IMAGINATION
pour un douteur. Et ainsi l'imagination, ou, pour mieux
dire, la représentation vive et étendue des choses, qui
devrait servir au douteur pour mieux apprécier tous les
éléments en jeu dans une circonstance donnée, ne réussit
qu'à, lui faire entrevoir plus de raisons de douter. Sans '
compter qu'au milieu de toutes ces hypothèses, de toutes .
ces suppositions, il finit par ne plus s'y reconnaître.
Et ce qui ajoute encore au trouble dans lequel il est «plongé, c'est qu'à force de se présenter et de se représenter -à lui ces images irréelles deviennent de plus en plus \
vagues, apparaissent et s'évanouissent de plus en plus rapidement, d'où un état de confusion complète au bout d'un certain temps. J
La faculté qu'ont les douteurs imaginatifs d'envisager y
tous les aspects des choses se retourne donc contre eux, ' (
car cela ne leur sert qu'à augmenter l'étendue de leur |
choix, et par conséquent à multiplier les occasions de \
doute.
La vivacité de leur imagination s'oppose d'autre part à la réalité, et ses représentations sont quelquefois tellement fortes que, même devant l'évidence palpable que ce qu'ils v '■ j
redoutent n'est pas arrivé, leur doute persiste encore pen- ?i
dant quelque temps, le cerveau ne pouvant rentrer brus- ij
•quement dans son équilibre, et reprendre le cours régulier \
de son activité. S
Il nous faut signaler, à propos de l'imagination comme .cause de doutes, deux faits très significatifs au point de vue .de cette opposition constante entre les conditions qu'il faudrait remplir pour combattre le doute et celles qui existent en réalité.
Le premier fait rentre dans la règle commune, à savoir -que les représentations imaginaires qui surgissent dans la pensée du douteur sont 'toujours les plus contraires à «es désirs, à ses espérances, à ses sentiments, à ses ten-
dances, et qu'il lui est par contre impossible, môme quand on cherche à les évoquer en lui, d'avoir des représentations plus conformes à la réalité.
Mais le second fait est beaucoup plus singulier et tout à fait paradoxal, car il montre que l'état de doute domine toute la mentalité et subordonne tout à lui, empêche toutes les manifestations normales, rationnelles, légitimes, logiques capables de le faire disparaître, de se produire. Voici ce dont il s'agit : le douteur semble ne désirer qu'une chose, sortir de son doute, soit de lui-même, soit avec le secours d'autrui. Il demande, il supplie qu'on le rassure, qu'on lui affirme catégoriquement ce qu'il doit croire. 11 semble donc que si vous le mettez à même de vérifier, de contrôler par lui-même les faits dont il doute, il va l'accepter avec joie et s'empresser de procéder à ce contrôle. Il n'en est rien, et non seulement quand il le fait c'est à son corps défendant, et il n'est pas plus convaincu après qu'avant, mais le plus souvent il s'y refuse complètement. Les exemples fourmillent. En voici un démonstratif. Tl s'agit d'une jeune fille qui s'imagine ramasser, voler des substances toxiques pour empoisonner ensuite des personnes de son entourage. Elle dit qu'elle en a de cachées dans son armoire, dans sa chambre. Rien n'est donc plus facile que de le vérifier, et elle devrait d'autant plus le faire qu'elle est en proie à des scrupules affreux au sujet des personnes qu'elle craint d'avoir fait ainsi périr et s'accuse même d'avoir fait périr, et qu'elle vit dans un doute perpétuel, craignant d'être arrêtée, traînée en justice, condamnée, etc. Je la mets en demeure de me montrer sa cachette, de me prouver qu'elle s'accuse justement. Elle s'y refuse énergiquement, malgré mon insistance, malgré l'argument que je tire de son refus contre ses affirmations. Je me mets alors en devoir de fouiller moi-même son armoire sous ses yeux. Elle se détourne et refuse môme de regarder; et comme. elle