‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 62 sur 135 · RÉACTIONS INDIVIDUELLES · texte numérisé non relu

RÉACTIONS INDIVIDUELLES

tinue comme dans la dernière, ce ne sont plus de simples traits de caractère qu'il faut signaler et décrire, ce sont des réactions tout à fait spéciales, et qui continent quelquefois aux manifestations délirantes. On ne saurait plus alors, du reste, décrire de caractère chez le douteur arrivé à ce degré pathologique, car sa personnalité intellectuelle et morale est dans un tel trouble qu'elle n'est plus qu'un chaos indéfinissable de sentiments indéterminés, de représentations obsédantes, d'émotions subites et d'actes inutiles.

Ce sont ces réactions si nombreuses, si variées, et d'un déterminisme si précis en même temps malgré leur aspect mobile et changeant, qu'il nous faut maintenant passer en revue. Nous entrons là complètement dans le domaine de la pathologie cérébrale.

Les réactions des douleurs peuvent se ranger sous quatre chefs : 1° Celles qui sont dues au caractère individuel des douleurs; G 2° celles qui sont des manifestations inhérentes au doute lui-même; 3° celles qui sont des moyens de défense contre le doute; 4* celles enfin qui sont des moyens de défense contre les conséquences du doute.

1° Réactions dues au caractère individuel des douteurs. Nous avons rapidement esquissé les traits les plus saillants du caractère des douleurs. Il va de soi qu'ils ne les présentent pas tous réunis, que non seulement tels ou tels dominent, mais que chez certains il en est même qui font totalement défaut ou qui sont remplacés par des qualités extrêmement solides. Mais il en est quelques-uns qui leur impriment cependant un cachet commun, qu'on pourrait presque dire constant.

C'est tout d'abord leur émotivité, leur rmpressionnabilité, d'où leur promptitude à s'inquiéter, soit sur euxmêmes, soit sur les autres (manies, craintes, scrupules); cela dans l'or die moral. Dans l'ordre intellectuel, c'est

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rit critiqua, la subtibflitë, qui frappe ensuite; i aussi la rapidité de leurs associations d'idées et la vivacité de leur imagination, surtout visuelle. Dans Tordre mot c'est leur défaut de résistance, leur fatigabilité, leur in* Y\iè d'activité motrice sauf pour la parole Enfin» d'une façon général^ cVsl la faiblesse de leur earacl st le

contraste, l'opposition de ses rléments, l'association de traits contradictoires, comme la timidité et l'orgueil, l'égoïsnie et l'altruisme» le mysticisme et Térotisme g sier, les oscillations continuelles de leur humeur, et la tendance à l'obsession dés qu'il y a un sujet de doute et d'inquiétude.

Nous retrouvons dans ces éléments communs du caractère des douleurs l'ébauche de foules les réactions que nous allons rencontrer dans le doute pathologique le plus intense : angoisses, manies, phobies, scrupules, agitation-, obsessions. Suivant la prédominance de tel ou tel trouble on peut prévoir, comme chez un homme de caractère non douleur, quelle conduite il va tenir en présence cl une situation donnée, et quelles réactions morales, intellectuelles et physiques il présentera. Chez l'un, ce sera rémotion qui remportera, le conflit de ses sentiments et de ses tendances; chez l'autre, ce seront des raisonnements à perte rie vue; chez un troisième il pourra s'y ajouter une inerlie, une fatigue extrême l'empêchant d'agir.

Car le trait commun et essentiel des conséquences des diverses formes du caractère des douleurs c'est le défaut d'adaptation des actes aux mobiles, des émotions aux représentations. Ou l'acte est incomplet, et ne se produit même pas, ou il s'accompagne de mouvements, d'actes duires absolument superflus et inutiles; trop ou trop peu, jamais la juste mesure. 11 en va de même pour les émotions qui ne sont jamais proportionnées et adéquates à l'excitation qui les provoque* Et le langage populaire a trouvé le

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mot exacl quand il qualifie les douleurs de déséquilibrés. Ce ternie n'est pas suffisant cependant, car tous les déséquilibrés no sont pas des douleurs. Chez ces derniers le deséquilibre esl maintenu dans de certaines limites, et oseille entre ces limites; et ce sont précisément ces oscillations, dont le rythme exclurait l'idée de déséquilibre, qui donnent au déséquilibre du doute son caractère spécial et qui le distingue de toutes les autres formes de déséquilibre, telles qu'on les rencontre chez les hystériques, chez les dégénérés, impulsifs, raisonnants, amoraux, etc.

La maladie du doute et la psychasthénie. — Avant d'entrer dans l'examen de ces réactions et de celles qui vont suivre il me parait nécessaire de in'arréter un instant sur une question que nous aurons l'occasion de discuter plus loin à propos du mécanisme, maïs qu'il me parait utile de préciser dès maintenant au point de vue purement descriptif et de la classification des phénomènes, Je veux parler de ce qu'on a appelé i& psychasthénie^ mot nouveau qui correspond à ce qu'on appelait plus particulièrement la brasthénie dans les formes de la neurasthénie, et qui correspond mieux encore à ce que Morel, le premier, et à suite, Faire t, Legrand du Saulle, Magnan, Bail» Hack Tuke, etc., avaient si bien décrit sous le nom de délire émotif, de maladie du doute. Et, en effet, émotivité et doute sont bien les deux caractères fondamentaux de ces états de doute, d'obsession, de phobie, d'angoisse, etc., dont on a décrit de nombreuses formes, auxquelles on a même trop souvent donné l'importance d'une entité nosographique.

Le terme de psychasthénie me parait assez fâcheux comme tous ceux qui impliquent une conception générale ou une pathogénie qui ne sont rien moins que prouvées. Si les mots ne changent rien aux choses qu'ils désignent et recouvrent, il n'en est pas moins vrai qu'ils déterminent une certaine

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tendance dans leur interprétation et leur conception. Or cola n'est pas sans importance quand il s'agît d'états pathologiques, où la théorie qu'on en a conduit dans la pratiqua à des interventions différentes. Tant qu'une maladie ne peut recevoir une appellation conforme à sa nature exacte et irréfutablement démontrée, il est bien préférable de la, désigner par le symptôme le plus saillant, le plus carâetéristique T le plus palhognomontque. On a tout le temps ensuite de discuter sur son origine, sa nature, sa palhogénie; pratiquement, cliniquement, tout le monde s'entend.

Tel n'est pas te cas pour la psychasthénie. Élymologiquement ce terme signifie : épuisement psychique. Il implique donc que l'esprit seul est en cause, qu'il agit pour son propre compte, indépendamment du cerveau, puisqu'on a abandonné le nom de cérébraslhénie qui indiquait à la fois les deux aspects de l'épuisement cérébral, delà fonction organique et de la fonction psychique du cerveau. Au point de vue philosophique cela semble un retour au dualisme spiritualité le plus pur. L'âme reliée au corps et se servant de lui, agïssaul volontairement sur lui, ayant activité propre, indépendante, son autonomie complète, ses lois et ses maladies. N'est-il pas dangereux que l'adoption d'un nom de maladie oblige implicitement à se rattacher à une conception philosophique aussi grosse de conséquences? *

Mais cela me parait surtout regrettable dans Tordre pratique, au point de vue médical pur, car si l'on est logique il faut négliger tout le côté physiologique chez un psychasthénique et ne considérer que le coté psychique/ puisqu'en réilité ce seraient uniquement les troubles psychiques qui amèneraient les troubles physiques. L'inconvénient qui peut en résulter pour le malade n'est pas chimérique ni imaginaire, et la psychothérapie exclusive et abusive, telle que la pratique une certaine école en Suisse, en fournit de

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eux exemples. Parmi tant d'antres dont j'ai été témoin et dont j'ai signale les plus frappants, je n'en veux retenir et signaler qu'un ici : c'est celui d'une jeune fille atteinte de quelques troubles émotifs, de quelques doutes. Le célèbre psychothérapeute auquel elle s'était confiée dans re pays, la soumettait à des entretiens psychothérapiques où, par la dialectique la plus serrée, il .s'efforçait de lui démontrer ses erreurs* Un jour, à propos de doutes religieux il heurta sans s'en douter — on peut être psychothérapeute sans être psychologue — ses vieilles croyances de l'enfance. Elle en fut profondément troublée, sans qu'il s'en aperçût davantage. L'émotion avait été si forte que dès le lendemain un délire hallucinatoire se déclarait, à la suite duquel il fallut interner cette malheureuse jeune fille. A quoi tenait une si violente réaction? A une chose bien banale : cette jeune fille avait ses règles qui la rendaient toujours plus impressionnable, plus émotive. Et, sous l'influence de l'émotion ressentie, les règles s'étaient brusquement arrêtées, d'où le délire violent qui s'était produit. De tout cela réminent psychothérapeute, uniquement préoccupé de l'esprit de son sujet, du redressement de cet esprit par des moyens psychiques, en vertu de cet aphorisme absolument Eaux : « A maladie psychique, traitement psychique »>, de tout cela il n'avait eu le moindre soupçon, ni le moindre souci, Voilà à quoi peuvent non seulement conduire, mais conduisent pratiquement des conceptions arbitraires et absolues en matière médicale, et je persiste à dire que des termes médicaux qui impliquent de telles théories sont regrettables, et ne peuvent que fausser l'esprit des médecins au point de vue thérapeutique, le seul, en somme, intéressant pour les malades.

Si Ton veut, au contraire, sans préjuger de la nature de la maladie, s'en tenir à ses caractères les plus évidents et les plus importants, il faut en revenir à la vieille appella-

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lion de Morel,le délire émotif : ou, si Ton craint que ce mot dé délire ne dépasse la réalité, à celle do maladie du doute. Car, en somme, le fond de la maladie, de la psychagihéiue telle que Ta décrite P. Jao le doute, ayant pour subs-

tratum un mode ou un trouble fonctionnel du cerveau qu'il ira de préciser plus tard et de différencier, Que ce soient les û as, les phobies, les agitations, les manies, qui

prédominent, tout cela n'est, en effet, comme j'espère le montrer que des manifestations ou des conséquences du doute, ou des réactions du douleur*

D'ailleurs, Pierre Janet est trop bon observateur pour être tombé dans Terreur que je signalais en prenant au pied de la lettre le terme de psychasthénîe, car il analyse avec autant de soin les i roubles physiques que les troubles psychiques des pgychasthénîques, et il range môme certains des premiers dans les stigmates de la psychasthénîe, c à-dire qu'il les regarde en somme, et à juste titre d'ailleurs, comme aussi fondamentaux que les stigmates psychiques. N'y a-t-il pas là une contradiction?

On pourrait encore, en prenant comme raison un des phénomènes les plus constants de la maladie du doute, désigner ces états sous le simple nom d'obsessions. Mais si tous les douleurs sont des obsédés, tous les obsédés ne sont pas dos douleurs. C'est donc, en définitive, au terme de « Maladie du Doute » d'allure plus simple et moins scientifique, mais plus clinique et plus pratique, que je propose de revenir tout simplement, le doute étant le phénomène le plus constant, le plus caractéristique de tous les états rattachés a la psychasthénîe*

Mais il y a lieu de se demander si la psychasthénie ne déborde pas le cadre de la maladie du doute avec toutes ses variétés et ses conséquences. Quoique, comme nous le verrons, toutes les manifestations delà psychasthénie, telle que la comprend P. Janet, se rapportent à Tétat de doute, soit

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qu'on l'envisage dans son aspect psychologique, soit qu'on le considère dans ses conditions physiologiques et dans son mécanisme, on pourrait à la rigueur admettre que si la maladie du doute est la plus forte expression, et la plus générale, de la psychastbénie, certains cas rattachables à cette dernière et ne comportant pas de doute avec eux, doivent rester en dehors de la première. Mais, encore que ces cas soient sujets à discussion au point de vue de leur classification nosographîque, il faut remarquer que ce sont toujours des états d'émotivité morhtde comme l'état de doute pathologique lui-même. Ils ne représenteraient donc comme lui que des manifestations morbides de Témotivité et les psychastMniques ne seraient que des émotifs et non pas des épuisés de l'esprit, ce que confirme d'ailleurs la puissance intellectuelle de beaucoup d'entre eux. Il résulte de tout cela que si la maladie' du doute ne représente pas à elle seule toute la psychastbénie, celle-ci la déborde de bien peu, d'une part,, et d'autre part, qu'elle n'est elle-même qu'une manifestation de Témotivité morbide. Le terme de délire émotif, de Morel, celui d'émotivité morbide qui exclut le mot impropre de délire, appliqués aux différents cas, celui d'émotifs appliqué aux sujets atteints de troubles de Téniolivité, paraissent donc plus juslcs que ceux de psychastbénie et de psychasthéniques et devoir leur être préférés.

Toutefois l'angoisse étant un caractère fondamental des états de doute on pourrait encore, comme on Ta fait pour certaines formes, lui donner le nom de « névrose d'angoisse ». Mais il a aujourd'hui un sens un peu trop spécialisé. L'émotivité morbide étant le fond même de la maladie, on pourrait la désigner comme « psycho-névrose émotive ce qui la distinguerait des psychoses à fond émotionnel, qui ont un nom particulier, d'ailleurs, et qui par la combinaison du préfixe psycho au terme névrose indiquerait

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nettement la part de l'élément psychique a côté de J ment nerveux. Cette appellation me paraîtrait préférai celle de psychasthénie pour les raisons que j'ai dites plus haut.

Pierre Janet a soigneusement décrit toutes les maili talions qu'il a rencontrées chez ses psyehasthéniq et les distingue en symptômes constitués par lésions, les ùiamea al les agitations forcées, et en stigw constitués par des sentiments d'incomplétude, des insuftisanres psychologiques et physiologiques, fit certains caractère** généraux telles que l'incomplétude morale, la perte de la fonction du réel, et la périodicité des troubles.

Il a passé en revue et a établi une nomenclature aussi complète que possible — quoique en cette matière on puisse toujours trouver quelque chose de plus — de tous les troubles Intellectuels, émotionnels et physiques des douleurs et des obsédés. Sous ce rapport on ne saurait mieux faire. Mais où il y a matière a discussion c'est dans la manière de classer tous ces fait

i 11 me paraît indispensable de donner ici rénumération et la classification de P. Janet

1. — Les idées OftsiDAKTis : sacrilège, crime, honte de soi, honte du corps, hypochoodriaques.

Il — Les agitations forcées : A) agitations mentales comprenant : 1° les manies de l'oscillation 'interrogation, hésitation, délibération, présage, interrogation du sort); 2° les manies de l'au-delà (précis arithmétique, symbole, recherche du passé, de l'avenir, explication, précaution, répétition, perfection, extrême et infini); 3« les manies de la réparation (compensation, expiation, pactes, conjuration); 4* les agitations mentales dilluses rumination mentale, rêverie forcée). — HJ agitations motrices comprenant : 1* les agitations motrices systématisées, les tics (de perfectionnement, de défense} ; 2° les agitations motrices diffuses, les crises d'agitations (efforts, marche, parole, excitation <. — Û] affilât ions émotionnelles ; 1° les agitations émotionnelles systématisées, les phobies (algies, fonctions corporelles, objets, situations, idées); '2° les agitations émotionnelles diffuses, tes angoiss

tH, — Les shootâtes paychàsth Iniques : A) Sentiments d'incomplétude : ï 9 Dans l'action (sentiment de difficulté, incapacité, indécision, gêne, automatisme, domination, mécontentement, intimidation, révolte);

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Laissons de côlé pour le moment la distinction des stigmates et des symptômes qui sera discutée plus à propos avec le mécanisme du doute. Maïs on est immédiatement frappé en parcourant — sans vouloir davantage discuter la validité de la classification adoptée pour les uns et pour les autres — cette longue nomenclature, par la très grande confusion qui y règne sous une grande netteté apparente. Indistinctement, en effet, y figurent des laits qui sont des manifestations de letat de doute, à coté d'autres qui en sont les conséquences ou les réactions, ou encore des moyens de défense contre le doute. Telle manie, par exemple, comme celte de l'interrogation qui n'est autre que le doute lui-même, se trouve à côté de la manie du présage qui ii 'est qu'un des procédés des douleurs pour sortir de leur doute; les phobies qui sont la conséquence de certains doutes se placenta côlé des angoisses qui sont un des éléments même de l'état de doute; tel sentiment, comme celui du doute, bien naturel chez un douleur et inhérent

2* dans les opérations intellectuelle» (sentiments de difficulté, perception in complète, conception imaginaire, disparition du temps, inintelligence, doute); 3° dans les émotions (sentiments d'indifférence, inquiétude, besoin d'excitation); 4° dans la perception personnelle (sentiments d'étrange té du moi, dédoublement, dépersonuattsation). — B) Insuffisances psychologiques : 1° Rétrécissement du champ de la conscience (anesthésies, mouvements subroneients, sommeil hypnotique, suggestion); 2" troubles de Ja volonté (indolence T irrésolution, lenteur des actes, retards, faiblesse dea efforts T fatigue, désordre des actes, inachèvement, absence de résistance, misonéisme, timidité, aboulies professionnelles, inhibition, fatigues insurmontables, inerties) ; 3* troubles de l'intelligence (amnésies, arrêt de l'instruction, inintelligence des perceptions, troubles de l'attention, rêverie, éclipses mentales); 4° troubles des émotions et des sentiments (indiffère!) ce i sentiments mélancoliques, émotivité, émotions sublimes, besoin de direction, besoin d'excitation, besoin d'aimer, d'être aimé, crainte de tisolement, retour à l'enfance, amour de l'honnêteté, besoin d'aoto~ rilé). — C) Insuffisances phitsialQtjitjites : troubles des Fonctions nerveuses, digeetives» circulatoires, génitales, — D) Incomplëlude morale perte de la fonction du réel. — (P. Janet. — Les obsessions et la p$y~ ehasthême. F. Alcau, Î903.j

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à son doute, ou le sentiment d'inquiétude qai n*en fait pas raoinspartie, se trouvent mêlés au sentiment «le révolte ou au besoin d'excitation qui sont dos conséquences ou réactions du doute. Le même phénomène se retrouve dans «Jeux subdivisions différentes concernant, Tune, les troubles des émotions, et l'autre, les troubles de l'intelligence.

Je sais bien qu'il est question de la psyehasthénie et non «lu doute. S'il s'agit d'un simple répertoire de symptômes physiques et psychiques, peu importe jusqu'à un certain point qu'ils soient classés de telle ou telle façon. Si Ton cherche, au contraire, a établir un enchaînement logique, une hiérarchie coin* Les phénomènes, il tant s'inquiéter avant tout de leur valeur relative par rapport au phénomène primordial.

Ce n'est pas au hasard qu'on rencontre chez les douleurs — qu'on les appelle psychasthéniques ou autrement — cette variété si complexe, si nuancée, si étendue, de sentiment», d'émotions, d'actes, qui paraissent bizarres, contradictoi paradoxaux. Ces phénomènes obéissent, quand on y regarde de près, à une logique et à un déterminisme aussi rigoureux que dans l'état normal, et découlent tout naturellement d'ui état fondamental anormal. Quand on tient ce dernier, on tient la clef de tout. Or, ce phénomène primordial c'esl le doute, ou, pour mieux dire, c'est un état psycho-physiologique qui, au point de vue psychologique, se traduit par ce qu'on appelle le doute, mais qui, comme nous le verrons ultérieurement, est constitué par un ensemble d'éléments représentant un mode spécial et très différencié du fonctior nement cérébral*

Pour s'y reconnaître au milieu de cette complexité apparente de symptômes de la maladie du doute, il est donc indispensable de bien se représenter d'abord ce que c'est que le doute lui-même, puis de connaître le caractère général des douleurs, et de distinguer enfin, comme nous allons essayer

de le faire, ce qui tient au doute lui-même et ce qui tient au douteur, c'est-à-dire ses réactions de défense contre le doute et contre les conséquences que lui suggère le doute.

2° Réactions inhérentes au doute lui-même. — Cela dit, examinons les réactions inhérentes au doute lui-môme. Les unes sont ce que P, Janet appelle les manies scrupuleuses. Mais le scrupule n'est autre chose qu'un doute d'ordre moral ou religieux. Si certains douteurs ont plus que d'aulres cette forme de doute, c'est tantôt en vertu de leur hérédité, tantôt en vertu dliabitudes d'éducation. D'ailleurs ces scrupules, qui se montrent, si souvent sous la forme religieuse à certaines périodes de la vie, dans certaines circonstances p h sy Biologiques ou morales, peuvent parfaitement disparaître pour céder la place à des doutes d'un autre ordre. On ne peut donc pas dire qu'un douteur a la manie du scrupule, car cela équivaut à dire qu'il a la manie du doute dans Tordre moral ou religieux — ce qui est un trait de caractère secondaire et accessoire.

Les autres sont des manies que P* Janet appelle les manies de l'oscillation. Or, c'est l'oscillation elle-même qui Caractérise le doute. Un douteur n'a pas la manie de l'oscillation; il ne la cherche pas, îl la subit. Les manies de Tin* terrogation, de l'hésitation, de la délibération, du contraste, de la répétition et du retour en arrière, des explications, qu'on nous donne comme des manies symptomatiques de la psychasthénie, ne sont rien d'autre que le doute luimême. Qu'est-ce donc que s interroger continuellement sur ce qu'on doit croire ou faire, que de délibérer et d'hésiter indéfiniment, si ce n'est douter? Et le contraste, la répétition et lé retour en arrière, n'est-ce pas simplement les alternatives, les oscillations du doute ? Et la micromanie des lasthéniques, n'est-elle pas habituelle et naturelle dans le doute, où la croyance ne peut s'établir, et où Ton cherche

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comme on dît « la petite béte »? N'avons-nous pas vu que les douleurs manquaient d'idées générales et avaient surtout Tesprït critique, subtil? On cite encore la manie d sociatiou des idées. Hais les idées s'associent toutes seules, et si elles le font d'une façon o se i liante dans la j isy cl i asthénie c'est que c'est précisément en cela qu> ite le doute.

Voici donc déjà une série de symptômes de la psychasthénie qui ne sont que du doute, que des expressions du doute lui-même* Au fur et a mesure que nous avancerons^ nous constaterons ainsi que tous les symptômes ou stigmates de la psychasthénie ne sont que des manifestations ou des réactions du doute, de Tétai de doute, qui est à la ibis physiologique et psychologique.

C'est ainsi que^ certaines agitations forcées motrices comme les crises de marche, de parole, d'excitation, ne sont que l'exagération de ce qui se passe dans le doute ordinaire, accidentel. C'est à la fois, d'ailleurs, tantôt une manifestation spontanée de l'état d'émotivité diiTuse qui sert de substratum au doute, tantôt un moyen volontaire pour s'épuiser, se calmer en dérivant le travail intérieur sur la périphérie, ou en canalisant l'énergie diffuse du cerveau sous la forme motrice. C'estun procédé banal « pour se soulager * qu'on emploie dans tous les états d'inquiétude ou d'angoisse, et qui n'est même pas spécial au doute.

La plupart des sentiments, dits d'incomplétude, P, Janet qui les considère comme des stigmates de la psychasthénie, ne sont que des sentiments parfaitement logiques et naturels dans l'état où se trouve le douleur. Et non seulement je ne les considère pas comme des stigmates d'une maladie spéciale — psychasthénie ou maladie du doute, — car on les rencontre dans bien d'autres étals, et il s'en faut que beaucoup d entre eux soient assez fré-

quents, je ne dis pas même constants, pour mériter le titre de stigmates, mais encore je les regarde pour la plupart comme très banals et n'ayant aucun caractère pathologique. Comment un homme qui doute, qui reste ballotté par des sentiments, des représentations, des impulsions contraires qui le poussent alternativement dans un sens et dans un autre, sans pouvoir arriver à fixer sa pensée, à déterminer ses actions, et qui ne peut ni agïis ni savoir d'une façon précise ce qu'il doit faire, comment n'aurait-il pas le sentiment de l'inutilité de ses efforts, puisqu'il reste en place, de la difficulté et de la gène de ses mouvements puisqu'il les éprouve et ne peut les vaincre, de l'automatisme puisqu'il sent que ce qui se passe en lui est indépendant de lui, et enfin de l'indécision puisque c'est son état de doute lui-même?

Sont-ce ces sentiments-là qui constituent la maladie, qui en sont les éléments fondamentaux, les stigmates? Il me semble que ce n'est que la simple constatation par le sujet de ce qu'il éprouve, du doute dans lequel il se trouve. Ces sentiments ne sont même pas spéciaux au doute- Les sentiments d'incomplétude dans les opérations intellectuelles présentent-ils un caractère différent, et le doute peut-il suffire à les expliquer? Voyons-les. Comment le douleur qui ne peut arriver à aucune solution, qui sent sa pensée lui échapper au moment où il va la saisir, qui ne peut pas la préciser, ni se représenter nettement les choses, qui oscille sans cesse entre les mêmes termes du problème ou assiste à un remous intérieur de représentai ions réelles et imaginaires et de sentiments qui s'ëb&uchenl et ne se constituent pas, à qui tout est insaisissable en lui— même, comment n'aurait-il pas le sentiment de la difficulté, de l'obscurité, de l'impuissance ou de l'insuffisance de ^:\ force intellectuelle? Comment n'aurait-il pas le sentiment de l'instabilité puisqu'elle existe, d'irréel et d'imaginaire Sollier. — Doute. 1.1

puisque ses représentations imaginaires entrent en conflit avec les réelles sans qu il puisse les démêler, de perception incomplète puisqu'elle est vraie, de désorientation puisqu'il se sent tiraillé dans tous les sens sans pouvoir se guider et s'y reconnaître? Tout cela n'est que logique et naturel, et tout cela n'est que la constatation de l'état de doute. Tout homme qui se trouve en présence d'un problème qu'il ne peut résoudre, que ce soit parce qu'il doute de ce qu'il a à faire, ou de sa capacité à le faire, éprouve les mêmes sentiments, dont la banalité exclut, il me semble, le rang qu'on voudrait leur donner de stigmates d'une grande maladie.

Mais, à côté d'eux, il en est d'autres un peu plus spéciaux et d'un caractère franchement anormal et pathologique. Seulement je ne sais s'ils méritent le nom de sentiments d'incomplétude, soit dans les opérations intellectuelles, soit dans la perception personnelle. Tels sont, par exemple, les sentiments de dédoublement, de dépersonnalisation, d'étrangeté du moi, de fausse reconnaissance, de déjà vu ou de jamais vu et d'étrange dans la perception du monde extérieur, de pressentiment, etc. On trouve même le doute cité par P. Janet parmi ces sentiments d'incomplétude des opérations intellectuelles. Ces sentiments-là sont-ils le* symptômes d'une maladie spéciale, la psychasthénie, don* le doute fait partie et est la conséquence, ou sont-ils au contraire des manifestations, des aspects divers dé l'état psycho-physiologique dont le doute est le caractère primordial essentiel, et non plus banal et quelconque, accessoire comme dans la psychasthénie? Pour ma part je n'hésite pas à adopter la seconde manière de voir pour les raisons suivantes.

Ces sentiments se rencontrent dans certaines névroses et dans certaines psychoses où ils n'entraînent pas le doute. Le dédoublement de la personnalité chez les hystériques, chez les mélancoliques, dans certains délires mystiques ou

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de persécution n'entraîne pas le doute. Par contre, tous les douteurs ont, à un degré plus ou moins marqué, le sentiment de leur dédoublement. Celui-ci est donc la consé-* quence de leur état.

D'autre part, tous les autres sentiments que je viens d'énumérer se rencontrent toujours associés à du doute, sinon à un doute pathologique très développé, du moins à celui qu'on rencontre chez des douteurs de la. seconde catégorie, des impressionnables, des indécis, des scrupuleux, des timides, qui ne sont jamais sûrs ni d'eux-mêmes, ni de ce qu'ils perçoivent.

Enfin, je ne puis guère admettre que la constatation chez un individu d'un de ces sentiments, comme celui du pressentiment, si banal, si répandu, ou celui de la difficulté des opérations intellectuelles que tout le monde éprouve sous l'influence du plus léger surmenage, puisse, comme leur qualité de stigmates y autoriserait, permettre de conclure à l'existence d'une maladie aussi grave que la psychas* thénie ou la maladie du doute. L'association même de plusieurs de ces sentiments ne suffirait pas.

La vérité est que tout cela n'est que secondaire, et quç, suivant le caractère constitutionnel des individus, on voit tel ou tel de ces sentiments dominer. Seuls les sentiments de dédoublement et de dépersonnalisation pouvant aller jusqu'à celui de mort ont de la valeur en soi. Mais ce ne sont pas des sentiments primitifs ; ils sont essentiellement secondaires, et sont la conséquence du troublé caractérisé par le doute, comme ils le sont de l'hystérie ou de la mélancolie.

En outre il y a bien d'autres sentiments d'incomplétude, ou classés comme tels et que nous verrons plus loin, qui ne sont que des réactions du douteur, comme les sentiments de mécontentement, de révolte, le besoin d'excitation, etc. 1. 1

D'ailleurs, ces sentiments d'incomplétude sont-ils capables, isolément ou en groupe, de caractériser une maladie quand on les voit si fréquemment à l'état normal? Pour peu qu'on s'analyse, ne se trouve-t-on pas de l'incapacité pour certaines actions, ou pour certaines opérations intellectuelles? Il faudrait être universel pour que cela ne fût pas. Ce n'est donc qu'une question de degré, de généralité. Or, nous pouvons remarquer ceci : lorsque ces sentiments ont trait à certains points de notre activité cérébrale — motrice, intellectuelle, morale, peu importe — ils ne déterminent pas de doute. Dés qu'il y a doute, au contraire, ils se manifestent non pas seulement dans la sphère de l'objet du doute, mais dans toutes les sphères de l'activité psychique. Pourquoi? C'est que le doute, comme je l'ai maintes fois répélé, est un trouble de l'affectivité, de la personnalité, et que lorsqu'il existe à propos d'un fait en apparence isolé, il n'en est pas moins général et atteint toute la personnalité. Ces sentiments dits d'incomplétude se rencontrent alors, sous une forme ou sous une autre, suivant les tendances, le caractère, les habitudes d'esprit du douteur, ù, propos de toutes les sphères de son activité sur lesquelles il porte son attention et sa réflexion. Ils sont donc bien inhérents au doute lui-même, au moins certains (rentre eux, les autres étant des réactions du douteur à son état de doute, et par conséquent secondaires.

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Les insuffisances psychologiques, qui constitueraient des stigmates de la psychasthénie, donnent lieu aux mêmes remarques. Les unes sont de simples éléments du doute, d'autres en sont la condition ou la conséquence. J'ai constamment évité de parler des troubles de la volonté, car je considère que celle-ci n'est pas plus une faculté, ni même une fonction psychologique que la conscience. C'est simplement une qualité, un caractère spécial — et tenant à des

RÉACTIONS lNBÊKEiNTES AU DOUTE

conditions psycho-physiologiques — de certains actes, de ce que j'appellerais volontiers notre activité extériorisée, comme la conscience correspond à certains états de notre activité intérieure.

Cela dit, et après tout ce que nous avons vu précédemment des éléments et des caractères du doute, nous ne pourrons considérer l'irrésolution, la faiblesse des efforts, la fatigue rapide, l'absence de résistance, les crises d épuisement, les inerties, l'inhibition, qu'on nous donne comme des stigmates de la psychasthénie, que comme des manifestations inhérentes au doute. L'irrésolution n'est-elle pas le doute lui-même? Tous ces sentiments de fatigue et d'épuisement sont-ils de simples sentiments ou correspondent-ils a la réalité? S'ils y correspondent il n'y a pas lieu de les considérer comme des stigmates psychiques primordiaux par conséquent; ils sont parfaitement légitimes et normaux si l'individu est véritablement épuisé. Or, la fatigue et l'épuisement sont précisément une conséquence, non seulement du doute, mais surtout de l'émotivité exagérée sur laquelle il est fondé.

L'inertie et l'inhibition résultent souvent sans doute de l'épuisement causé par un doute angoissant et prolongé- Mais ne sont-elles pas plus souvent encore des réactions très volontaires — puisqu'on met la volonté en avant — du douteur contre son doute? S'il y a, comme je me suis efforcé de le montrer, chez les douleurs, des étais constitutionnels de faiblesse ou d'excitabilité neuro-musculaire amenant soit de l'inertie, soit de la contraction et par conséquent de l'inhibition, — états qui ne sont pas signalés parmi les stigmates physiques de la psychasthénie quoiqu'ils constituent vraiment, ceux-là, quelque chose de primitif et de fondamental — , il ne faut pas oublier que les douteurs font souvent preuve d'une volonté énorme pour s'inhiber eux-mêmes, opposer une force d'inertie considé-

rable k ce que les gens ou les circonstances leur mandent de faire.

Cette force d'inertie, ils ne remploient pas seulement contre ceux qui veulent les empocher de céder à I manies un h leurs phobies; ils remploient pour eux-mêmes dans des cas de phobies, d*o us, d'Impulsions aux-

quelles ils se croient capables de céder. A quelles contraintes ne se soumettent pas Jouteurs scrupuleux, obsédés et phobiques, qui en arrivent à se retenir d'accomplir des fonctions physiologiques indispensables comme uriner, déféquer, respirer, dont jamais l'attention n< laisse un seul instant distraire des précautions qu'ils croient devoir prendre contre leurs impulsions imaginaires ou contre les dangers auxquels ils se croient exposés 1 Mais ce sont là des réactions du doute ou des moyens de défense sur lesquels nous aurons lieu de revenir. Ils montrent néanmoins que le doute ne repose pas sur l'aboulie, mais que si l'aboulie peut en être la conséquence elle ne l'est même pas toujours.

Les insuffisances psychologiques comprennent également des manifestations que nous avons déjà rencontrées et qui font partie intégrante du doute lui-même. Telles sont la mémoire retardante, l'amnésie d'évocation ou continue, les troubles de l'attention, la rêverie, les éclipses mentales. J'ai déjà insisté sur la diminution de la mémoire chez les douleurs, comme concomitante du doute et comme conséquente aussi. L'homme en état de doute sur le passé ne peut pas faire appel à ses souvenirs, car s'il en était ainsi il serait maître de sa pensée et par conséquent ne serait pas dans le doute. Suivant le degré du doute il aura donc ou un simple retard de la mémoire, ou une difficulté considérable de l'évocation, ou un étal de confusion qui enlrainera forcément la même perturbation dans les souvenirs que dans les perceptions. De môme aussi, suivant l'intensité de son

doute, le douteur sera simplement distrait du monde exté- |

rieur, absorbé qu'il est par ce qui se passe en lui, ou sera \

dans un état de vague, de flottement, d'oscillations telle- j

ment continues que cela ressemblera à une sorte de rêve- ;

rie. Quant aux éclipses mentales nous avons vu qu'elles ne j

sont qu'un degré plus marqué de la faiblesse de l'attention l

et de la conscience. *

Mais des questions de degré ne changent rien à la nature \

des phénomènes, et toutes ces insuffisances psycholo- {

giques, dont nous retrouverons la plupart aux réactions de >

défense contre le doute, ne sont que des [manifestations \

banales se rencontrant dans le doute, comme on [les ren- f

contre dans bien d'autres cas. ^ f

Tous ces stigmates pychasthéniques s'observent d'ailleurs dans bien des circonstances normales et ne sauraient, à proprement parler, être considérées comme pathologiques- Parmi ces circonstances figure le doute normal, accidentel, où ils sont passagers comme lui; quand il est pathologique, permanent, obsédant, ils le deviennent également, et il n'y a rien là que de naturel et de logique. Ce sont donc, eux qui résultent de l'état de doute et non pas eux qui déterminent la maladie du doute qui se confond avec la psychasthénie. Aussi les observe-t-on dans des états pathologiques qui n'ont rien à voir aveclapsychasthénie, à moins d'englober sous ce terme général et vague toutes les névroses, psycho-névroses et même psychoses dans lesquelles on les rencontre. Toute la pathologie mentale et nerveuse fonctionnelle serait alors absorbée dans la psychasthénie. On. n'en est pas encore là, heureusement, mais si je signale ce point en passant, c'est que c'est une pente sur laquelle certains glissent déjà trop facilement. Après avoir rangé dans l'hystérie, puis dans la neurasthénie, tout ce qu'on ne savait pas différencier, il ne faut pas que la psychasthénie serve à son tour de caput mortuum de la neuro-psycho-patho-

logie. Il su Mit pour cela île lui rendre son véritable nom et de ny faire rentrer que le doute pathologique manifestations obligées : angoisses, obsessions, phobies, manies, impulsions.

Plus nous avançons, plus nous constatons donc que ces phénomènes psyctoastMniques sont liés au doute, qu'ils sont d'ailleurs incapables de déterminer s'ils ne sont soumis à des oscillations entre eux, ou dans leurs variations d'intensité.

On est en môme temps un peu surpris de ne pasvoirtigurer parmi ces troubles de l'intelligence, regardés comme des stigmates psychasthéniques, deux phénomènes qui sont cependant assez caractéristiques et sur lesquels j'ai insisté, à savoir le> modes d'association des idées et l'acuité de limagination surtout visuelle. Car s'il est des caractères fondamentaux de l'état psychasthénique, que je ne considère que comme maladie du doute, ce sont bien ceux-là, puisqu'ils sont des éléments constituants de l'étal psycho-physiologique sur lequel se développe le doute. Il est vrai que n'étant ni des insuffisances, ni des incomplétudes, ils ne trouveraient pas place dans la conception de la psychasttiéhh\ comme maladie essentiellement caractérisée par un abaissement de la tension psychologique, des oscillations du niveau mental, de Pincomplétude morale et la perte de la fonction du réel, toutes choses indiquant, en somme, une diminution de l'activité mentale en général. Or, les caractères de l'association des idées et de l'imagination auraient plutôt des caractères d'hyperaclivilé que d'hypo-aclivilé. Ils s'accordent parfaitement avec l'émotivité de l'état de doute, tel que nous l'avons défini et décrit. Or, chez tous les psychasthéniques, nous les retrouvons également quoiqu'il n en soit pas fait nienliom Par là encore l'identité des deux maladies — psyehasthénie et maladie du doute — me parait confirmée.

La plupart des insuffisances psychologiques portant sur les émotions ne sont que des réactions du doute que nous verrons plus loin, ou se raltachenl aux sentiments dits d'incomplëtude morale, conséquence naturelle du doute. Je n'en retiendrai qu'une, c'est Fémotivité que P. Janet met sur le même rang qu'une série d'autres troubles banals des sentiments ou des émotions. Or, que ce soit de psychasthénie ou de maladie du doute qu'il s'agisse, rémotivité est le phénomène capital, essentiel, celui autour duquel tout évolue et sans lequel rien ne se produirait. Les douleurs, avonsnous dit, sont avant tout des émotifs, comme l'avait si bien remarqué Morel, que ce caractère prédominant avait justement frappé. Tous les psychasthénîques sont également des émotifs. C'est rémotivité, Fimpressionnabilité de ces malades qui leur donne leur caractère véritablement spécifique. Et sans vouloir discuter ici la question de savoir si le phénomène de rémotivité doit être rangé parmi les insuffisances psychologiques, les étiquettes des catégories n'ayant au fond aucune importance, je me bornerai h insister sur ce l'ait que rémotivité — qu'on parie de psychasthénie ou de maladie du doute — est le phénomène le plus important, primordial, essentiel, autour duquel tout gravite, et dont tous les autres symptômes sont tributaires ou auquel ils sont subordonnés.

Obsession. — Comme autre manifestation inhérente au doute lui-même, il en est une qui, dans le doute pathologique, prend une telle importance qu'elle sert souvent à dénommer la maladie du doute : c'est l'obsession.

La tendance à l'obsession est générale chez les douteurs et tient à ce fait que j'ai signalé plus haut de la persistance des impressions qu'on observe chez eux, et qui dénote un défaut d'adaptation rapide et adéquat à la réalité* Certains mots, certaines images qui ont frappé l'attention ou ont

surgi spontanément, et qui sont d'ailleurs toujours en opposition avec les goûts, les désirs, les tendances du sujet, s'imposent à lui et entravent ses opérations intellectuelles DU ses actes. Le conflit qui s'établit ainsi entre des représentations fi\<>s et les phénomènes actifs nécessaire pool! s'adapter par la pensée ou par les actes à la réalité présente, ititue essentiellement le doute. A cet égard, l'obsession n'est en somme qu'un des éléments antagonistes dont l'ensemble soumis à des oscillations et des alternatives continu» Iles de prédominance forme l'état de doute. L'obsession ii elle seule n'est donc jamais le doute. Elle peut en représenter l'élément fixe quand le conflit existe entre phénomènes statiques et phénomènes dynamiques. Mais elle est beaucoup plus souvent encore le résultat de l'état de doute lui-même, qui obsède l'individu jusqu'à ce qu'il soit résolu. Il est indispensable de préciser ce point pour éviter toute confusion dans l'interprétation des obsessions, et pour ne pas y voir tantôt un phénomène primitif, entraînant le doute, tantôt un phénomène secondaire résultant de fêtât de doute. En réalité l'obsession est toujours inhérente de doute et ne peut, se manifester sans lui.

La prédominance des obsessions est souvent si grande, elles semblenL avoir des caractères si autonomes, elles gênent tellement les malades, qu'elles ont l'air de constituer à elles seules toute la maladie. C'est quelquefois la seule chose dont se plaignent les malades : « Je suis obsédé ; délivrez-moi de mes obsessions. » En réalité, ce qui les ce sont des doutes, accompagnés ou non de phobi<

On a souvent l'habitude de mettre sur le même pied lea obsessions et les phobies. 11 me semble que ce sont là deux phénomènes essentiellement différents. L'obsession tient au doute lui-même; c'en est une manifestation obligatoire; la phobie est une conséquence de certains doutes. Tous les doutes sont obsédants tant qu'ils ne sont pas résolus; cer*

iaiiis doutes seulement comportent une réaction de crainte. L'homme qui doute s'il a bien compté les carreaux de roisée et qui recommence indéfiniment, n'a aucune crainte : c'est un obsédé; l'homme qui doute s'il a été ou non touché par un chien enragé et s'il est exposé à la rage, a une peur, qui serait d'ailleurs très légitime, si ce qu il se figure avoir pu être avait été : c'est un phobique en plus d'un obsédé. Tous les deux sont obsédés par leur doute; mais l'un n'est qu'un obsédé, l'autre est un phobique obsédé. 11 me semble donc logique d'étudier les obsessions avec les manifestations inhérentes à son doute.

On confond souvent, ou Ton emploie, du moins, indifféremment les termes d'obsession et d'idée fixe. Ce sont deux choses complètement différentes. L'obsession n'est qu'un caractère du doute ; il n'y a pas, à proprement parler, d'obsessions, il n'y a que des doutes obsédants. L'obsession n'est pas un symptôme du doute, ou de la maladie du doute, ou de la psychasthénie; elle en est un élément constituant. On a fait des classifications des obsessions suivant l'objet auquel elles se rapportent : obsessions du crime, du sacrilège, de la honte de soi, des maladies, etc., etc. On pourrait allonger indéfiniment cette nomenclature, tout objet de doute devenant objet d'obsession de ce seul fait qu'on doute* Ce n'est pas telle ou telle idée qui est obsédante, c'est le doute lui-même. Tant que le doute n'est pas résolu ou effacé, l'obsession persiste. Ce qui fait le caractère obsédant dune idée ce n'est pas sa permanence, sa fixité, c'est son retour incessant au moment où on la croit disparue, retour incessant qui est dû. aux Hâtions psycho-physiologiques de l'activité i étéhrale, lesquelles constituent précisément le doute.

Dans l'idée fixe, au contraire, l'idée est toujours présente, identique à elle-même surtout Elle ne s'accompagne pas de doute; il semble bien plutôt qu'elle soit tout à fait cer-

taine. Au lieu d'hésiter, d'osciller snus l'influence des raisonnements, des démonstrations, des sentiments qu'on met en jeu chez lui, l'homme qui a une idée fixe s'y obstine, repousse toute contradiction, y croit fermement. Ce n'est que par un lent travail, où le raisonnement et l'expérience ont plus de poids que le sentiment et l'émotion, travail latent et subconscient, que L'idée lixe est ébranlée et foudre un beau jour, C'est, au contraire, par une action morale sur le sujet, par un acte de confiance et de toi de sa part, que Tobsédé cesse de douter, cesse d'être obsi

De sorte que, en confrontant ces deux étais d'apparence identique, l'obsession et Pidée fixe, on s'aperçoit qu'ils sont l'opposé Tun de l'autre à tous les points de vue. Origine rationnelle ou expérimentale dans l'idée fixe; origine affective ou émotive dans l'obsession ; certitude dans ridée fixe, doute dans l'obsession; disparition sous l'influence subconsciente de la logique et de la raison clans Tidée fixe; disparition par un acte de foi, par l'influence morale dans l'obsession.

Quelquefois, cependant, il semble que l'obsession submerge complètement le doute. C'est ainsi que chez certains douteurs k idées mystiques, à scrupules religieux, la crainte de la damnation, de la possession démoniaque, après être restée plus ou moins longtemps incertaine, parait se transformer en une certitude et passer à l'état de véritable idée fixe. Mais ce n'est là qu'une apparence, car non seulement d'autres doutes associés à cette phobie subsistent, mais encore, le besoin qu'a le sujet de se faire rassurer, contredire dans ses appréhensions de damnation ou de possession, montre bien qu'il n'en est pas aussi st! qu'il le dit et qu'il en doute toujours au fond de lui-même.

Donc, pas d'obsession sans doute, pas de doute sans obsession; le caractère du doute est d'être obsédant. Et vraiment il ne saurait en être autrement. Les obsessions

portent donc en réalité sur n'importe quel sujet comme le doute lui-même.

Dès lors, est-il bien nécessaire de chercher à les classer, soit d'après leurs objets principaux, soit d'après la sphère de l'activité psychique qu'elles intéressent particulièrement? Qu'on les classe comme Pitres et Régis en idéatives, impulsives et hallucinatoires; ou, comme Arnaud, en inhibitrices, ou obsessions proprement dites, et impulsives, ou impulsions proprement dites; ou, comme Pierre Janet, suivant leur objet, en obsessions du sacrilège, du crime, de la honte de soi, de la honte du coi'ps, et obsessions hypochondriaques, avec toutes les variétés possibles sous lesquelles elles peuvent se présenter, cela n'a, au point de vue du doute qui nous occupe seul ici — et pas davantage d'ailleurs au point de vue pratique — aucun intérêt à mon avis.

Je me bornerai seulement à deux remarques : la première, c'est qu'il est le plus souvent très difficile de distinguer les obsessions des phobies au point de vue clinique, la plupart des obsessions portant sur des objets qui comportent une crainte quelconque. C'est ainsi que la plupart des obsessions soi-disant impulsives sont au contraire des phobies d'impulsions. Le douteur qui se demande tout le temps s'il ne va pas être attiré par le vide, qui dit être obsédé par l'idée de se jeter parla fenêtre, a en réalité peur de s'y jeter, et la preuve c'est qu'il s'en écarte et prend toutes les précautions pour ne jamais céder à cette tentation. L'obsession de rougir n'est que la peur obsédante de rougir; l'obsession de la folie, de la mort, n'est que la peur de la folie, de la mort; l'obsession des fautes passées, sous forme de remords n'est que la peur de les avoir commises ou des conséquences qu'elles ont pu avoir; l'obsession des maladies n'est que la peur de les avoir. Quand on serre d'un peu près la question on s'aperçoit ainsi que presque

LE DOtJl I

toutes les obsessions ne sont que des phobies. Il n guère que les obsessions purement idéatives qui ne soient i|u<" îles obsessions, dépourvues d'élément phobique. Tels sont les métaphysiciens de Bail, qui -'interrogent à perte de vue sur les problèmes de l'au-delà, sur les causes premières et finales; dan irenl aussi un as grand nombre de manies, que p. Janet classe dans les agitations Forcées mentales. Ce sont les manies de la prétt, les manies arithmétiques, les manies de la recherche, du passé, de l'avenir, du symbole, de l'explication, de l'extrême et de l'infini. Encore certaines d'entre elles &i elles des moyens de défense outre le doute, ainsi que nous rrons tout à l'heure.

La seconde remarque concerne le rapport des obsessions impulsives et des impulsions vraies C'esl une importante question tant au point de vue théorique qu'au point de vue pratique. Si on les considère comme de même nature, la théorie psyehasthénique, qui comporte que la tendance à l'action n'est pas suivie d'exécution et que le développement de l'idée obsédante est toujours incomplet, est singulièrement atteinte, puisque dans l'impulsion vraie au crime, à l'incendie, au vol, aux perversions sexuelles, etc., il y a au contraire réalisation de la tendance, développement complet, après une lutte plus ou moins longue, après un doute plus ou moins angoissant, de l'idée obsédante, Pratiquement, c'est toute la distance qui sépare l'homme scrupuleux, chez qui l'horreur du crime qui surgit dans sa pensée l'empochera à jamais de le commettre, de l'homme impulsif, qui n'entrevoit de soulagement au combat qui se livre en lui contre l'idée du crime que dans sa réalisation.

La conception de la maladie du doute basée avant tout sur Térnotivité du sujet et sur les oscillations de ses tendance-, de -es sentiments, de ses représentations, concilie au contraire ces deux manifestations contradictoires en

LOBSESSION 2Ô7

apparence, car elle n'implique pas la solution du conflit dans le sens négatif, plutôt que dans le sens positif. Elle ne considère que le conflit intérieur tenant en suspens la détermination et Taetion, mais finissant toujours par aboutir à une solution soit spontanée, soit provoquée, qui ramène plus ou moins complètement l'équilibre mental. Au fond la différence entre les obsessions impulsives et les impulsions vraies ne réside que dans le pouvoir inhibiteur, frénateur de la crainte. Supprimez la crainte, l'impulsion, si contraire qu'elle soit aux tendances innées de l'individu, finira par se réaliser après une lutte plus ou moins prolongée.,

Il me semble donc qu'il y a lieu de faire rentrer les impulsions vraies dans la maladie du doute, et de les étudier avec les moyens de défense contre le doute, puisque c'est comme soulagement au doute angoissant dans lequel ils sont plongés que les impulsifs délictueux cèdent à leur impulsion.

Cela dit, revenons-en aux obsessions proprement dites, ou, pour être plus exact, à l'obsession, comme phénomène inhérent au doute lui-même, Pitres et Régis, Séglas, ont le mieux décrit les caractères de l'obsession et compris que le contenu n'avait aucune importance. S'il en a une, c'est uniquement à cause des réactions du douteur à son égard. Il est évident que celui qui est obsédé par la peur de commettre un crime ne se comportera pas comme celui qui est obsédé par l'idée qu'il a une maladie de cœur. Certaines idées, certaines questions, morales ou religieuses, certains actes, donnent plus que d'autres matière à douter, et par conséquent à être obsédé. Cela dépend du caractère du douteur qui présente, en dehors de certaines tendances générales communes constitutionnelles, autant de variétés que celui des hommes normaux.

Pourquoi tel douteur se préoccupe-t-il de ceci plutôt que

de cela; pourquoi, après avoir élé obsédé sur tel point, l'est-il sur tel autre? Cela dépend au>si dea circonstances dans lesquelles le doute a surgi, et qui ont plus d'importance qu'on n'a paru y attacher. Cela est surtout frappant dans certaines phobies obsédantes. Bien des agoraphobes le deviennent à l'occasion d'un incident banal dans lequel ils ont cru se trouver mal, vertige ou malaise, dans la rue, À partir de ce moment ils redoutent à tout instant d'avoir du vertige et de tomber, .l'en ai connu qui, dans les premiers temps de leur maladie, n'étaient repris de leur crainte qu'en passant à l'endroit où ils avaient éprouvé pour la première fois leur malaise, dont le souvenir leur donnait de l'angoisse et ramenait leur doute el leur crainte. Dans une foule d'obsessions le point de départ est ainsi un incident banal qui passerait inaperçu s'il ne tombait sur un terrain prédisposa constitntionnellement ou moment ment par un état physiologique ou moral anormal.

Parmi les objets sur lesquels portent le doute et par conséquent l'obsession il en est certains qui se rencontrent d'une façon plus fréquente, et qui, au milieu des nombreux doutes coïncidant avec — car jamais 1 ob session et le doute ne sont limités à un seul objet chez nucun douleur — tiennent la place la plus prépondérante et en apparence exclusive. On a alors affaire à des espèces de syndromes qu'on a décrits isolément et qui semblent avoir une évolution un peu autonome. Je n'ai pas à m'en occuper ici. On les trouvera remarquablement bien décrits dans les ouvrages de Pitres et Régis, dans les leçons de Sérias et de Bail* dans les travaux de Magnan et de ses élèves sur les délires des dégénérés, dans les ouvrages de Lasègue, de Legrand du Saulle, de Morel, etc., dans les travaux de Freud, de Pick, de Krafft-Ebing, etc., à l'étranger. Je ne veux les considérer ici qu'au point de vue purement psychologique du doute.

Or, si nous examinons les caractères qu'on donne aux obsessions, nous allons voir que ce ne sont que ceux mêmes du doute. Pitres et Régis l'ont parfaitement vu quand ils considèrent que l'idée obsédante n'est que la traduction intellectuelle de l'anxiété psychique; que les obsessions idéathes ne sont même que des idées d'hésitation, de perplexité, pour tout dire de doute, et que te doute anxieux est à la base de la plupart, sinon de toutes les obsessions.

À mon avis, les seules obsessions qu'on puisse appelé ïdéatives, ou les seuls doutes qu'on puisse qualifier simplement d'obsessions, sont les cas où leur objet est d'ordre purement intellectuel ou moteur, et ne comporte avec lui d'autre élément affectif ou émotionnel que celui inhérent au doute lui-même. ,Les obsessions métaphysiques, logiques, ou certaines manies rentrent seules dans cette catégorie. Toutes les autres sont des phobies obsédantes, c'est-à-dire des doutes sur des objets provoquant une crainte quelconque chez le sujet. Prenons un exemple : un arithmomane a la manie de compter tous les carreaux di i s fenêtres de la pièce où il se trouve. 11 n'est satisfait que lorsqu'il a pu le faire, et lorsqu'il est sûr de ne pas s'être trompé. S'il a de l'angoisse, c'est de ce doute d'avoir mal compté; s'il a une peur, c'est de s'être trompé. C'est le doute seul qui détermine chez lui de l'angoisse et de la crainte, un phénomène affectif et émotionnel C'est une obsession pure. Voici, au contraire, un homme qui doute d'avoir été contaminé par le contact de quelque objet sale; il se lave indéfïimiment les mains, pour les purifier, ou un nombre déterminé de fois, qu'il s'est fixé à lui-même « pour être sûr » : celui-là est un phobique obsédé. Sa manie de compter, de répéter les choses un certain nombre de fois n'est pas primitive, c'est un moyen de défense contre son doute, et ce doute est une crainte d'être contaminé. L'angoisse et la SotxiErc — Doute. 14

peur sont liées à l'objet du doute en même temps qu'au doute lui-môme.

Le caractère qui me parait capital et primordial dans l'obsession, c'est que son intensité n'a aucun rapport avec la valeur réelle de son objet. Que le doute porte sur les problèmes moraux les plus graves pour l'individu, ou sur le fait de savoir s'il a ou non fermé sa porte, l'angoisse ressentie peut être, est aussi forte.

Il en est de même de sa durée et de sa continuité. Cellesci ne tiennent pas à l'obsession elle-même, mais à l'état psycho-physiologique qui conditionne le doute. Suivant les variations de ce dernier, ses accalmies, ses interruptions même quelquefois, le doute s'atténue, se suspend, et avec lui l'obsession.

Le second caractère essentiel de l'obsession est d'être irrésistible. Plus on cherche à la combattre, plus elle persiste et s'accentue. C'est, en effet, fournir des aliments au doute que de le discuter, c'est augmenter le conflit qu'il est lui-même que d'entrer volontairement en lutte avec ses éléments eux-mêmes.

Le troisième caractère des idées obsédantes, c'est d'être en désaccord avec les idées habituelles; c'est un point sur lequel j'ai insisté autrefois *, et que Séglas et Raggi désignent sous le nom de contraste psychique. Ce sont toujours les questions qui nous déplaisent le plus qui s'imposent à nous. Pierre Janet donne comme caractéristique des obsessions qu'elles se rapportent toujours à des actions mauvaises, et que les obsédés le sont toujours par l'idée qui leur fait le plus horreur. Le fait que l'idée obsédante se rapporte à une action mauvaise, à l'action la plus mauvaise, et aux actes les plus extrêmes, ce qui serait pour Janet un de leurs autres caractères, ne me paraît avoir qu'une importance tout à fait

* Soc. Méd. Psych. Fév. 1901.

OBSESSION ET CONTRASTE 214

secondaire. Ce qui est essentiel, c'est que l'idée obsédante est en contraste complet avec celles que le sujet a habituellement, avec ses tendances, ses sentiments normaux, ou avec les idées qu'il aimerait le mieux avoir. Aussi voit-on tous les obsédés vous dire de leur obsession : « C'est justement la chose qui m'est le plus désagréable, qui m'ennuie le plus, qui me gêne le plus, » et quand on leur parle, de telle autre obsession qu'on a observée : « Ah! si j'avais celle-là, ça me serait bien égal, je m'en débarasserais bien vite. » La vérité est qu'elles s'équivalent toutes, et que ce qui est surtout désagréable c'est de sentir une idée qui s'impose. Aussi une obsession ne peut-elle jamais avoir un objet agréable; cet objet le serait-il qu'il deviendrait insupportable du fait qu'il serait obsédant.

On a d'ailleurs exagéré ce caractère des obsessions de n'avoir jamais pour objet que des choses mauvaises, que les pires même. Je pourrais citer tel cas d'un grand douteur obsédé, ayant présenté dans sa vie toutes les variétés d'obsessions et de phobies, et qui avait des obsessions de contenu agréable. Elles ne devenaient désagréables à. la longue que par la gêne qu'elles apportaient à ses autres pensées et à ses actes. Il était très erotique et très épris de sa femme. Dès qu'il savait devoir bientôt la voir il était assailli par des représentations erotiques obsédantes, qu'il ne trouvait nullement déplaisantes, mais qui finissaient par l'énerver et par lui amener par contraste la crainte que quelque incident ne Mnt contrarier sa rencontre. Chez d'autres, ce sont des réminiscences musicales ou autres qui ne sont pas désagréables au premier moment, mais qui le deviennent dès qu'elles s'imposent irrésistiblement.

Ce qui est donc essentiel, c'est le contraste, la contradiction entre l'idée obsédante et le caractère ou le désir du sujet. Si son caractère est d'être bon, l'idée [obsédante sera celle d'une impulsion à commettre une mauvaise action;

s'il est égoïste, tient à sa santé, ce sera de faire quelque chose ou d'être exposé à quelque chose qui pourrait lui nuire ou lui faire du mal; s'il aime le monde, ce sera l'idée de rougir et d'être intimidé, etc., etc. Quelle qu'elle soit, c'est toujours « justement celle-là » qu'il n'aurait pas voulu avoir.

L'idée obsédante ne mène pas obligatoirement aux extrémités mêmes des actes auxquels elle se rapporte. L'obsession de faire du mal aux autres par exemple — laquelle d'ailleurs est souvent la phobie d'y être entraîné — comporte tous les degrés. L'un se croit poussé à faire de la peine à ceux qu'il aime le plus; l'autre, à mettre des épingles dans l'eau que d'autres vont boire; tel autre, à les empoisonner. Mais ce qui est remarquable, c'est le contraste entre l'idée obsédante et celle qu'on voudrait avoir. C'est ainsi, par exemple, qu'un obsédé par l'idée du mal à autrui peut, s'il est d'un caractère très bon, très doux, avoir celle de faire du mal en général, sous n'importe quelle forme, à n'importe quel degré, dans l'ordre moral, comme dans l'ordre physique, ou matériel ; il s'accusera alors de la plus grande méchanceté, de la pire hypocrisie, demandera qu'on prenne des précautions contre lui, etc. Ou bien, au contraire, il ne répugnera pas du tout à l'idée de nuire,' de faire du mal à quelqu'un qu'il n'aime pas, mais il se sentira poussé à en faire justement aux personnes qu'il aime le mieux, pour qui il devrait avoir le plus de bonté, de tendresse. Et cela est tellement vrai que Ton peut à coup sûr définir le caractère et les sentiments des obsédés en prenant le contrepied de ce dont ils s'accusent, de ce dont ils se disent capables.

L'idée obsédante est donc en opposition avec ce que nous désirerions ou voudrions, et par là elle nous est toujours désagréable, parce qu'elle s'impose à nous, malgré nous et contre nous. De là à la considérer comme une idée

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