INTÉRÊT DES MOBILES
teur veut à tout prix ne céder qu'à l'un d'eux» Il n'a aucun intérêt, ni aucune raison pour partir du pied droit plutôt que du pied gauche quand il se met en marche. Et cependant le voilà qui reste le pied en l'air dans le doute où il est à cet égard. C'est Fane de Buridan se laissant mourir entre deux bottes de foin, faute de savoir par laquelle commencer; il ne faut jamais donner qu'une botte de foin aux douleurs. On appelle, cela de l'aboulie, on dit que cela Bfti du a un manque de volonté. C'est peut-être à un défaut de volition, la volîtion étant une tendance, une représentation d'acte consciente, qui se réalise. Ici, la représentation manquant, l'acte ne saurait se réaliser, C'est donc à un défaut de représentation qu'on a affaire, non à un défaut de volonté.
La succession trop rapide des mobiles peut également empêcher d'agir. Il est facile de le constater chez des donteurs auxquels on dit de faire une chose en teur eu donnant une raison valable. Si, dès qu'ils l'ont commencée on leur suggère une raison contradictoire mais de valeur moindre, ils s'arrêtent immédiatement, Si on insiste sur la seconde raison, ils font l'acte en sens contraire du premier. Il n'y a qu'à les laisser alors à eux-mêmes pour les voir passer alternativement de l'un à l'autre. Ce que Ton peut produire artificiellement chez eux se produit spontanément de la même manière sous l'influence de n'importe quelle association d'idées. La suggestion, qu'on préconise si souvent pour combattre les doutes, ne fait que développer la suggestïbilité, et fauto-suggestion remplit bientôt l'œuvre de la suggestion étrangère. Elle doit être absolument écartée, car, si elle peut momentanément dissiper un doute, elle crée, elle développe certainement, la tendance au doute.
État de l<i motricité. — J'ai déjà insisté à plusieurs
LE DttDTE
reprises sur ce point particulier de l'importance de la motricité dans le doute, soit comme phénomène Hé à l elat même du doute, soit comme phénomène conséquent. L de la motricité, des phénomènes moteurs peuvent-ils par eux-mêmes déterminer des doutes? Cela ne me semble guère contestable. Il suffit déjà do voir ce qui se passe chez un homme habitué à certains exercices périlleux dont il est sûr. Que pour une raison ou une autre, mais non rattachable à une cause extérieure, étrangère à lui par conséquent, il vienne a manquer son coup, et le doute entre en lui aussitôt. Il y persiste jusqu'à ce qu'il ait retrouv. même sftreté (to mouvement ou qu'il ait découvert en lui un»- raison quelconque de sa maladresse. Dans ce cas le trouble moteur a amené le doute chez le sujet, le doute de lui-même. Et ce doute ne va faire qu'augmenter, si l'incapacité motrice, si l'incorrection du mouvement se répète. Plus d'un acrobate, plus d'un virtuose ont été obligés d'abandonner leur profession à la suite d'accidents semblables, dont le seul souvenir, quand ils essayaient de recommencer leurs exercices, leur donnait une émotion qui les paralysait complètement.
Si cela peut survenir chez des individus qui n'ont pas un tempérament de douleur, à plus forte raison cela peut-il devenir une cause de doute chez un douleur constitutionnel déclaré ou encore latent. Tel est le cas d'un diplomate que j'ai soigné et dont le seul doute avait pour cause la crainte de trembler en prenant son potage, chose qui lui était arrivée un jour accidentellement, comme cela peut se produire chez n'importe qui. 11 se demandait chaque fois qu'il allait dîner dans le monde — et sa fonction l'y obligeait souvent — s'il allait trembler encore; puis, sur ce doute, s'en était greiîé un autre, celui desavoir ce qu'on en penserait» si on ne supposerait pas qu'il était alcoolique» ou avait une maladie nerveuse ; d'où conséquences fâcheuses pour sa car-