ASSOCIATION DES IDÉES
« Mais elles viennent en môme temps! s'écria-t-elle. Alors, comment faire? » Cette simultanéité même donne en quelque sorte la même valeur à toutes les idées et rend le choix entre elles pins difficile encore que lorsqu'elles se succèdent dans un ordre relativement hiérarchique comme importance.
On des modes les plus fréquents d'association, peut-être même le plus fréquent car il constitue le doute lui-même, c'est l'association par contraste. Quand il a lien — et certaines associations se produisent forcément par contraste — le doute naît aussitôt, que ce soient des associations de représentations, ou de sentiments, ou d'impressions. Il n'y aurait pas lieu d'insister, le contraste, l'opposition étant l'essence même du doute, et tout ce qui peut normalement être en contraste et en opposition devant le favoriser, si cette association par contraste n'avait pas une importance particulière comme génératrice da doute, quand il s'agît de questions morales. L'opposition entre le bien et le mal est, en effet, toute fictive. En réalité on passe de l'un à l'autre par des transitions insensibles en série continue. Si on représente le bien par B et le mal par M, et qu'on les relie par une ligne droite, on peut facilement comprendre que le sujet qui se meut sur cette ligne sera en! rainé vers B ou vers M suivant que la somme de ses tendances ou de ses mobiles vers B sera plus forte que ses tendances ou mobiles vers M et réciproquement, c'est-à-dire, en somme, qu'il sera mu par la différence des tendances contraires qui sont en lui. Si les tendances vers B sont de 80 p. 100 par exemple, et celles vers M de 20 p. 100, il se trouvera entraîné vers B par une force de 60 p. 100, et il lui semblera que cette force existe presque seule, tant elle est supérieure à la force contraire vers M. Si la force B n'était qur de 60 p. 100 et la force M de 40 p. 100 T il pourrait encore avoir ta même impression de n être entraîné que par la
Parce U de 60 p. 100, parce que celle-ci se présenterait seule à lui comme aprent de mouvement. Mais chez Je dout<nir les choses ne se passent plus de même, Dès que le sentiment des tendances vers B surgit, celui des tendances vers M surgit également, et il s'établit entre les deux tendances ou les deux sommes de mobiles une lutte, une oscillation interminable» au milieu de laquelle le sujet hésite d'autant plus pour savoir laquelle remportera réellement que la différence de 20 p. 100 seulement entre elles est assez faible, et inférieure à Tune et à F autre. Aussi quand enfin la tendance B finit par le déterminer h Faction a-l-il Fimpression de n'y être mû que par une tendance très faible de 20, alors que l'individu normal avait l'illusion d'être entraîné par une force de 60. Dans les deux cas cependant c'est la mairie différence entre B et M qui les détermine, mais cela nous explique l'indécision du douteur, et, quand il agit, le sentiment qu'il a de n'obéir qu'à un mobile peu important*
Mais il est un mode d'association qui est une grande cause de doute» et où il semble qu'il y ait quelque chose de plus, un défaut de jugement et de raisonnement; c'est le mode par contiguïté. Chez nombre de douteurs on voit de simples coïncidences, soit entre des idées et des incidents extérieurs, soit entre des idées, amener des doutes très intenses. J'en ai déjà cité des cas où la coïncidence d'une pensée se rapportant à quelqu'un avec un acte mal exécuté par le douteur était pour lui le point de départ de scrupules et de doutes au sujet de l'influence que cette mauvaise exécution pouvait avoir sur la personne à laquelle on avait pensé. Un de mes malades s'inquiétait de son état moral parce que, en même temps qu'il avait pensé à sa mère morte qu'il vénérait» il avait songé à des maîtresses et à des débauches passées. Cette coïncidence était pour lui comme une profanation de la mémoire de sa mère, et il était dans le