OBSESSION ET ASSOCIATION
L'obsession désigne en réalité, dans la pratique, un état de doute dans lequel il y a prédominance presque exclusive du doute sur un certain point. Pourquoi [l'obsession se porte-t-elle sur celui-ci plutôt que sur celui-là? C'est le plus souvent une circonstance banale, un incident quelconque, une coïncidence frappant l'imagination qufla déterminent. Un jeune homme, fatigué, pour qui on craignait mêriae un début de tuberculose, fils d'un douteur et d'une neurasthénique d'ailleurs, part dans la montagne se soigner. Il lit un jour dans le journal local qu'un chien enragé a mordu plusieurs personnes. Il est désagréablement impressionné par cette lecture, il se représente ce que ce serait pour lui d'être ainsi mordu, et, à partir de ce moment, lui qui adorait les chiens, qui en avait constamment chez lui, est pris de l'obsession de la rage, de la peur d'être mordu. Il fuit les chiens, les personnes qui en ont, qui ont pu y toucher; il évite, du plus loin qu'il les voit, ceux qu'il rencontre ; il en arrive, par des associations d'idées invraisemblables de subtilité, à un grand délire du toucher. Ce qui est essentiel, on le voit, c'est l'état physiologique et moral constitutionnel ou momentané qui permet Téclosion du doute. Celui-ci n'attend plus qu'une occasion quelconque pour surgir.
L'association par contiguïté dans le temps, par coïncidence, qui s'observe ainsi très fréquemment au début des obsessions, se montre d'une façon bien plus constante encore par la suite, pour le développement de l'obsession. On voit alors s'échafauder les hypothèses les plus invraisemblables pour la justifier. Voici, par exemple, une dame obsédée par l'idée de la scarlatine qui régnait alors à Paris. Elle ne veut pour rien au monde mettre une certaine ceinture. Pourquoi? C'est que la boucle de cette ceinture se trouvait dans une boîte, où étaient divers accessoires de toilette, boutons, rubans, etc., parmi lesquels il y en avait qui pro-
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Venaient d'une robe ayant été arrangée «hez la couturîôre a un moment où cette couturière avait une de ses clientes atteinte de la scarlatine, Voilà l'enchaînement des associations entre ta scarlatine e1 la boucle qui pourrait la lui communiquer. Pourquoi maintenant cette boucle avaitelle eu !e privilège de -associer ainsi dans son esprit à obsession, alors que bien d'autres objets avant été plus capables de la propager lui étaient indifférents? cela est assez difficile à expliquer, et les malades eux-mêmes ne savent guère le dire, saut dans de certains cas.
L'obsession de faire du ma! aux autres, l'opposé de celle-ci, engendre dos associations du môme genre. Une jeune femme est poursuivie depuis longtemps par l'obsession suivante : Elle suggère aux femmes avec des enfants, en passant prés d'elles dans la rue, au besoin même elle 1rs hypnotise pour le leur suggérer, d'aller jeter ces enfants dans un égout. Elle passe son temps ensuite à se demander si elle Ta fait réellement, si elle a pu se faire obéir, cherche dans les journaux si aucun incident semblable n'y est signalé. Dans les cas de ce genre les associations logiques prédominent. Mais l'absurdité de l'obsession n'en est pas moins grande.
L'obsession est toujours invraisemblable, soit dans son point de départ, soit dans ses conséquences. Si elle a pour origine une possibilité vraisemblable, ce qui arrive souvent, le fait de croire à celte possibilité partout et toujours, envers et contre tout, devient absurde. Une dame liés religieuse, était obsédée de ridée de sacrilège. Elle s'imaginait qu'elle conservait l'hostie dans sa bouche et la recrachait en rentrant dans sa chambre. Jusque-là rien d'invraisemblable, sauf que c'était absolument contraire à ses sentiments les plus enracinés et à ses désirs les plus sincères. Mais les choses n'en restaient pas là, et le doute ne se bornait pas a s'imaginer qu elle avait pu agir ainsi dans un moment
d'aberration et d'inconscience. Non; ces fragments d'hostie étaient éparpillés partout, sur sa robe, sur son lit, sur son tapis, dans ses objets de toilette, dans l'eau dont elle se servait pour les usages les plus intimes. C'était une profanation inouïe, abominable. Le moindre petit point blanc qu'elle apercevait en était sûrement un fragment. Mais elle se gardait bien d'aller le contrôler. Comment un si petit morceau quVlle ne se rappelait menu 1 pas avoir sorti de sa bouche — ell" le supposait seulement — - pouvait-il envahir ainsi tant d'objets
D'autres sujets ont l'obsession de la saleté et font des raisonnements aussi absurdes. Une dame se figurait avoir reçu dans les water-closets une éclaboussure malpropre. La chose n'a rien d'invraisemblable en elle-même. Mais ce qui le devenait, c'est que cette éclaboussure souillait toute sa robe, et les meubles, et les tapis, et les personnes qui se trouvaient à son contact, et malgré cette énorme dilution conservait toujours le même degré de saleté.
Le Jugement et le raisonnement sont donc très atteints en ce qui concerne l'objet de l'obsession et il y a là un dualisme remarquable entre la façon de juger et de raisonner sur cet objet et celle qui se rapporte aux questions où le doute n'existe pas, qui se rencontre sous tous les rapporta dans le doute. Les raisonnements que l'obsédé échafaude ne sont d'ailleurs pas toujours illogiques. Ils sont avant tout paralogiques.
Aussi, en même temps qui! a tendance à admettre l'idée qui s'impose à lui et les Idées dérivées qui en découlent, r obsédé conserve-t-il toujours une certaine critique de luimême et de la réalité. Les preuves abondent que c'est, en somme, la vérité qui l'emporte sur la vraisemblance, la réalité sur la possibilité.
C'est d'abord que l'obsédé reste dans le doute; son obsession, si forte en apparence, est donc incapable d'entraîner
sa croyance. C'est ensuite que cette même obsession n'aboutit guère à l'acte. Il ne saurait d'ailleurs y avoir d'acte sans croyance aux motifs d'agir. L'opposition entre la tendance à l'acte et l'absence d'exécution, entre la tendance à la croyance et la critique de l'obsession, sont en réalité une seule et môme chose, Tune dans la sphère affective, l'autre dans la sphère motrice. Tout cela tient non à l'obsession elle-même mais au doute.
Il faut signaler cependant les cas où la croyance à ce qui est irréel semble l'emporter, et se traduit par un véritable état délirant. Mais on doit remarquer que même alors, tout en affirmant sa croyance à l'existence réelle et non à la seule possibilité ou probabilité de ce qu'il redoute, le sujet refuse de se laisser contrôler, de se laisser faire une démonstration de son erreur, se refuse aux explications dont sont au contraire prolixes les véritables aliénés pour prouver l'exactitude de leurs affirmations.
A propos de la non exécution des idées obsédantes, la question du suicide s'est posée. Il faut distinguer trois cas : 1° l'impulsion obsédante — vraie, non pas la phobie de l'impulsion — au suicide, comme il y a celle à mettre le feu, à tuer, à boire, etc. ; 2° l'obsession du suicide, comme il y a celle de commettre un crime, un sacrilège, et 3° le suicide dans les états d'obsession.
Dans l'impulsion suicide, obsédante, il y a toujours exécution, comme dans toutes les impulsions en général, quelle que soit la durée de la lutte. Au moment où on s'y attend le moins, sous vos yeux quelquefois, les malades cèdent à leur impulsion, pour laquelle bien souvent ils ont demandé protection ou soins, comme tous les impulsifs conscients d'ailleurs.
Dans l'obsession du suicide, au contraire, il n'y a pas d'exécution plus que dans les autres obsessions du même genre, Vobsédé étant toujours retenu par la crainte d'y
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céder. Il a en réalité peur de son impulsion et cela l'arrête, comme d'ailleurs dans toutes les autres phobies, qui ne se réalisent jamais : il était toujours sur le point de faire la chose, ou telle chose était imminente, mais il s'est trouvé chaque fois une circonstance quelconque, la plus banale ordinairement, qui Ta empêché d'agir ou d'avoir tel accident. Pour le suicide « c'est quelqu'un, qui est justement arrivé au moment où on allait le réaliser », ou un bruit entendu, qui en a fait ajourner l'exécution, et s*il n'y a aucune raison extérieure, c'est alors la pensée qu'il valait mieux remettre cette exécution à un autre moment* Enfin, il n'est pas douteux que certains obsédés se suicident/C'est peu fréquent assurément, le doute dans lequel ils sont les empêchant de prendre une détermination ferme à cet égard comme à d'autres. II n'en est pas moins vrai qu'il en est, qui, lassés de la vie abominable qu'ils mènent, unissent par recourir au suicide comme tout homme atteint d'une maladie incurable peut le faire. C'est pourquoi, rien qu'à cause de cette éventualité, il faut toujours se garder de laisser supposer à un obsédé qu'il ne peut pas guérir* D*abord cela n'est pas vrai, et ensuite, la seraitce, que c'est condamner un homme au désespoir et l'expo* ser au suicide.
Toutes ces particularités de l'obsession nous amènent à nous demander quel est Vétat de la conscience dans l'obsession. Les opinions sont très partagées. Les uns, comme Pitres et Régis, admettent qu^e la conscience est conservée dans l'obsession, dont l'un des caractères essentiels était d'être consciente pour les premiers auteurs qui l'ont décrite ; sauf cependant certains cas où il y a, au paroxysme de l'obsession et de l'angoisse, un état d'obnubilation de la conscience, de véritable confusion mentale. D'autre part, Séglas, P. Janet, regardent la conservation de la conscience
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connue très relative; si elle existe avant et après l'accès d'obsession, elle n'existerait pas pendant
Tout dépend, comme le font très justement rernarq Pitres et Régis de ce qu'on entend par conscience. Si Ton désigne par là la synthèse psychologique qui nous donne le sentiment de notre moi, de notre personnalité, il est bien certain que la conscience est troublée, puisque nous avons vu que le dédoublement de la personnalité était un des éléments mêmes du doute. Mais conscience et personnalité sont deux choses distinctes. Avoir conscience c'est savoir, connaître ce qui se passe en soi. Or, les obsédés, même les plus caractérisés, conservent toujours cette connaissancelà, cette conscience-là. Et quand Séglas cite des cas dans lesquels un sujet lui dit : « Je suis conscient d'un côté que je suis inconscient de l'autre », qu'est-ce que cela sinon avoir conscience de tout ce qui se passe en lui? de son dédoublement?
Dans ce cas de Séglas il s'agissait don homme qui s'apercevait tout d'un coup qu'il marchait automatiquement sans avoir pu saisir le moment où il avait passé de la marche volontaire a la marche automatique- Eh bien! je vais plus loin que les auteurs qui admettent que ta conscienr conservée dans l'obsession, je dis que dans un certain nombre de cas elle est exagérée, et, comme je Fai dit déjà antérieurement, que cette exagération même devient quelquefois la cause du doute ou du moins l'entretient.
L'exempte mémo de Séglas vient à l'appui de ce que j'avance. Il appartient, en effet, aux cas dans lesquels ta conscience est exagérée, et s'étend à des actes, à des sensations dont on n'a pas conscience ordinairement C'est ainsi que toutes les obsessions ayant pour objet des mouvements automatiques secondaires, comme la marche, certains exercices manuels, ou môme réflexes comme la déglutition, toutes les obsessions ayant pour objet les fonctions orga-
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niques, s'accompagnent d'un excès de conscience, et c'est cet excès de conscience qui alimente le doute.
Expliquons-nous. Dans nos mouvements, dans dos attitudes, dans les exercices musculaires comme le jeu du piano, et de tous les instruments de musique en général, nous n'avons normalement que des sensations sobconscientes on inconscientes. Nous marchons, nous dansons sans prendre garde à la façon dont nous contractons nos muscles, aux mouvements que nous faisons pour avancer» pour obtenir telle note, etc.; nous n'analysons pas consciemment le jeu de nos muscles dans l'attitude que nous prenons ou dans le geste que nous faisons. Tout cela s'accomplit automatiquement, inconsciemment. Nous serions fort embarrassés de dire comment nous nous y prenons, et quand on nous le demande nous sommes obligés de réfléchir ; et généralement c'est en exécutant le mouvement len- . tement que nous le démontrons. Nous finissons, en effet, par perdre la représentation de la décomposition du mouvement par laquelle cependant nous avons commencé à l'apprendre. Il est normal d'ctre inconscient de ces mouvements qui ne s'exécutent bien que lorsqu'ils sont devenus automatiques,
Que va-t-il se passer si on en reprend conscience, ou si on cherche à en reprendre conscience? C'est qu'ils s'exécutent mal, plus lentement d'abord, et souvent même de travers. C'est ce qui arrive aux obsédés qui s'inquiètent tout d'un coup de n'avoir pas conscience de certains mouvements, de certaines attitudes. Le malade de Séglas dit qu'il a conscience d'un côté qu'il est inconscient de l'autre, parce qu'il s'est aperçu qu'il marchait automatiquement. Mais rien n'est plus normal que d'être ainsi conscient d'un côté et inconscient de l'autre. Ce qui ne Test pas, c'est de vouloir conserver la conscience de ce qui doit être automatique.
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On pourrait presque dire que ces obsédés-là ont l'ûbsess d'être conscients. Ils l'y appliquent de toutes leurs forces, et le pire pour eux c'est qu'ils y parviennent en partie» Qu'en résulte-t-il, en effet? Ils arrivent h percevoir tous les mouvements qu'ils exécutent; ils n'ont aucun point de rep aucun moyen de contrôle pour juger s'ils sont correctement exécutés ou non d'après leurs simples sensations des contractions musculaires. Mais ce qu'ils constatent c'est qu'ils sont ralentis, mal exécutés souvent en réalité. Ils s'y appliquent alors d'autant plus, et plus ils s'y appliquent plus ils font mal. D'où leur doute perpétuel sur leurs gestes, sur leurs attitudes, doute entretenu par l'incorrection réelle de leurs mouvements qu'ils attribuent à un défaut de conscience alors que c'est précisément l'opposé.
Ce qui se passe pour les sensations musculaires et stéréognostiques se produit de même pour les sensations organiques. On sait Fort bien qu'à force de concentrer son attention sur les fonctions viscérales on arrive à en percevoir d'une façon quelquefois très précise les diverses phases, par exemple pour la digestion, qui est la source d'une foule d'obsessions, et de phobies généralement, concernant ses différents temps et ses différents organes. Spontanément d'ailleurs, et nous en avons la preuve chez les hypochondriaques t ces sensations d'origine organique peuvent devenir perceptibles consciemment, mais sont interprétées faussement. IL en va de même pour ces obsessions de fonctions organiques. Les malades en arrivent à percevoir les moindres contractions de leur estomac, de leur intestin. Sans aller, comme les hypoehondriaques — et beaucoup le deviennent — jusqu'à interpréter ces sensatioi dans le sens d'une maladie, ils s'en inquiètent comme d'une chose anormale. C'est bien anormal, en effet, mais ce qui Test ce ne sont pas les phénomènes qui se pasvu eux, c'est qu'ils aient des sensations conscientes de ces
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phénomènes. Ne connaissant pas les sensations que ces phénomènes comportent, puisqu'elles sont ordinairement inconscientes, ils les considèrent comme un signe d'anomalie dans leurs fonctions, et les variations naturelles de rnières entretiennent en eux le doute et l'inquiétude sur ce qui se passe en eux. La conscience de ces sensations qui devraient être inconscientes suscite leur doute, et l'effort qu'ils font, l'attention qu'ils y apportent pour être fixés sur leur compte entretiennent cet excès de la conscience organique.
J'estime donc, et les cas pullulent pour le démontrer, que la conscience est exagérée dans un grand nombre de cas de doute, d'obsession. Mais je suis le premier a reconnaître qu'il en est un non moins grand nombre où il y a des altérai ions de la conscience à tous les degrés, depuis une simple obnubilai ion jusqu'à une éclipse complète. Nous avons vu déjà d'ailleurs les variations que peut présenter la conscience dans le doute. Ce sont les mêmes dans l'ob* session. Ce qu'il y a de particulier dans les états où c'est le caractère obsédant du doute qui domine la scène, c'est que la pensée en général devient vague, confuse. Tous les états de rumination, de rêverie, où sans cesse les mêmes idées, les mêmes images reviennent assaillir l'esprit, et l'empêchent de se porter sur rien d'autre, comportent une diminution plus ou moins grande de la conscience. Les malades finissent par ne plus savoir où ils sont, ce qu'ils ont fait; ils perdent le sentiment du temps. Une de mes malades s'accuse d'avoir commis un meurtre il y a quelque temps, alors qu'elle était déjà en traitement au sanatorium. « Où étiez-vous à ce moment-là? lui dis-je. — Je ne sais pas; je ne sais jamais où je suis* » Interrogez ces obsédés qui s'accusent d'avoir commis un crime, faite s -leur préciser l'emploi de leur temps, les circonstances qui se sont déroulées avant, pendant et après, ils ne vous
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répondent que par des : « Je me ligure, je crois que, il me semble que. » Or, il est évident que s'ils étaient aussi convaincus qu'ils ont l'air de le croire et de vouloir vous le taire croire, ils auraient une autre attitude. L'alcoolique halluciné qui vient vous raconter une scène de meurtre à. laquelle il a assisté est autrement précis que cela. L'obsédé a plulùt l'air d'un homme qui a rêvé, et qui ne croit pas luimême beaucoup à ce qu'il raconte, et nous retrouvons là encore. une analogie entre les états d'obsession et de réte. Même vague, même manque de réaction morale et logique.
On est presque en droit de se demander, en'présence de leur allilude, s'ils sont aussi inconscients qu'ils le prétendent. Une de mes malades me dit un jour : « Je me suis réveillé* ce matin avec l'idée que je devais écrire à M. X, pour prier pour moi et pour une autre personne; sinon cela causerait la mort de quelqu'un; j'en suis sûre. » Il est à remarquer que les douleurs n'affirment jamais être sûrs que de ce qu'ils ne peuvent prouver; ou de choses qui doivent arriver; ils ne sont sûrs que de l'incertain, et ne doutent que de la réalité. Or, malgré sa certitude d'entraîner la mort de quelqu'un si elle n'écrit pas 1 elle est restée dans l'inquiétude mais n'a pas écrit. Défaut de volonté, dira-t-on? Mais, vraiment, il faut en manquer singulièrement pour ne pas faire un acte si simple qui vous délivrerait de l'angoisse et vous enlèverait le scrupule de causerune chosi qui vous fait horreur.
Une autre est obsédée de l'idée qu'elle a répandu des ordures sur son linge. Je la trouve anxieuse à cette idée- « Vous n'avez qu'à ouvrir votre armoire, vous allez voir tout de suite que ce n'est pas vrai. — *- Non, non, je suissûre. — Je viens d'y regarder, et tout est parfaitement en ordre et propre. — C'est que je l'ai détaché. — n'avez pas pu salir et laver tout ce linge; cela se
— Vous ï verrait.
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— Maïs non, je suis très adroite, je vous assure que je lai fait; je suis si dissimulée! — Il n'y a pas de dissimulation ni d'adresse qui tiennent, vous n'auriez pas eu le temps
atériel depuis qu'on vous a quittée de faire tant de choses, et le linge lui-môme n'aurait pas pu sécher. — Je ne sais pas, mais je suis sûre que je l'ai fait, »
Ce dont ils sont sûrs, c'est d'avoir rêvé ce qu'ils vous affirment. Et je crois, pour ma part, qu'ils ne sont pas du tout si convaincus qu'ils en ont l'air, qu'ils n'ont pas du tout les peurs qu'ils prétendent avoir. Ils ne sont pas si dupes de leurs impressions qu'on le croit. La tranquillité avec laquelle ils vuus racontent les choses terribles qu'ils ont commises ou qu'ils redoutent, la facilité avec laquelle on les fait causer à perle de vue de tout ce qu'ils éprouvent, le refus de contrôler ce qui pourrait les rassurer et leur montrer leur erreur, le fait qu'ils ne font pas le moindre «ffort pour conjurer ce qu'ils craignent de provoquer par leur abstention, le fait aussi qu'ils vous demandent de leur enlever leurs idées de la tôte et non d'empêcher ce qu'ils redoutent, tout cela prouve bien qu'ils savent au fond à quoi s'en tenir sur la valeur de ces idées obsédantes, qu'ils savent parfaitement que tout cela est dans leur imagination, et que ce n'est pas la peine de se deranger.
Même dans les cas où elle paraît le plus obnubilée, leur
nscience ne disparait pas, et quand vous les croyez absorîjés par leur rumination, par leur obsession angoissante, essayez de faire, en le dissimulant de votre mieux, quelque chose qui leur déplaît. Vous allez les voir sortir de cette apparente inconscience et s'y opposer en des termes très précis, très catégoriques. Rien ne leur échappe, ni dans vos gestes, ni dans vos paroles, et s'ils ne les commentent pas tout de suite, ils le feront plusieurs jours, plusieurs semaines après, vous prouvant par là que leur attention,
Ll IHUÏE
leur conscience veillaient très bien au moment même où elles semblaient le plus éteintes, Il Tant toujours être sur ses gardes devant les obsédés. La preuve que leur vol n'est pour rien dans L'inaction ou ils restent quand le moindre acte de leur part pourrait empêcher les malheurs qu'ils croient causer ou avoir déchaînés, c'est que, s'il s'agit de quelque chose qui leur plaît ou -leur déplaît, ils savent parfaitement faire ce qu'il faut pour l'obtenir ou l'éviter. De sorte qu'on voit une obsédée qui n'a pas eu la volonté d'écrire pour empêcher — elle en est sûre — quelqu'un de mourir, prendre immédiatement la plume pour écrire à son mari de venir lui rendre visite ou de lui envoyer un ruban pour ses cheveux.
Tout cela me pousse à croire, et plus j'observe les douteurs, les phobiques et les obsédés, plus j'en suis convaincu, qu'ils perdent rarement conscience d'eux-mêmes, et qu'en tous cas, même dans les états de rêverie, de rumination les plus accentués, leur pouvoir d'attention et leur conscience de la réalité sont absolument conservés, ainsi qu'en témoignent leurs souvenirs si précis de tout ce qui s'est passé autour d'eux pendant ces périodes de crises.
Ils ne sont pas dupes de leurs obsessions, et s'ils n'agissent pas en conséquence c'est qu'ils savent que c'est inutile, que ce ne sont que des apparences, des fruits de leur imagination. Ils savent que ce ne sont que des idées, et la preuve en est qu'ils vous demandent de les aider à les chasser.
Il y a cependant, mais ces cas sont rares, des éclipses conscience, des vertiges d'un genre particulier. Beaucoup d'obsédés viennent, en effet, se plaindre d'avoir des vertiges qui leur donnent l'impression qu'ils vont perdre connaissance, tomber dans la rue. Tels sont surtout les agoraphobes, qui représentent le type le plus complet de ce qu'on