‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 63 sur 135 · DÉDOUBLEMENT DU M · texte numérisé non relu

DÉDOUBLEMENT DU M

parasitaire, étrangère à nous, il n'y a qu'un pas, et si on y ajoute son irrésistibtlité et le sentiment que nous avons vu de l'automatisme de notre pensée, nous arrivons à un quatrième caractère de l'obsession. Mais il faut bien remarquer que ce n'est pas un caractère constant. Dans beaucoup de cas le douleur sait parfaitement que son obsession est produite par lui-mûmfl. L'obsession de certains souvenirs, par exemple» entrant en lutte avec des représentations actuelles, ne semble pas étrangère a celui qui l'éprouve. Ceux qui ont le senliment d'une idée étrangère à euxmêmes sont surtout des scrupuleux» des mystiques, qui sont effrayés de voir surgir en eux des sentiments, des impulsions, contraires à toutes leurs croyances, à toutes leurs habitudes, à tous leurs goûts et désirs.

De là découle tout naturellement un autre caractère de l'obsession, c'est le d* s douhUmcnt du moi. Celui-ci ne se

P produit que dans les cas tout à l'ait accentués, mais il existe en germe dans tous les états de doute obsédant. Il en est une condition forcée. En effet, comment ne pas se sentir partagé quand deux sentiments opposés surgissent en nous d'une façon involontaire et irrésistible; comment ne pas se sentir dédoublé quand notre personnalité est balancée alternativement et également entre deux croyances contraires; comment encore ne pas arriver à croire que ce n'est pas seulement notre personnalité normale qui est ^r dédoublée, mais une autre personnalité complètement étrangère qui s'est développée à côté d'elle et, étant différente, contraire à elle, entre en conflit avec la première; comment enfin un douteur d'esprit faible, bercé de tous les îythes religieux, n'en arriverait-il pas à croire, en raison les mauvais sentiments de cette personnalité nouvelle, qu'elle n'est autre que le démon qui s'est introduit en lui? Et tout cela, si logique en somme, n'est-ce pas le doute

lui-môme qui le produit, qui le conditionne? On peut d'ailleurs remarquer que ce dédoublement de la personnalité chez les obsédés présente deux formes, Tune de dédoui blement vrai, l'autre de doublement, quand il y a senti-

i ment d'une seconde, personnalité développée intérieure-

■ ment ou surnaturelle et venue du dehors comme dans la

». possession.

; Ce dédoublement diffère complètement de celui des hys-

tériques qui consiste plutôt dans des alternances d'états de la personnalité correspondant à des époques différentes, ou encore dans la juxtaposition de deux personnalités d'âge différents. Mais toujours le sujet sait que ces deux personnalités lui appartiennent; Tune peut submerger l'autre, , ■ elle ne lui est jamais étrangère; elles ne se balancent

pas l'une l'autre par des oscillations continuelles ; le sujet croit à Tune comme à l'autre et suit avec conviction celle qui est la plus forte ; il n'y a pas de conflit entre elles.

Dans l'obsession du doute, au contraire, le sujet est continuellement ballotté de Tune à- l'autre ; elles le tiraillent en même temps en sens opposé; l'une des deux lui apparaît comme une étrangère ou une intruse, qu'il subit, qu'il cherche à chasser; ce ne sont pas les souvenirs, les représentations qui les distinguent l'une de l'autre comme chez » l'hystérique qui retrouve toujours ses sentiments profonds

communs à ses diverses personnalités; ici ce sont, au contraire, les sentiments, les tendances, ce qui constitue vraiment le fond même de la personnalité, qui sont divisés et en opposition, alors que les souvenirs, les connaissances, qui ne sont que le côté extérieur, acquis, variable et facice en quelque sorte de la personnalité restent communes. De sorte qu'en l'analysant, ce dédoublement de l'obsession paraît, en somme, plus profond que celui de l'hystérie où en apparence il est beaucoup plus complet.

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