CROYANCE
croyance, ne le fait que dans certaines questions, dans certaines circonstances où son expérience lui a appris à se délier de lui-même et des faits eux-mêmes, mais qu'il est vent d'une crédulité invraisemblable dès qu'il s agit de phénomènes, d'événements ou il esl incompétent et qui sont nouveaux pour lui.
Si Baldwin veut dire seulement que lorsqu'il s'agit de prendre parti dans un cas donné entre deux croyances, il y a une période de doute qui précède la croyance déllniti- \ ornent adoptée» rien de plus juste, encore que chez la plupart des gens la détermination dans un sens ou dans l'autre se prenne d'une façon intuitive, presque inconsciente, et que les motifs n'en apparaissent que plus tard pour la justifier, s'il en est besoin.
Il me semble qu'au contraire notre premier acte est un acte d'adhésion à ce qui se présente a nous, acte de
royance, ou de foi* Pour s'en rendre compte il suffit
'observer ce qui se passe chez les enfants, chez les saus, et, d'une façon générale, chez les hommes d'esprit simple, ignorants et de peu d'expérience. Leur crédulité est des traits les plus frappants de leur caractère. Ce n'est
îe plus tard qu'ils doutent, lorsque l'expérience ou Tins-
ruction leur ont montré que ce qu'ils croyaient n'était pas, :>u qu'une chose qu'ils ne croyaient pas possible l'était.
lez certains sujets où le pouvoir de contrôler ses impressions est aboli, où l'assimilation des impressions actuelles aux représentations passées ne se fait plus, où l'identification de ces impressions à la personnalité est supprimée, SQ
Kûns consciemment, comme chez les hystériques, la crélulité est poussée à un tel point qu'elle prend le nom de suggestibilité, laquelle ne leur permet plus de distinguer
es sensations des représentations, et le réel de rimagiîaire.
La crédulité diminue chez Thomme en proportion de-
r accroissement de son expérience, de ses connaissances, et du degré de développement de son intelligence et de sa raison ; grâce à quoi la tendance au doute, c'est-à-dire en somme à la critique, gagne tout ce que perd la crédulité. Croyance et crédulité étant dans un rapport très étroit, on peut dire également que la croyance est en raison inverse de l'esprit critique, du doute. Mais il n'est pas juste de prétendre que le doute soit un dissolvant de la croyance ; il n'est pas la cause, il n'est pas même la conséquence de la dissolution de la croyance ; il est la croyance elle-même en état de dissolution, il est l'expression de cette dissolution, ou, pour mieux dire, de cette transformation. C ar, comme nous le verrons plus loin, il faut que la croyance qui se dissout aboutisse aune autre croyance pour que le doute puisse surgir ; si elle aboutit à un état de connaissance pure il n'y a pas doute.
Le doute est donc bien, comme on Ta dit, l'opposé de la croyance, et c'est dans le même domaine affectif qu'ils prennent tous deux racine; quand on passe de ce domaine à celui de la connaissance, ou lorsque l'alternative ou l'oscillation se fait entre des états cognitifs sans participation de l'affectivité, il n'y a plus ni croyance ni doute.
L'opposition que nous signalions tout à l'heure entre la crédulité et le doute nous montre qu'il existe cependant une certaine différence dans la composition de leurs éléments. Nous avons vu, en ^effet, que c'était l'intervention de l'expérience et de la raison qui amenaient la dissolution des croyances et le doute par quoi elle se manifeste d'abord en général. Le doute comporte donc un élément intellectuel, rationnel, que ne comporte pas la croyance : on croit naturellement, on apprend à douter.
Cette formule que nous proposons n'a d'autre but que de bien marquer le rôle de l'intelligence et de la raison dans le phénomène du doute, par opposition à celui qu'elles ont
DOUTE ET CROYANCE
dans la formation de la croyance. En réalité, si lacroyance est, avant tout, un phénomène affectif, elle est aussi, par un certain eût é, un acte intellectuel. « La croyance, dit Baklwin, peut être définie comme une conscience de l'endossement personnel de la n'alité », ou de ce qui nous paraît la réalité, pourrait-on ajouter. Cet acte intellectuel, c'est l'adhésion de noire raison à ce que nous sommes portés à croire, au sentiment qui nous pousse vers la croyance, et c'est aussi, dans une certaine mesure, la conscience des motifs de croire. Dans la croyance l'élément affectif est donc prédominant et capital, tandis que Télément intellectuel, rationnel, n'a qu'un rôle très secondaire.
C'est précisément l'inverse qui se passe dans le doute. S'il est vrai que le doute ne puisse se produire que dans la sphère affective, il n'y reste pas longtemps confiné; c'est la sphère intellectuelle qui est vite mise en mouvement et dans laquelle les phénomènes les plus importants vont se passer. Mous avons déjà vu que l'expérience, les connaissances acquises contribuaient à ébranler nos croyances primitives et spontanées. Si le doute se manifeste au point de vue afleclïf dès qu'il y a conflit intérieur (entre tendances, sentiments,, représentations), il n'est véritablement constitué que lorsque nous avons une conscience nette de ce conllit et des éléments opposés en présence, et aussi quand les données de l'expérience, les jugements fournis par la logique et la réflexion entrent en jeu pour la solution de ce conllit. Dans le doute l'élément affectif est donc encore k la base comme dans la croyance — et il n'en saurait être autrement puisqu'il en est l'opposé — mais l'élément intellectuel et rationnel y occupe une place importante et y joue un rôle prédominant a un moment donné.
Il faut toutefois bien s'entendre sur ce point qui a son importance théorique et pratique dans la question de la maladie du doute, avec obsessions et phobies, où Ton a
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qu'on voit surgir le doute, tandis que dans la phase d'aboulie il n'existait pas. C'est qu'il n'est pas sous la dépendance de l'aboulie, pas plus que la croyance n'est seras celle de la volonté, mais est en rapport avec l'état de la sensibilité, de L'affectivité, de la personnalité, Or, dans cette phase de transition entre l'état subconscient et l'état conscient, entre Fancsthésie et la sensibilité, entre la personnalité seconde et la personnalité prime, Fhysténqusoumis à des variations continuelles dans son état, à une mobilité très grande de ses sentiments *?tde ses émotions, de ses sensations et de ses représentations. Il ne présente aucune stabilité, de sorte que, trop peu résistant encore pour coordonner, systématiser ses impressions, ses sentiments, ses représentations en vue de Faction, il (lotte ballotté de Fun a Vautre et incapable quelquefois de se déterminer. Ce sujet, qui peu de temps avant agissait d'une façon automatique et réflexe, hésite maintenant dans l'exécution d'actes qu'il faisait avec une correction parfaite, et hésite môme entre les différents actes à accomplir.
Nous avons ainsi la preuve que le doute tient bien au conflit des divers mobiles d'action, et à Férnotivité, à l'état d'instabilité de l'affectivité et de la personnalité qui en est la cause plus profonde. Mais nous avons aussi la démonstration que le doute n'est pas en rapport avec l'aboulie, puisqu'on le voit apparaître chez l'hystérique quand elle diminue. Tî est vrai que dans la phase de transition de l'hystérie vers l'état normal il y a bien encore de l'aboulie; mais elle est d'une autre variété, et se rapproche singulièrement de celle que nous allons rencontrer tout à l'heure chez les obsédés. Seulement on n'a pas le droit de dire que ce soit cette aboulie qui engendre le doute. C'est au contraire le doute qui l'engendre d'une façon manifeste. C'est, en effet, parce que le sujet est dans un état d'instabilité affective et représentative trop grande que le senti-
DOUTE ET ABOULIE
ment ou la représentation capables de déterminer son acte ne peuvent pas se fixer d'une façon assez forte et assez durable pour qu'il se réalise. C'est donc le doute qui amène l'incapacité d'agir, c'est-à-dire l'aboulie.
Le retour à la normale chez L'hystérique consiste, en effet, dans le réveil de toutes ses sensibilités, la reconstitution de la personnalité une et consciente, le rétablissement de la continuité de ses souvenirs. Le mènie sujet qui, «hms la première phase d'automatisme et de subconscience, où sa volonté était réduite au minimum, ^agissait sans avoir de doute, ne sail plus dans la seconde, — de dédoublement de la personnalité et d'instabilité de la sensibilité et de Pémotîvité — faire ce qu'il faisait dans la première; il hésite, il doute; quoique sa volonté soit plus grande elle parait moindre que dans la période précédente. Eniin tout rentre dans Tordre; le sujet conscient de lui-même, en possession de ses sensations normales, de ses représentations complètes, de nouveau ne doute plus, et sachant clairement ce qu'il doit faire il le fait sans hésitation; s'il ajourne parfois ses déterminations ce n est pas par doute, c'est par réflexion et pour supplément d'information avant d'agir. L'aboulie suit donc et ne précède pas le doute. Elle peut, d'autre part, exister sans amener le doute.
Mais il faut s'entendre sur ce que c'est exactement que l'aboulie. Je crois que c'est dans un malentendu sur son interprétation que résident les divergences entre les observateurs sur les rapports du doute et de V aboulie, il semble, effet, quon confonde incapacité de vouloir et incapacité d f agtr .
Or, ce sont là deux choses indépendantes, quoique souvent associées. Il faut donc demander aux faits de nous renseigner sur le sens à donner au terme « aboulie ». Dans le cas de l'automatisme, la volonté est réduite à son minimum; cependant la capacité d'agir persiste, et même Faction
s accomplit avec mie précision loute mécanique et à la manière d*un réflexe. Incapacité de vouloir et incapacité
d'agir apparaissent donc bien comme doux choses distinctes, et nous sommes obligés de conclure que pour il n'es» pas toujours nécessaire de vouloir. Nous constatons BU même temps qu'il n'y a pas doute.
Dans le cas d'inertie, d'inhibition cérébrale, l'action devient impossible: il y a également impossibilité de vouloir; et aucun doute ne si* montre non plus.
Enfin, dans le cas d'éiiioiivité, d'instabilité mentale amenant des conflits de tendances, de sentiments, de représentations, qui caractérisent le doute, il y a incapacité de vouloir et incapacité d'agir, c'est-à-dire aboulie dans les deux sens où les auteurs l'entendent. Ici l'aboulie apparaît non seulement comme une conséquence, mais comme un deséléments, un des caractères du doute.
Pour nous donc, l'aboulie c est l'incapacité de vouloir, et non l'incapacité d'agir, laquelle peut tenir à des causes différentes de la première. Pour agir il n'est pas toujours nécessaire de vouloir, ainsi que nous le montre l*état d'automatisme- Vouloir, c'est se déterminer avec conscience des raisons qui nous déterminent. Pour agir, au contraire, il suflH de croire, et nous en avons la preuve dans l'automatisme oii la crédulité est à son maximum. C'est donc la croyance et non la volonté qui entraîne l'action. Et inversement c'est le doute qui empêche d'agir. Dans les étais d'inertie cérébrale, il n'y a ni croyance ni doute; il y a incapacité de vouloir et d'agir, et Ton ne peut par conséquent en tirer parti, Dans les états de doute, où ii y a oscillation continuelle dans la croyance, il y a incapacité de se déterminer et par conséquent d'agir conformément à sa détermination. Maïs cette incapacité d'agir tient-elle au doute ou à l'aboulie, prise dans le sens d'incapacité de vouloir? L'observation courante se charge de répondre*