‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 71 sur 135 · it · texte numérisé non relu

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ie solution du doute, Toutes les manies qu'on décril comme des symptômes de psychasthénie ne sont que des moyens de ■ce genre. Voici par exemple les manies de la précision, de Tordre, de la symétrie, 1 arithniomanie. Sont~ce des tics? Nullement, car il est de ces manies qui sont parfaitement volontaires. N'est-il pas naturel, quand on doute, de chercher à préciser et à faire préciser les choses? Mais de précision en précision on arrive à des subtilités tellement vagues que la précision devient de la confusion qui augmente encore le doute. Le douleur se perd dans ses précisions et loin de serrer la question rétend tellement qu'il s'éloigne -de la solution au lieu de l'atteindre.

Les manies de Tordre et de la symétrie sont volontaires aussi, au moins en grande partie ; ce sont des moyens de se retrouver, des points de repère pour s'y reconnaître dans la situation des objets. La symétrie, en particulier, n'est-elle pas l'expression même de ce besoin d'équilibre, qui se manifeste sous la forme morale par le besoin de compensation, d'expiation, de conjuration, que nous allons voir? Au fond, d'ailleurs, cette apparence de contrôle est inutile, car le douleur se demande, quand il voit deux objets qu'il a symétriquement placés pour ne pas oublier l'un ou l'autre, si c'est bien ces objets-là qu'il [avait mis symétriquement, ou bien il ne fait attention qu'aux autres, qui forcément ne peuvent pas tous être symétriques, et il se demande pourquoi ils ne le sont pas.

Ce qui fait que tous ces moyens de défense, tous ces procédés de solution du doute sont inutiles, c'est que le doute ne porte jamais sur un seul point, qu'il y a cent manières 4e douter à propos d'un objet, d'un acte, d'une pensée, d'un sentiment, et que si on a pris à leur égard une précaution sur un point déterminé pour obtenir une certitude, le doute se porte sur tous les autres points, et rend ainsi inutile et inefficace tout ce qu*on fait pour le détruire. C'est Sollier, — Doute. 16

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une chasse interminable, et comme l'hydre de la fable, h niv qu'un abat um* «le ><s têtes il en repousse uue autre. Le doute est d'une in stabilité, de par sa nature même, qui le rend sable, et fuyant toujours au

moment où On croit L'atteindra.

L*arithmom*nie peu! revêtir trois formes : ou bien c'est une sorte d'impulsion h compter tout ce qui se trouve l portée; ou bien on compte jusqu'à un certain chiffre, qui va toujours s'élevant ; ou enfin on a la manie de recompter les objets, les pièces de monnaie, de refaire des additions, etc. Dans le premier cas l'impulsion à compter qui parait primitive ne Test pas en réalité : c'est ordinairement en vertu d'une idée préalable, comme la superstition de certains nombres, ou des nombres pairs ou impairs, qu'on cqmpte ce qui est autour de soi. Et il est à remarquer ici encore que les objets qu'on choisit pour les compter sont ceux où Terreur est le plus facile. Un arilhniomane ne se contente pas de compter les carreaux des deux fenêtres de la pièce où il se trouve, encore qu'il le fasse et le recommence a plusieurs reprises dans Ja crainte de s'être trompé — ce qui n'aurait d'ailleurs pour lui aucune importance autre que celle de lui causer un malaise — , mais il cherche a supputer le nombre de fenêtres de l'immeuble, et ensuite le nombre de carreaux; comme il les ignore et n'a pas de moyen de le savoir dans la pièce où il se trouve, c'est làdessus que sa pensée obsédante se porte et que le doute continue, reculant toujours à mesure qu'il croit en atteindre les limites.

Chez ces douleurs qui ont la manie de faire ainsi des actes inutiles, il semble que le doute qui est chez eux eu puissance s'accroche à n'importe quoi pour se manïfes Et plus la chose est absurde, et en même temps à la portée du sujet, plus elle a de chance de s'imposer a lui. Rien n'est plus facile en apparence que de compter des objets

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