OBSESSION ET REPRÉSENTATION
:e phénomène du dédoublement du moi dans l'obsession, dans le doute obsédant pour mieux dire, se rattache la question de l'état de la conscience chez les obsédés. Mais avant de l'examiner je voudrais dire quelques mots de deux caractères des obsessions qui nous permettront de la mieux ju^rer, à savoir l'intensité des représentations liées aux idées obsédantes, et leur mode d'association.
J'ai déjà insisté sur le fait de l'imagination représentative des douleurs, imagination surtout visuelle, qui semble jouer un rôle assefc important dans le doute, et qui Lient vrai semblableni eut à l'état d'excitabilité cérébrale. 11 est à remarquer que ces représentations n'ont jamais h: douleur lui-même comme objet. L'obsédé du crime, par exemple, ne se voit pas accomplissant un forfait; l'obsédé par l'idée qu'il est contrefait, ne se voit pas contrefait; ils n'ont que le sentiment de la chose ; leur représentation est d'ordre affectif ou sensitif. Au contraire, l'obsédé de la saleté croit voir partout des saletés, l'obsédé par des malheurs pouvant arriver à autrui, voit les accidents qu'il redoute se dérouler sous ses yeux; d'autres sont obsédés par des objets, terri* fiants généralement, comme un couteau, une pointe dixîcontre eux.
Jusqua quel degré ces représentations peuvent-elles atteindre? Vont-elles jusqu'à l'hallucination? On a beaucoup discuté là-dessus et l'on n'est pas d'accord. Une hallucination, ce n'est, en somme, qu'une représentation très intense et projetée au dehors de soi, de telle sorte que l'objet ait l'air perçu du dehors. C'est cette extériorisation de la représentation qui constitue seule, à mon avis, l'hallucination. Qu on ait conscience que l'objet qu'on voit ainsi en dehors de soi n'est pas réel et correspond à une image qu'on a en soi, qu'on croie au contraire à l'existence réelle de l'objet, ou qu'on n'y croie pas tout en ne se rendant pas compte que son image provient de soi-même, que cette représen-
talion hallucinatoire soit p d'un objet réel,
ou d T un objel. symbolique, connue le crQit I\ Janet, toucas peuvent m présenter et tu question reste la même : l'objet dune obsession peut-il revêtir le caractère d'une ha lluci nation?
Eh bien, en s'en tenant à la définition que je donne plus haut» à lu conception, pour mieux dire, de l'hallucination dans ses rapports avec lu représentation, il ne me semble pas douteux qu'il puisse y avoir des hallucinations au cours des obsessions, hallucinations surtout visuelles d'ailleurs. On en a cité des exemples très démonstratifs, En voici un personnel.
Il s'agit d'une vieille dame qui a eu par deux fois le même accès d'obsession. Ce cas offre, au point de vue du mécanisme de l'obsession et du doute un certain intérêt. Le premier accès s'est produit dans les conditions safran Elle avait été assez souffrante, et était restée impressionnahle aux bruits. Elle demeurait à la campagne près d'une terme où Ton tuait assez souvent des pores. Jusqu'alors elle n'y avait pas pris garde. Mais, un jour, elle lut frappée des cris d'un porc qu'on saignait; elle se représenta le couteau plongé dans sa gorge, et s'imagina la douleur que ce serait pour elle si c'était dans sa propre gorge qu'il était planté. A partir de ce moment elle ne cessa de voir à sa droite, tout près de son cou, la pointe d'un couteau dirigé vers elle. Pour le chasser elle était obligée de se tourner de son côté, car si elle tournait la tête à gauche elle croyait qu'il allait profiter de son inattention pour pénétrer. Elle ne voyait d'ailleurs que ce couteau, sans personne qui le tint et pût l'enfoncer. Cette obsession, accompagnée d'ailleurs d'autres petites manifestations de peu d'importance et qui, en comparaison de celle-là, ne la gênaient pas, finit par disparaître un beau jour. Elle recouvra sa santé normale physique et morale. Mais quelques années plus tard