‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 48 sur 135 · PERCEPTIONS · texte numérisé non relu

PERCEPTIONS

sation //, puis par la perception a t puis par la sensation c, puis par la perception b, et ainsi de suite. De ce remous résulte le doute, le sujet étant toujours tiraillé entre ses sensations et ses perceptions qui, au lieu detre simultanées, sont alternées, et ayant simultanément une perception d'un certain genre et une sensation d'un autre. C'est tout cet imbroglio qui entraîne le doute, et entrave par conséquent l'action qui devrait résulter d'une sensation bien perçue,

L'inachèvement des perceptions dépend lui-môme souvent de la faiblesse, de la rapidité d'effacement des sensations, ou de l'insuffisance cérébrale qui ne permet pas aux opérations psychologiques de s'accomplir jusqu'au bout,

k^omme aux représentations motrices de se réaliser en actes. Il détermine plutôt de la confusion, de l'incapacité, de l'inertie que du doute, à moins que ces. perceptions ne tendent par des oscillations à se compléter, à se préciser. Là encore ce sont seulement les mouvements de flux et de reflux de ces perceptions finissant par avorter qui amènent l'état de doute.

Il est enfin un dernier trouble des perceptions — qu'on pourrait à la vérité rattacher aussi bien aux troubles de la conscience ou de la représentation — qui se rencontre très souvent chez les grands douteurs pathologiques, obsédés, et qui les entretient dans un état de doute pour ainsi dire permanent. C'est la confusion des perceptions et des représentations, qui se trouvent d'égale intensité, et entre lesquelles par conséquent le conflit existe et le doute surgit.

Les sujets qui présentent cette confusion sont dans un véritable état de rêve, et ils s'en rendent relativement compte, car ils demandent qu'on les secoue de leur torpeur. Si on les laisse livrés à eux-mêmes, sans excitations fortes, ils sont en proie à un défilé indéfini de représentations revenant sans cesse, se mêlant aux perceptions actuelles, et

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ils sont incapables ensuite de savoir exactement ce qui a est passé, ce qu'ils ont vu ou fait. Leurs souvenirs, leurs représentations imaginaires sont tellement confondues avec l;t rûalitô qu'il leur est impossible de discerner Tune des autres. On ne peut mieux comparer leur état qu'à celui du demi-sommeil du matin où les sensations réelles se mêlent aux fictions de l'imagination, mais avec cette différence que c'est toujours dans le môme cercle de représentations que tourne le sujet. Il en résulte que les mêmes représentations ne coïncident jamais avec les mêmes perceptions quand elles repassent dans la pensée, d'où une confusion mentale encore plus grande, une inertie encore plus profonde, un état de rêve encore plus complet, où tout pouvoir de con* truie sur soi-même est banni, où le cerveau est complètement livré à l'automatisme.

Cette analogie que j'ai déjà signalée plus haut de l'état de certains douleurs avec le rêve est d'ailleurs confirmée par ce fait que les rêves intenses sont souvent pris par eux pour des choses réelles et arrivées, et se prolongent quelquefois pendant une partie de la journée. C'est alors seulement au moment où ils se dissipent que le doute se montre, le sujet se demandant s'il a réellement vécu ce qu'il a rêvé, ou s'il a seulement rêvé. Car pour qu'il y ait doute, la confusion entre les perceptions et les représentations ne suffit pas. Il faut que le sujet sente qu'il est en présence de ces deux ordres de phénomènes, se rende compte qu'il ne peut discerner entre les deux, et ne soit jamais sur s'il a affaire à l'un ou à l'autre. Comment, dans ces conditions, pourrait-il se déterminer à agir?

D ailleurs, beaucoup de douteurs, quand ils sortent de leur crise de doute, se demandent s'ils n'ont pas été le jouet d'un rêve. Le souvenir s'en efface même très souvent» et ils s'étonnent d'avoir pu attacher une importance si considérable à de simples représentations imaginaires, et en avoir

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été aussi troublés qu'ils l'ont été. C'est que, comme je me suis efforcé de rétablir en forme de loi des émotions, n étant plus dans le môme état d'émotivité, ils sont incapables de se représenter des émotions qu'ils ne sont plus aptes à éprouver actuellement.

Conscience, — Les variations de la conscience sont fréquemment une cause de doute chez les douleurs. Ces variations tiennent quelquefois à une cause extérieure, souvent aux oscillations même de l'activité cérébrale, de ce que M. P. Janet appelle le niveau mental. Mais il ne suffit pas que l'activité cérébrale s'accroisse ou diminue, que le niveau mental s'élève ou s'abaisse, pour qu'il y ait doute. Si cela était bous passerions notre temps à douter car notre activité cérébrale n'est jamais au même point. On douterait dés que 1 attention se ralentit, dès qu'on a envie de dormir, dés qu'on est ralentit. Il n r en est rien heureusement et rabaissement de l'activité cérébrale — totale, car il n y a pas d'activité mentale indépendante — ne suffit pas à amener le doute. 11 faut que cette activité soit soumise à des oscillations plus ou moins rythmiques, entre des points toujours les mêmes, de telle sorte qu'au moment où elle va dépasser le point maximum au delà duquel elle pourrait se manifester sous forme d'un mouvement, d'une représentation, d'un sentiment net, elle se trouve ramenée à son point minimum, ou pour mieux dire à un point inférieur oii elle est incapable de rien produire. Ou bien entre ces deux limites extrêmes il se produit une série de petites oscillations secondaires, amenant chacune par conséquent soit des représentations, soit des impulsions, soit des sentiments qui, à peine apparus, se dissipent pour faire place à d'autres* Si Ton voulait une comparaison avec un des grands phénomènes rythmiques de la nature, on pourrait comparer les oscillations du doute aux marées et aux

vagues. Quelle que soil la hauteur de ces vagues elles sont solidaires du mouvement général de la marée, coe petites oscillations secondaires de l'activité cérébrale sont solidaires de la grande oscillation alternante de cette activité, et qui seule constitue l'état de doute. Que Ton passe d'une idée à l'idée contraire sans intermédiaires, par un mouvement de va-et-vient incessant, ou qu'entre les deux se place une série plus ou moins variée, plus ou moins nombreuse de représenlations, d'idées secondaires associées, peu importe. Ce sont les deux termes extrêmes qu'il faut considérer, comme dans les transformations chimiques où la quantité de chaleur dégagée ou absorbée par la transformation totale reste la môme quel que soit le nombre des transformations intermédiaires. Et remarquons à ce propos, en passant, combien les lois physico-chimiques s'appliquent aux phénomènes psychologiques, à la fonction psychique du cerveau, ainsi que je m'efforce depuis des années de le démontrer.

La conscience donc, pour en revenir a elle, subit ces oscillations d'activité cérébrale qu'elle ne fait d'ailleurs que traduire. Et ainsi elle ne devrait pas être considérée comme une cause de doute. Mais il y a d'autres cas dans lesquels elle peut agir par elle-même, et cela pour deux raisons absolument opposées, comme je l'ai fait déjà si souvent remarquer à propos d'autres phénomènes du doute : sa disparition momentanée, ses éclipses, d'une part, et d'autre part, sa trop grande acuité, sa trop grande étendue.

Les obnubilations passagères, les éclipses de conscience sont une cause de doute chez beaucoup de douleurs. Tantôt c'est un état de rêverie dans lequel ils sont tombés, tantôt c'est une dislraction qui les a empêchés de remarquer certains phénomènes, tantùt ce sont des arrêts brusques de l'activité cérébrale dans lesquels on a cru voir des équivalents des absences épiïeptiques. Quoi qu'il en soit, dans ces

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