REFUS DE CONTROLE
m'entend continuer ma recherche et lui dire que je ne trouve rien comme c'était prévu, elle entre dans une violente crise nerveuse cherchant à s'étrangler, à avaler des objets pour se tuer.
C'est là un cas extrême. Mais en voici un autre plus banal : une jeune fille se demande tout le temps si un homme n'est pas entré dans sa chambre, et n'est pas caché derrière ses rideaux, sans qu'elle s'en soit aperçu. Elle reste là indéfiniment à la même place sans bouger, et demandant, dès qu'on arrive, de lui affirmer qu'il n'y a personne. Elle se refuse absolument, non seulement quand elle est seule, mais même lorsqu'on est là près d'elle et qu'on l'y invite, avenir elle-même écarter ses rideaux et se rendre compte qu'il n'y a personne derrière.
Par une singulière contradiction il semble donc que non seulement le douteur ne sait pas et ne peut pas sortir de son doute, mais que lorsque le moyen immédiat et démonstratif lui en est offert, il s'y dérobe comme s'il se complaisait dans ce doute dont il supplie qu'on le débarrasse et qui lui empoisonne l'existence. C'est qu'en réalité la personnalité tout entière est prise dans l'état de doute et que toutes ses manifestations tendent à le maintenir.
Et c'est aussi, je crois, — et j'y reviendrai à propos du mécanisme du doute — parce que c'est uniquement dans {
le domaine de la représentation mentale que réside le doute, j
surtout le doute pathologique. Dans ce dernier cas, malgré *
les souffrances que. le douteur accuse, malgré le violent désir qu'il a d'être délivré, il n'est pas aussi dupe qu'il en a l'air du conflit qui se passe en lui, et moins incertain qu'il ne prétend du côté où penche la balance.
" Aussi ce qu'il demande ce ne sont pas des preuves, ce sont des affirmations ; ce ne sont pas des démonstrations expérimentales ou rationnelles qu'il réclame, ce sont des principes dogmatiques, des croyances sans réserves, une
foi aveugle. Ce n'est pas son intelligence qui a besoin d'être éclairée: c'est son inoral qni a besoin d'être rassuré, d en sécurité et d'une façon absolue. Le relatif lui est odieux, la probabilité raffole : l'affirmation catégorique, absolue, indiscutable, te satisfait seule, et on ne doit pas la lui ménager. Et cependant chez les douleurs à scrupules religieux le calme obtenu par les absolutions ouïes assurances 11 logiques des prêtres n'est pas de longue durée et, après une certaine hésitation à croire le médecin à cause de son incompétence religieuse, ils préfèrent ordinairement s'en remettre à sa direction.
Association des idées, — Elle présente chez les douteurs des caractères qui favorisent singulièrement les doutes. Chez chacun il y a, naturellement, prédominance de tel ou tel mode d'association, contraste, contiguïté, analogie, etc. Mais ces différents modes se produisent de telle sorte que les douteurs y trouvent toujours une occasion de douter*
C'est qu'en efTet ces associations se font dune façon trop rapide, dans toutes les directions à la fois, sans systématisation, sans coordination comme à l'état normal. Gela tient a ce que le cerveau est dans un état, constitutionnel ou acquis, de faiblesse, d'émotivité, permettant la propagation des courants d'association d'une façon diffuse, comme il permet Téclosion des représentations sur tous les points à la fois, et la mise enjeu des sentiments ou des émotions contradictoires.
lien résulte que toutes les idées associées se trouvent sur le même plan. La rapidité de leur enchaînement est quelquefois telle qu'elles semblent simultanées. Comment s'y reconnaître entre tant d'idées diverses surgissant à la fois comme conséquence d'une même excitation? Je conseillais un jour à une de mes malades, quand elle hésitait entre deux choses à faire, de suivre toujours sa première idée*