IÉACT10NS DES DOUTEURS CONTRE LE DOUTE
cation qu'on lui adonnées, par la crainte des sanctions que comporteraient ses actes s'ils étaient connus; ses sentiments moraux ou religieux sont faibles ou nuls; ses instincts erotiques anormaux sont au contraire très forts. Il luttera comme l'autre, mais il est vaincu d'avance, il succombera à son obsession. Dans les deux cas il y a lutte, il y a conflit de tendances; dans les deux cas il y a doute pour savoir laquelle des deux forces en présence remportera. H est fatal que ce soit la plus forte, et on peut savoir d'avance quelle est celle-là par suite de l'horreur ou du désir qu'elle entraîne.
11 n'est donc pas exact de dire que les obsessions ont pour caractère de ne pas aboutir, L'aboutissement n'est pas plus dépendant de l'obsession, ni au point de vue de son intensité, ni au point de vue de sa forme ou de son objet, que le non aboutissement : cela dépend uniquement des tendances en présence. Dès qu'elles sont capables de se contrarier, dés qu'il y a conflit entre elles, il y a doute, sans qu'il y ait à considérer celle qui devra prédominer en défi-
iiitive. Nous allons, du reste, examiner plus à Fond cette juestion à la fia de ce chapitre.
Le douteur cherche donc à se débarrasser du doute qui 'obsède et l'angoisse. Que fait-il pour cela? Une série de choses dont le caractère commun et essentiel est de ne amais lui donner une satisfaction complète» de lui laisser toujours une porte ouverte sur de nouveaux doutes, d'être inefficaces et inutiles. C'est là un point sur lequel je ne saurais trop insister; car il a une grosse importance nu point de vue du traitement de la maladie du doute, où Vun des principes les plus nécessaires est de ne jamais faire de concessions au douteur, ni de lui en laisser se faire h luimême. Et nous avons vu précédemment que lorsque le douleur avait un moyen de contrôle assuré, évident» facile d'exécution, il se refusait le plus souvent à remployer. Ce
qui nous montre, comme nous lavons déjà dit à propos de r état de la conscience» qu'il est beaucoup moins mail: reux de son doute, et surtout beaucoup moins convaincu de ce qu'il éprouve, qu'il ne le prétend. 11 semble qn dont il souffre ce n'est pas de ses représentations plus ou moins désagréables, des craintes qu'elles lui suggèrent sentiments contraires a sa nature qu'il voit surgir en lui, que de la lutte intérieure dont il est le théâtre. Ce n'est pas parce qu'il a telle obsession qu'il soufïre, c'est parce qu'il est obsédé» et c'est ce qui fait que quel que soit l'objet de leur doute — obsession de crime ou obsession des nombres — tous les obsédés sont angoissés de la même façon.
Le contraste entre les douleurs que les malades racontent et ce qu'ils font cependant malgré elles, — ne fût-ce que d'en pouvoir parler inlassablement — est assez grand pour qu'on les accuse souvent sinon de simulation, du moins d exagération. Mais eux-mêmes s'en étonnent parfois, et trouvent alors toujours une raison quelconque pour expliquer qu'ils ont pu dominer leurs souffrances pour agir. Je crois que cela peut s'expliquer parce que ces douleurs sont, comme tout le reste, des phénomènes de représentation. On se représente des douleurs comme on se représente des couleurs ou des sons. On pourrait les comparer a celles qu'on éprouve dans le rêve, où, si vives qu'elles paraissent, elles ne s'accompagnent cependant d'aucune réaction objective comparable à celle de l'état de veille.
Il faut distinguer d'ailleurs entre les douleurs intellectuelles, morales, que les douleurs accusent, et les véri tables douleurs de tête qui peuvent survenir chez eux, soit du fait de la tension trop grande de leur pensée, soit des réactions qui accompagnent le retour de l'activité cérébrale et que nous avons signalées plus haut.
Passons maintenant en revue les moyens de défense et