‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 45 sur 135 · CAUSES BU DOUTE · texte numérisé non relu

CAUSES BU DOUTE

même de Pétai oscillatoire et instable de l'activité cérébrale, faisant surgir « proprio motu » représentations et sentiments, par suite de Témotivité spéciale du cerveau. Pour agir il faut que nous y voyions clair dans nos sentiments et dans nos sensations, que notre représentation des choses réelles présentes ou passées soit précise, que notre jugement sur la valeur des données de l'expérience soit correct et logique. Tout ce qui troublera ces conditions sera cause de doute, mais ce ne sera pas seulement par défaut, ce sera également par excès que le trouble pourra se produire, car pour agir il ne faut ûtre ni trop, ni pas assez conscient de nos mobiles; il ne faut pas vouloir tenir compte de tous les motifs, de toutes les données; il faut faire la part a la raison et à l'intuition. En d'autres termes, quand nous adoptons un fait quelconque, objectif ou subjectif, extérieur ou intérieur à nous, quand nous lui donnons notre assentiment, ce n'est ni avec notre raison seule, ni sur la foi de nos sensations seules, ou de nos sentiments seuls, c'est avec toute notre personnalité. 11 vient prendre place dans l'ensemble de nos tendances, de nos expériences, de nos sentiments; il fait désormais partie de cette synthèse où il se fond, et d'où résultera dans l'avenir une modification de notre conduite, ou qui se traduira immédiatement par une action déterminée. Quand il y a doute, au contraire, il semble que cette assimilation ne peut pas se faire; notre personnalité reste spectatrice des efforts infructueux que fait tel sentiment, ou telle représentation pour s'y agréger, contrecarrés qu'ils sont par tel sentiment opposé ou telle représentation contradictoire; niais cette attitude expectante n'est pas indifférente; les efforts d'assimilation ne restent pas extérieurs; ils agissent sur elle, la troublent, Tébranlent, la tiraillent dans tous les sens.

Ceci dit, voyons comment certaines modifications en Soixier. — Boute.

plus ou en moins des diverses fonctions cérébrales peuvent tMre le point de départ de doutes, et plus souvent encore la cause de leur développement et de leur persisl

— Certaines erreurs de nos sens peuvent être l'origine de doutes. Toutefois nos illusion- telles

n'agissent de la sorte que si l'objet sur lequel elles portent présente un intérêt particulier pour nous, si, en un mot, noire affectivité peut être touchée par l'imprécision de nos sensations et la possibilité de notre erreur.

Les sensations inattendues ou insolites, qui ne rentrent pas par conséquent dans notre système habituel et personnel de représentations, favorisent le doute. On a le droit de se demander, en effet, si on à bien vu, bien entendu quoique chose qui est en désaccord soit avec notre expérience passée à ce sujet, soit avec lu représentation que nous nuus en faisions. Nous voyons réalisée là, dailleurs, une des conditions du doute, à savoir l'opposition, le contraste entre deux faits également propres à entraîner notre croyance.

Parmi les troubles sensoriels il en est un — et si je le" place dans cette catégorie c'est simplement au point de vue de la commodité de la classification, et sans aucune prétention à en établir la nature — qui est fort singulier et très troublant : c'est la sensation du déjà vu, du déjà entendu, du déjà connu. Je n'ai pas à le décrire ici, Je veux signaler simplemeut qu'on le rencontre fréquemment chez les douleurs obsédés. C'est un phénomène très complexe. 11 ne provoque d'ailleurs pas le doute immédiatement, car d'emblée on a au contraire la certitude que ce que l'on voit ou Ton entend pour la première fois, on Ta déjà vu et entendu. Mais, après, on cherche où cela s'est produit et le doute nait devant l'impossibilité où Ton se trouve de résoudre cette question; c'est le conflit entre le sentiment et l'expérience.

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