivant tout au moins, et reparait avec d'autant plus d'intensité que l'activité du cerveau n'a plus d'occasion d'être dérivée sur d'autres objets. Alors l'insomnie se montre comme chaque fois qu'on a un sujet de préoccupation grave. Et lorsque enfin on succombe à la fatigue, le doute vous appréhende de nouveau au réveil. Est-ce le doute qui cause l'insomnie, ou bien l'inquiétude morale? Dans le premier cas l'insomnie est un phénomène réellement lié au doute, dans le second elle ne l'est pas.

[/observation de ce qui se passe dans le doute pathologique semble bien prouver que c'est la seconde manière de voir qui est exacte. 11 est, en effet, assez singulier de voir de grands douteurs obsédés, phobiques, s'endormir le soir le plus paisiblement du monde, quelquefois même se reposer et dormir dans la journée. Ils ont un sentiment de fatigue, une somnolence invincible, et ils ne font, quelque chose dans la journée qu'à la condition de consacrer de longues heures au sommeil. Il n'est pas rare d'en voir dormir dix et douze heures par jour d'une façon très calme. Mais dès le réveil ils sont assaillis par les mêmes doutes

les mêmes phobies.

Leur sommeil n'est même pas troublé par des rêves, et

s'ils en ont, il est rare que ce soient des rêves où leurs doutes habituels jouent un rôle. Cela arrive pourtant, ruais d'une façon tout à fait accidentelle.

D'autres douleurs, au contraire» sont frappés d'insomnie, jamais complète cependant, comme cela se voit chez certains mélancoliques, hypochondriaqu.es, persécutés, ou malades h idées fixes. Ils dorment peu, mais quelques heures néanmoins, et pendant qu'ils dorment leur sommeil est assez paisible.

Quels sont maintenant les douleurs dormeurs et les douleurs insomniaques? Les premiers sont des douleurs dont les doutes ont pour objet des actes, ou des questions d'ordre intellectuel, qui s'accompagnent de phobies, de manies diverses ; les seconds sont ceux chez qui le doute porte sur des sentiments, d'ordre moral ou religieux, et qui s'accompagnent d'agitation et de troubles profonds de la personnalité, ce sont les scrupuleux.

Dans les deux eus cependant le doute consiste essentiellement dans les mêmes oscillations, le même remous de pensées, de représentations. Mais dans le premier cas l'inquiétude est en quelque sorte physique, dans le second elle est surtout murale, el c'est bien dans l'inquiétude, dans la préoccupation morale, qu'il faut voir la cause de linsoinnie des douleurs et non dans le doute seul, quelle que Soit la sphère de l'activité cérébrale qu'il affecte*

Cela n'a pas seulement un intérêt théorique, mais aussi une certaine importance pratique au point de vue de la direction et de la thérapeutique des douleurs pathologiques, comme nous le verrons plus tard.

Un fait reste en tout cas acquis, c'est que non seulement l'insomnie n'est que la conséquence de certains doutes de caractère moral, mais que chez la plupart des douleurs pathologiques, malgré des obsessions et des phobies coatK nuelles pendant la journée, le sommeil est conservé et

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