‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 59 sur 135 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Sommaire : Caractère générai des douleurs; quatre catégories de douteurs. — 1"> Réactions dues au caractère individuel des douteun. — 2° Réactions inhérentes au doute lui- meute. — Maladie du doute et psychasténie. — Manies, — Agitations motrices. — Sentiments d'insuffisance morale et psychologique. — Obsession dans le doute. — Obsession et impulsion» — Caractères de l'obsession. — Dédoublement du moi, — Obsession et hallucination*— Mode dissociation dans l'obsession. — Obsession et suicide. — État de la conscience dans l'obsession. — Éclipses de conscience et èpilepsie. — Angoisse.

Nous nous sommes occupés jusqu'ici du doute en luimôme, dans ses conditions, son évolution générale, phénomènes essentiels, ses conséquences et ses causes. Mais ce n'est là qu'une des faces du problème. Il reste à considérer le douleur et ses réactions au doute. Car le doute, étant L'expression même d'un état de la personnalité tout entière, est quelque chose d'essentiellement vivant comme la personnalité elle-même et revêt des aspects très différents suivant le caractère des individus chez lesquels on l'observe. Nous entrons ici dans le doute constitutionnel et le doute pathologique. Entre le douteur accidentel et le douteur pathologique obsédé, il y a en effet tous les degrés possibles. On peut cependant pour la

commodité des observations décrire quatre catégorie douleurs, au point de vue de leur caractère.

Caractère général des Douteurs. — La première catégorie est constituée par «1rs iiens qui doutent accidentellement, et chez lesquels le doute ne prend jamais le caractère obsédant, ne laisse derrière lui aucune impression persistante, aucune trace, aucun trouble même peu durable. Ces douteurs accidentels n'offrent aucun caractère spécial» car le doute peut se présenter chez des hommes normaux très différents de caractère, et tient non à celui-ci, mais aux circonstances dans lesquels ils se trouvent, La cause du doute est chez eux exogène, alors que dans les trois autres catégories elle est à des degrés divers plus ou moins endogène. Dans le premier cas on pourrait dire que c'est le doute qui fait le douleur, tandis que dans les autres i le douteur qui fait te doute.

La seconde catégorie comprend ce nombre si considérable de gens qui sont des inquiets, des hésitants, des h cis, des scrupuleux. Suivant leur tempérament, leur intelligence, leur caractère, cette inquiétude, ces hésitations, ces scrupules se manifestent de préférence à telles ou telles occasions, a propos de tel ou tel objet et pas à propos d'autres plus ou moins analogues. Toutes les nuances, toutes les variétés, tous les contrastes, toutes les contradictions, surtout au point de vue des sentiments, des goûts, de la moralité, se rencontrent chez eux. Aussi est-il très difficile de bien connaître leur caractère, et de prévoir, comme chez des gens normaux, comment ils réagiront dans une circonstance donnée. Ici en effet tout est mobilité, instabilité et souvent contradiction, car sur ce r ta h points on les trouve, les scrupuleux surtout, inébranlables. Ce sont des impressionnables, des délicats, des subtils aussi bien au point de vue sentimental qu'intellec

CARACTÈRE DES DO l TEL R S

iel. Ils s enthousiasment facilement et se découragent deîême. Beaucoup sont des artistes, îles poètes, des idéalistes. Mais sous ce dernier rapport on observe chez eux un singulier mélange de terre à terre et d'idéal, et tout en planant dans leurs rêves ou plongés dans leurs rêveries ilsn'oublient pas leurs intérêts matériels et savent fort bien les défendre.

Compatissants ils le sont souvent, ne fût-ce que pour ne pas souffrir de la représentation de la souffrance d'autrui. Car ils aiment se faire plaindre et se préoccupent beaucoup d'eux-même

C/est un mélange continuel d'altruisme et

d'ôgoïsrae.

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Ce sont des tendres, raffinés dans leurs sentiments» jaloux de leurs affections, exigeants pour ceux qu'ils aiment et que, tout en les adorant, ils font souvent beaucoup souffrir,

Les uns ont des tendances religieuses, mystiques même, ou symbolistes, et tombent facilement dans la superstition,,

IV occultisme, le spiritisme.

D'intelligence plutôt vive en général, ils ont souvent* même quand ils ne sont pas intelligents, l'esprit critique^ qui se traduit alors par du dénigrement et de la malveillance, lis ont peu d'idées générales et se perdent dans les détails qu'ils voient souvent avec, une perspicacité et une justesse étonnantes. Us sont pleins de bon sens et excellents conseillers pour les autres: mais ils sont incapables de se diriger convenablement eux-mêmes. Ils sont plus raisonneurs et ergoteurs que logiciens, et leur raison est au fond toujours primée par leur sentiment ou leur émotion* Par suite de cet esprit critique ils ne sont jamais tout à fait satisfaits de rien, se dégoûtent facilement de ce qui leur a plu, comme plaisirs, comme occupations. Ils n'ont d'ailleurs pas de tendance très caractérisée pour tel

iu tel genre de travail, et leur carrière ne les attire pas* Soulier. — - Doute. 12

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généralement par une vocation très marquée. Ils savent toujours mieux ce qu'ils n'aiment pas que ce qu'ils aim»-nf, ce qu'ils ne veulent pas que ce qu'ils veulent. Ce sont souvent d'éternels mécontents, qui finissent par prendra tes hommes en horreur et la vie en dégoût, ou qui, tout au moins, y deviennent indifférents, et s'ennuient partout et 'k 1 tout, i

Ce BOHt des caractères faibles par-dessin tout, et qui besoin «le direction* Mais, en même temps qu'ils la désirent et la réclament, i]s s'insurgent souvent contre elle et la dis* cutent ou y opposent une force d'inertie complète. Ils demandent des principes solides sur lesquels s'appuyer en toute sécurité pour se conduire dans la vie, et n'ont rien de plus pressé, quand on les leur fournit, que de les mettre en doute s! d'en chercher de nouveaux qui les attirent plus. Incapables souvent de se diriger eux-mêmes ils ont la manie de régenter les autres, étant d'ailleurs à la fois des humbles et des orgueilleux, des timides et des audacieux* Leur humilité n'est souvent faite que de l'impuissance où ils sont de ne pas pouvoir mettre en évidence ee qu'ils se croient être; et leur timidité ne les retient pas plus que le respect humain quand il s'agît pour eux de sortir de leurs flou te- un de dissiper leurs inquiétudes.

On pourrait dire que leur caractère est de n'en pas avoir, tant les traits opposés s'y rencontrent, tant les mobiles qui les guident sont contradictoires. L'opposition, sous toutes ses formes, dans toutes les manifestations de l'activité mentale, est le trait le plus caractéristique du douleur, et celte opposition s'étend même au domaine physiologique. Non seulement un sentiment, une idée, une tendance font surgir leurs antagonistes, mais dans le même senliment, la même idée, le même acte se dressent des éléments eu opposition entre eux. Souvent même l'oscillalion entre les termes opposés de leur état psychique est tellement rapide

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