MÉMOIRE
certaines précautions, et toutes celles qu'il aura à éviter ici et là à Ta venir,
Cet excès de conscience ne se remarque d'ailleurs qu'à l'occasion des objets du doute, dont les moindres aspects, es plus minimes conséquences, sont aperçues avec un sens ritique remarquable comme acuité, sinon comme jusesse. Il est vraisemblable que les craintes, les phobies que comportent ces objets sont une sorte de stimulant, d'excitant qui met en jeu toute la force d'attention, de mémoire, d'association d'idées, dont le sujet est capable. Car ce n'est guère que chez les douteurs avec phobies, d'ordre moral ou physique, que cette exaltation de la "conscience se rencontre,
Mémoire. — j'ai déjà insisté sur la diminution générale de la mémoire chez les douteurs. Je n'y reviendrai donc pas. Mais la question peut être envisagée au point de vue plus spécial de la perte du souvenir comme cause de certains doutes. C'est un point sur lequel j'ai attiré l'attention es 1896 l , La mémoire peut être, en effet, conservée d'une façon générale, très satisfaisante et même normale, mais présenter sur certains points des lacunes, ou être troublée dans certaines conditions, sous certaines influences, et être ainsi un agent de doute. C'est ainsi que dans l'onomatomanie, dans la recherche anxieuse du mot, où le sujet croit à tout instant le saisir et le voit s'échapper, ou encore le perd sitôt qu'il Ta trouvé ou qu'on le lui a donné, la perte de la mémoire des mots paraît jouer un rôle générateur trôs marqué, car on la voit survenir chez des hommes qui, comme les vieillards, présentent de l'oubli des noms propres et de certains mots.
Sous l'influence d'une émotion, comme il s'en produit à
Soc. Méd.psych., janvier 1896.
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LE hOUTE
tout instant chez les douteurs phobiques à l'occasion de l'objet de leur phobie, la mémoire des circonstances d;ins lesquelles s'est présenté cet objet est atténuée et le souvenir précis s'en efface assez vite. Et plus il s'efface, plus le doute, plus la phobie augmente. Tel est ce jeune homme, entre tant d'autres, qui craignait d'tHre mordu par des chiens enragés. Lorsqu'il avait été frôlé par un chien, ou même simplement approché, il était très ému et venait aussitôt me le raconter, avec les plus grands détails, de façon que le lendemain il pût s'en rapporter à mon souvenir pour compléter le sien et le rassurer. 11 me faisait véri- Ser son pantalon, sa chaussette, et un jour que celle-ci présentait un de ces petits trous résullant d'une maille qui a sauté, il me dit : « Regardez bien; c'est bien une maille qui a saule, n'est-ce pas? Ce n'est pas un croc de chien qui a pu faire cela; du reste, mon pantalon n'est pas percé au point correspondant; vous êtes bien sûr, et moi aussi en ce moment, que c'est une maille qui a sauté? C'est que, je me connais, je me demanderai demain si je ne me suis pas trompé et si ce ne pourrait pas être un trou fait par un croc de chien. » Chez eux le doute suit la marche progressive suivante: « Je sais que cela n'est pas; cependant cela pourrait être; cela doit être, cela est, et cependant, je crois bien que cela n'était pas. » Et la discussion avec soi-même continue ainsi.
Par une fâcheuse contradiction, comme toujours dans le doute, c'est précisément dans les circonstances où il faudrait que sa mémoire fûl la meilleure et la plus fidèle qu'elle fait défaut au douteux. C'est, en effet, quand il se trouve en présence d'un incident dont il craint les conséquences, que cela se produit; or, cette crainte même, par l'émotion qu'elle constitue, trouble l'attention et la fixation précise des impressions, et par conséquent affaiblit le souvenir qu'il en faudrait garder avec le plus de netteté.