‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 46 sur 135 · SENSATIONS · texte numérisé non relu

SENSATIONS

D'autres conditions de production des sensations sont aussi capables d'amener du doute : par exemple leur trop grande rapidité de succession, ou bien leur multiplicité simultanée. Dans l'un et l'autre cas les différences dans l'attention portée sur les diverses sensations, les différences des degrés de conscience inhérente a chacune d'elles, font qu'après coup on hésite à savoir si on a réellement eu ou non telle ou telle sensation, qu'on nous dit ou qu'on sait devoir s'être produite.

Deux qualités opposées des sensations peuvent également être le point de départ de doutes : d'une part, leur effacement trop rapide, d'autre part leur persistance trop longue. Les deux cas se rencontrent chez les douteurs, et aboutissait au même résultat, mais par *un processus différent, comme nous l'avons fait si souvent remarquer dans le doute. Par suite de l'effacement trop rapide des impressions sensorielles on se demande si le souvenir vague qu'on en a correspond bien à la réalité. Pour peu que cela ait un certain intérêt pour nous d être fixé à cet t'gard le doute naît et s'installe, d'autant plus qu'au fur et à mesure que le moment de l'impression s'éloigne il devientde plus en difficile de l'évoquer et de juger de son existence passée réelle* Cela donne lieu h ces manies de remérnoration, de retours sur le passé, si fréquents chez les douteurs obsédés.

On observe par contre, mais moins fréquemment peutêtre, le phénomène inverse, à savoir la persistance outre mesure de certaines impressions : telle douteuse que j'ai soignée conservait l'impression des attitudes qu'elle prenait, et quand elle avait changé de position se demandait si elle n'était pas encore dans l'attitude précédente. Ainsi elle se penchait en avanl, et quand elle se redressait elle se sentail encore penchée en avant et se demandait comment faire pour se remettre droite ou pour savoir si elle était vraiment

redressée. Et maintes autres préoccupations et doutes du même genrr a propos de certains mouvements, de certaines altitudes. Ce qui existe pour des sensations musculaires ou stéréognostiques se remarque souvent pour les sensations visuelles. Ce sont les deux ordres de sensatious qui prêtent le plus à ce genre de doute par suite de la superposition d'une impression passée h une impression actuelle différente ou contradictoire, ou qui, tout au moins, sont exclusives Fune de l'antre* ïl est évident que leur simultanéité ne peut que provoquer le doute chez le sujet qui les éprouve.

Sensations kmesthësiques et cénesthésïques. — J'ai insisté dès 1901 ' sur des cas de maladie du doute où les troubles lunesthtfsiques et cénesthésiques jouaient un certain rôle. Deux malades ayant peur de mettre des épingles dans des carafes ou de les avaler avaient ceci de commun, qu'au moment où cette crainte leur venait elles ressentaient dans le bras une sorte de contraction, assez forte souvent pour que, dans la crainte de succomber, elles se prissent le poignet avec l'autre main. Mais ordinairement l'impression n'était pas aussi forte, et aucun acte n'intervenait pour contrôler leurs actes. 11 leur restait alors l'impression vague du mouvement nécessaire pour accomplir l'acte qu'elles redoutaient, et le doute sur la réalisation de cet acte en découlait. D'un côté, en effet, elles avaient l'impression kineslbésique de Pacte, et, de l'autre, aucun sens externe, la vue par exemple, ne venait contrôler celle impression. C'est l'opposition, le conflit entre ces deux ordres de sens, l'interne et les externes, qui engendrait le doute.

Dans un autre cas il y avait, en outre des impressions kineslhésiques, des illusions de la cénesthésie, 11 s'agit d'un

Méd. pstjch. février 1901.

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