‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 4 sur 135 · DÉFINITIONS · texte numérisé non relu

DÉFINITIONS

filiations ou remous et état affectif pénible suni deux caractères fondamentaux do doute, dont la présence simultanée esl nécessaire pour qu'il existe* Dans lu simple délibération, par exemple, qui constitue une des phases de la volilion, il n'y a doute que si ces deux caractères montrent.

Le doute philosophique n'est pas du doute vrai. Il a d'abord un caractère qui le distingue immédiatement de ce dernier, c'est qu'il est volontaire, alors que le conflit qui constitue le doute est essentiellement involontaire et est subi malgré lui par le sujet. Ce doute philosophique on le sait, de deux ordres, provisoire ou définitif.

Provisoire, c'est le doute méthodique de Descartes : c'est la suspension volontaire et momentanée de noire jugement pour nous donner le temps do nous rendre compte de nos connaissances, les coordonner, les ériger en système. Il n'y a pas trace en cela du désordre, do L'instabilité dans la prédominance des idées qu'on observe dans le doute vrai; on y trouve au contraire une tendance à la coordination, à l'ordre, à la systématisation, qui, pour se manifester d'une façon plus ou moins lente, ou plus ou moins adée, n*en a pas moins une direction unique et une marche progressive.

Définitif, c'est, le scepticisme, le pyrrhonisme, destructeur de toute science et condamné à l'impuissance en posant toutes les questions sans en résoudre aucune, mais qui a cependant une certaine utilité. Car il retient les esprits sur des pentes un peu trop faciles quelquefois, et les force à une critique plus rigoureuse, à des [neuves plus démonstratives, à des expériences plus décisives. Dégagé de

s il aboutit d'ailleurs au cartésianisme, au doute méthodique qui est la condition de tout progrès, et qui esl non seulement légitime mais nécessaire* Dans ce cas, comme Ta dit saint Augustin, le doute c'est la liberté.

Le scepticisme pur, pas plus que le doute méthodique et provisoire, n'est du véritable doute, et les remarques que nous faisions à propos de ce dernier, s'appliquent au pyrrhonisme. Il est d'ailleurs, à certains égards, une manière de croyance, croyance négatrice des autres croyances, mai» croyance aussi. Il ne saurait donc à aucun titre être confondu avec le doute vrai. Du reste, bien peu de gens sont capables de conserver l'attitude du scepticisme universel qui ne saurait s'adapter à la vie pratique, et l'infécondité même de la doctrine en démontre la faiblesse.

Il est une variété du scepticisme qui, au contraire, peut s'accommoder facilement avec la vie pratique, parce qu'elle ne s'applique qu'à certains grands problèmes métaphysiques ou religieux, c'est l'agnosticisme. Est-ce une forme de doute? Non, car c'est le refus volontaire et systématique de chercher à se faire une opinion sur ce que l'homme ne peut ni concevoir, ni expérimenter, ni contrôler, et n'a aucune chance de le pouvoir jamais. A moins de vouloir perdre son temps à résoudre des problèmes qu'on sait insolubles pour nous, ou accepter aveuglément une des solutions imaginées et qui ne reposent sur aucune base sérieuse, ou aimer à se payer de mots, l'agnosticisme est évidemment la seule attitude possible pour un sage.

Malheureusement beaucoup d'esprits en sont incapables. Ils ont besoin à tout prix de croire. L'agnosticisme n'est pas le doute; c'est de la non-croyance. Il ne nie rien, il ne croit rien : il constate qu'on ne sait rien et qu'on ne pourra rien savoir touchant certains problèmes transcendants, et il lui semble que le monde met à notre portée assez de problèmes résolubles, pour ne pas s'attarder à ceux qui ne le sont pas. Peu d'hommes s'en contentent et y parviennent même. Ils préfèrent croire une erreur que d'ignorer la vérité. Aussi voit-on certains grands esprits, après avoir essayé d'y atteindre, être pris de doute avec angoisse, de

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