SOMMEIL ET RÊVES
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même plus prolongé souvent qu'à l'état normal. Ce fait contraste singulièrement avec l'état d'inquiétude, d'agitation dans lequel sont les douleurs pendant la veille. Mais dès maintenant il semble en ressortir que le doute, même obsédant, est un trouble beaucoup moins profond du fonctionnement cérébral que Ton pourrait le supposer. On peut en inférer également que la faiblesse de la conscience personnelle et de la perception de la réalité ne suffisent pas à donner le doute, car dans les états de somnolence, dans les étals hypnagogiques, le doute ne se produit pas. Les rêves eux-mêmes, dans lesquels l'imagination est abandonnée à elle même, ou la conscience n'existe plus qu'à un degré très faible, où le pouvoir de contrôle sur les représentations n'existe plus guère, où ces représentations surgissent dans an ordre quelconque et plus ou moins incohérent, les rêves eux-mêmes, non seulement chez les individus normaux, mais encore chez les douteurs d'habitude, ne présentent qu'exceptionnellement des représentations de doutes, quoique toutes les conditions qu'on donne comme capables d'engendrer les phobies, les manies, les obsessions, etc., y soient réunies.
C'est qu'en réalité ce ne sont là que des conditions accessoires, surajoutées ou conséquentes delà condition primordiale, qui consiste dans les oscillations de l'activité cérébrale, dans le remous de cette activité.
Si les états hypnagogiques ne suscitent pas de doute pendant leur cours, il n T en est plus de même à leur suite. Le sujet qui en sort est ballotté entre le souvenir vague des rêvasseries semi-conscientes qu'il vient d'avoir et l'impression de la réalité actuelle, et comme la différence entre son état habituel et celui de la rêverie hypnagogique est assez faible, il en résulte ordinairement un assez grand trouble, et c'est là l'origine de nombreux doutes. 11 en est de même chez certains douteurs qui sont pris d'angoisse dès leur
réveil, et par conséquent de doutes et de phobies. Or ils vous expliquent dans ce cas qu'ils ne se réveillent pas tout de suite, qu'ils restent assez longtemps engourdis, incapables de savoir s'ils sont dans le rêve ou la réalité. Dès qu'ils se sentent bien réveillés l'angoisse disparaît, et avec elle les doutes ou les phobies. Le doute tient manifestement dans ce cas à la lutte qui existe entre les impressions réelles qui cherchent à se manifester plus clairement et les images semi-conscientes qui ne peuvent se dissiper encore, en raison de l'inertie prolongée du cerveau.
Conséquences du doute. — Il nous reste à examiner rapidement les conséquences du doute, non pas les réactions qu'entraîne le doute et que nous étudierons prochainement, mais l'influence qu'exerce l'état de doute sur les différentes fonctions physiques, intellectuelles, morales et sociales du douteur. Nous en avons déjà vu quelques-unes tout à l'heure en analysant les éléments du doute et leur valeur relative par rapport à lui.
Tout d'abord il nous faut bien nous rappeler que le doute est un état affectif, et lié à une émotivité particulièrement facile à mettre en branle. Nous devons donc nous attendre à ce que la répétition du doute produise des effets analogues à ceux des émotions elles-mêmes qui développent Pémotivité plus que n'importe quelle autre cause. De même que^ l'émotivité favorise l'éclosion des émotions et que les émotions entretiennent et accentuent l'émotivité, de même les phénomènes du doute favorisent et développent le doute ou l'aptitude au doute. C'est un cercle vicieux dans lequel on tourne.
Ces conséquences peuvent être momentanées et passagères comme chez les douteurs d'occasion, ou au contraire définitives comme chez les douteurs d'habitude. Au fur et à mesure que les crises se répètent, la résistance au doute
CONSÉQUENCES INTELLECTUELLES T>V DOUTE tlf
devient moindre, mats en même temps, il faut le reconnaître, les sentiments pénibles qui y sont liés perdent beaucoup de leur intensité et finissent même quelquefois par céder la place à une certaine indifférence qui est, somme toute, un mode de guérison.
Gonwéfuence* phyriqUés, — Elles ne nous arrêteront pas longtemps, car nous venons de les voir en partie tout à l'heure avec les phénomènes objectifs du doute, C'est la raideur des attitudes, la gaucherie, la maladresse, la gône des mouvements, qui s'accentuent d'autant plus qu'on y fait attention, qu'on cherche à les combattre. Aussi, pour les éviter le plus possible, iimîte-t-on ses mouvements au strict nécessaire, et se refuse-t-on aux jeux, aux sports physiques, qui seraient justement d'excellents dérivatif.
Il y a d'ailleurs une autre cause à cela, c'est la fatigabilité très grande, le défaut de résistance physique qui s'observe chez tous les douteurs, et qu'on voit survenir en même temps que le doute chez les obsédés et les phobiques. Si cette insuffisance physique préexiste au doute, et en est même souvent une condition chez les douteurs pathologiques ou constitutionnels, elle est certainement une conséquence du doute chez les douteurs d'occasion, où on la voit survenir seulement au bout d'un certain temps d'état ée doute. Aussi les douteurs ont-ils la crainte, légitime en somme, de se fatiguer, et fuient-ils les occasions de se dépenser, même pour s'amuser, de façon à réserver ïe peu de forces qu'ils se connaissent pour leurs occupations indispensables.
Consrtfiirïices intellect wtt es . — L'homme en proie au doute est incapable de se livrer à un travail intellectuel sérieux, suivi ; et, même une fois que le doute est levé, s'il a été profond et prolongé, il laisse derrière lui une certaine
LE HOUTE
inaptitude au travail cérébral. Le cerveau soumis pendant une période plus ou mtins longue à des oscillations et à un remous incessant semble avoir besoin d'un certain temps pour retrouver son rquîlibre fonctionnel, et pendant ce temps il lui est assez difficile de dépenser utilement de l'énergie.
On conçoit que si tel est reflet du doute sur un cerveau qui en est atteint occasionnellement, cet effet va être bien plus considérable et persistant, quelquefois même définitif, chez les douleurs pathologiques et chez ceux qui forment la catégorie intermédiaire si nombreuse entre ceux-ci et les douteurs accidentels, normaux.
Sans cesse ballottés par le doute, leur attention s'affaiblit de plus en plus, leurs associations- d'idées se relâchent, se faussent; les rapports normaux des idées et de la réalité, des représentations et des choses, se déforment; le tonus cérébral se relâche, et l'intelligence n'est plus si vive. La mémoire diminue elle-même, et le cercle des idées, des sentiments, des intérêts, se rétrécit peu à peu. Tout travail devient de plus en plus impossible, et l'esprit critique seul persiste.
Ordinairement, d'une façon parallèle à ce rétrécissement de la vie intellectuelle, survient un équilibre physique excellent. Les troubles viscéraux et circulatoires de la période aiguë, de la phase des crises de doute, disparaissent, et la santé physique est parfaite; les forces sont souvent même meilleures qu'elles nont jamais été.
Conséquences morales. — L'ébranlement, les fluctuations contradictoires, auxquels sont soumis les sentiments, les tendances, tout ce qui constitue le fond le plus intime, la trame même de la personnalité, produisent dans la sphère morale les mêmes conséquences que dans la sphère intellectuelle, le heurt des représentations et le relâchement des