‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 7 sur 135 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

En effet, te sujet qui, pris de doute, est incapable d'agir, n a aucune difficulté pour agir dès que son doute cesse, et, pour toutes les questions au sujet desquelles il n'a jamais de doutes, il est même capable de grande décision et de grande volonté.

En résumé, ce n'est pas la volonté qui régit la croyance, comme on a tant de tendance à l'admettre de nos jours, c'est au contraire la croyance qui régit la volonté, ou pour parler plus justement, c'est la croyance qui régît l'action. La volonté n'est que la conscience des motifs que dous avons d'agir et des mobiles qui nous Font agir. Réciproquement le doute empêche l'action; la volonté d'agir, le désir tout au moins d'agir, si intenses chez les douteurs qui cherchent tous les moyens pour y arriver, ne servent à rien quand le doute, c'est-à-dire l'incapacité de croire ce qu'il faut faire, existe. Nous conclurons donc, en ce qui concerne les rapports du doute et de l'aboulie, à la priorité du premier sur ta seconde, si même nous ne devions pas dire que 'ces rapports sont fictifs, la volonté qui est interposée entre la croyance et l'action étant en réalité une sorte d'éptphënomène auquel on a donné une valeur et un rôle qui s'évanouissent quand on analyse le fond des choses, et qui n'est pas, en tous cas, une fonction psychologique particulière, mais une simple modalité des processus d'activité motrice ou mentale.

Conclusions. — Croyance et doute reposent sur un fond affectif, mais tandis que la croyance est liée à un état stable, le doute est la conséquence d'un étal d'instabilité et d*oscillalions. Le doute est au moins aussi naturel que la croyance, et tout le monde y est plus ou moins sujet. IL peut se manifester à propos des plus grandes comme des plus petites choses.

Suivant qu'il se montre accidentellement, dans cer-

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taines cireontances seulement de notre vie, ou au contraire à propos des moindres actes de no(re existence pratique, des moindres événements de notre vie mentale, il constitue deux variétés reliées par des gradations insensibles, le doute d'occasion et le doute iï habitude, Le premier s'accorde avec un état ordinairement normal; le second est un état franchement pathologique. Mais on retrouve chez le douteur d'occasion tous les caractères, toutes les réactions, toutes les manifestations à l'état embryonnaire qif on rencontre chez le douteur d'habitude, chez le douteur malade, obsédé, phobique.

Le doute prend toute la personnalité du sujet» comme la croyance. Il est même plus impérieux et plus envahissant qu'elle. Car lorsque la croyance est constituée, elle reste limitée dans son domaine à l'état subconscient et ne se montre plus qu'à l'occasion des actes en conformité avec elle. Le doute, au contraire, persiste à l'état conscient tant qu'il n'est pas résolu, et tend à se propager à toute la sphère psychique, à envahir tous les domaines de l'activité mentale et apporte ainsi dans l'existence un trouble de plus en plus grand.

La croyance est synthétique, systématisante, active, dynamogène; le doute est analytique, dissociateur, inhibiteur.

Nous pouvons ignorer nos croyances en ignorant nos tendances qui ne se manifestent que lorsque l'occasion réelle ou imaginée s'en présente ; nous pouvons même agir en les ignorant encore, par action implicite, subconsciente. Nous ne pouvons ignorer nos doutes, parce qu'ils sont précisément des arrêts de tendances, d'actes, et jettent en nous un trouble, constituent un conflit qu'il nous faut résoudre avant d'agir.

Sous tous rapports le doute s'oppose à la croyance, et pour l'étudier on pourrait à la rigueur prendre le contrepied de tout ce qui a été dit de celle-ci. Mais s'il n'y a

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qu'une manière de croire, ii y en a beaucoup de douter, et les aspects et réactions du doute sont par là même d'une variété extrême comparativement à ceux de la croyance. ..

Quanta une définition personnelle du doute, nous pouvons dès maintenant formuler celle à laquelle va nous conduire l'étude de ses diverses formes et manifestations, et l'interprétation de sa nature et de son mécanisme. C'est la suivante : Le doute est un phénomène d'ordre affectif, intéressant la personnalité tout entière primitivement, entraînant secondairement des réactions intellectuelles et volitionnelles, et constitué par un conflit entre des états quelconques d'activité cérébrale, conflit à forme d'oscillations se produisant d'une façon involontaire et s'accompagnant d'un sentiment plus ou moins pénible.

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