‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 74 sur 135 · PROCÉDÉS DE SOLUTION · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DE SOLUTION

sont satisfaits par ces procédés, les douleurs ne le sont pas, et montrent par là que leur esprit critique n'en est pas dupe. Le doute est toujours plus fort que la superstition et les oracles.

Mais voici d'autres douteurs obsédés d'idées sacrilèges» criminelles, immorales, mauvaises tout au moins. Comment s'en débarrasser? Par des procédés empruntés aux religions de tous les âges, même d aujourd'hui, et que pour celte raison je ne puis encore me décider à regarder comme des procédés pathologiques spéciaux aux psychasthéniques ou aux douteurs. Le proverbe : « Dans le doute abstiens-toi », est inexact a tous points de vue, d'abord parce qu'on n'a pas besoin de faire une pareille recommandation au douleur, et ensuite parce que, vis-à-vis de son doute, il est incapable de s'abstenir de chercher par tous les moyens à en sortir, Les manies de compensation, d'expiation, de conjuration, de serments et de pactes ne sont autre chose que des pratiques d'un caractère religieux courant Ce sont des digues que le douteux cherchée élever contre ses idées, ses tendances; ce sont des pénitences qu'il s'impose. Une de mes malades, scrupuleuse, obsédée par cent doutes divers, se livrait constamment à des compensations, s'imposant des privations quand elle avait eu quelque moment d'agrément ou quelque satisfaction. Pourquoi? C'est qu'en vertu de sa conception du monde tout devait s'équilibrer et se compenser, non pas chez l'individu, mais à travers le monde. De sorte qu'un plaisir chez l'un était forcément compensé par une peine chez un autre. El comme elle avait l'obsession de faire du mal à autrui, et des scrupules religieux intenses, elle établissait aussitôt la compensation chez elle entre le bien et le mal. Elle n'en était d'ailleurs guère soulagée, car le doute ne tardait pas à l'assaillir de nouveau, et elle se demandait si elle n'avait pas trouvé dans l'accomplissement de cette compensation,

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cependant désagréable, une certaine satisfaction qui ava besoin à son tour d'être compensée. Dans ces conditions il n'y a plus de raison de s'arnHer,

Si les esprits épris de justice ont plutôt des idées de compensution, h-s esprits religieux songent plus naturellement k 1 'e%piation. N'est-ce pas dans leurs habitudes cultuelles mêmes? Aussi la première pensée d'un scrupuleux religieux, ayant l'obsession du sacrilège ou du mal, est-elle d'aller se confesser, demander l'absolution pour ses mauvaises pensées. Mais au bout de quelque temps cela ne le soulage plus; il se perd dans des discussions théologiques et casuistiques. C'est alors que le confesseur, ne pouvant plus le suivre, s'aperçoit quelquefois trop tard qu'il a eu affaire à un malade dont il a aggravé l'étaten entrant dans ses vues. Il faut noter que beaucoup de scrupuleux religieux délaissent ou prennent en horreur une religion sur laquelle ils comptaient d'une façon absolue et qui est aussi incapable que le reste de leur apporter du réconfort et de leur donner la certitude dont ils ont besoin. C'est pour eux la faillite de la religion, et ce Test en effet, puisque la foi qu'ils regardaient comme toute puissante ne peut pas résoudre leurs doutes que la science médicale, au contraire, peut apaiser toujours, et faire disparaître souvent»

Nous retrouvons dans ces sentiments et ces besoins de compensation et d'expiation les éléments de l'ascétisme et du mysticisme dont les recrues sont toujours des névropathes et particulièrement des douleurs, scrupuleux et obsédés moraux.

L'homme ayant des sentiments de moralité élevée se fera des serments à lui-même, ou à d'autres moins souvent, pour s'obliger à agir de telle façon, dans telle circonstance, serments qu'il viole naturellement, ce qui amène chez lui un plus grand trouble, une moins grande confiance en lui, une aggravation du doute. Un de mes toxicomanes, scru-

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