‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 8 sur 135 · OBJET ET CONDITIONS DU DOUTE · texte numérisé non relu

OBJET ET CONDITIONS DU DOUTE

Sommaire : Objet du doute. — Doute du monde extérieur. — Doute de la réalité passée. — Doute de la réalité à venir. — Doute du moi. — Variétés dans l'objet du doute. — Variétés dans l'étendue du doute. — Variétés dans l'intensité et la durée du doute.

Objet du Doute. — Tout ce qui est objet de croyance est objet de doute, peut-on dire d'une manière générale. Mais dans le monde certains objets ont plus particulièrement que d'autres le privilège de susciter le doute. A cet égard on peut diviser le monde en deux parts : le Moi et le monde extérieur, partage fictif d'ailleurs, car le doute sur le monde extérieur se ramène en fin de compte au doute de soi-même. Mais en matière de connaissance, de croyance, de conscience, tout ne se ramène-t-il pas au moi? Notre division n'a donc d'autre but que de mettre un peu d'ordre dans une question vaste et complexe.

A) Monde extérieur. — Notre doute vis-à-vis du monde extérieur peut se rapporter soit a) k sa réalité actuelle, soit b) à sa réalité passée ou c) future.

a) Notre croyance à la réalité du monde extérieur est une donnée primitive, nécessaire pour agir. Cette croyance peut être troublée de deux façons : ou l'on nie que le Sollier. — Doute. 3

monde extérieur existe, ou Ton doute s'il est tel qu'il nous apparaît. Lorsque Ton dit que la croyance est une adhésion au réel, ce n'est pas tout à fait exact, c'est une adhésion à ce qui nous apparaît comme réel* Le négateur qui prétend que rien de ce qui est autour de lui ni lui-même n'existent n'a pas de doute; il croit à la non-existence du monde et du moi; c'est une croyance négative, mais c'est une croyance. L'halluciné qui agit conformément à ses hallucinations y croit et les considère comme réelles; sa croyance est cependant erronée; il n'a aucun doute. Ne pas percevoir la réalité ou percevoir ce qui n'est pas réel sont deux manières de se tromper sur le monde extérieur, ce n'est pas en. douter.

Pour qu'il y ait doute il faut que le sujet mette en parallèle ses impressions actuelles avec ses représentations, qu'il ne puisse se déterminer à croire quelles sont celles qui sont l'expression de la réalité; ou il faut que ces impres* sions actuelles varient comme intensité, pendant qu'elles se produisent, que les rapports entre les objets changent aussi. Ce sont alors ces variations, ce conflit entre les perceptions et les représentations, qui constituent le doute.

Aussi le rencontrons-nous au début d'un certain nombre de psychoses, chez les déments précoces, chez les mélancoliques, chez les hypochondriaques, chez les persécutés. Dans ces différents cas nous voyons la maladie présenter d'abord une période de trouble cérébral, avec angoisse, sentiment de perte des idées, de flottement dans les perceptions, de folie. Le malade cherche à se rendre compte de ce qui se passe en lui, comme rhypoehondriaque et le mélancolique, ou en dehors de lui, comme le persécuté, A cette période de lutte, d'inquiétude, d'angoisse, de doute en un mot, succède une période où la personnalité est transformée, où une nouvelle conception de la réalité s'est faite, où le délire s'est constitué et systématisé. C'est qu'une

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