‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 75 sur 135 · PROCÉDÉS DE SOLUTION · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DE SOLUTION

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puleux religieux, qui était retombé maintes et maintes fois dans ses habitudes d'intoxication, — prenant iûdiffé* mment d'ailleurs de la morphine, de l'alcool, du chloral, de la strychnine, de la cocaïne, etc., et combinant ces divers toxiques avec leurs antidotes — , était sans cesse en lutte avec lui-même et partagé entre les sentiments les plus opposés. Il se reprochait de rendre malheureuse sa femme qu'il adorait, d'être un mauvais exemple pour ses enfants alors qu'il avait une haute conception de la famille cl de ses devoirs paternels, d'être un mauvais chrétien, puisqu'il cédait sans cesse à ses mauvaises passions, et de fait il était très malheureux. Les traitements successifs de désintoxication n'avaient amené que des accalmies passagères. Un jour — il prenait à ce moment-là de la cocaïne — il veut fermement y renoncer. Il jette solution et seringue, et quoique la suppression brusque de la cocaïne n'amène aucun trouble physique ni moral t contrairement à la morphine, il est bientôt repris par son impulsion, après avoir été d'abord très joyeux de son acte énergique. Alors, pour sortir de son doute, il a recours à un moyen devant lequel il a toujours hésité, étant données ses croyances religieuses : il va aller trouver son ancien directeur de conscience, rn qui il a une absolue confiance, et il jurera devant lui sur le Christ qu'il ne reprendra plus jamais de drogue. Il pense qu'après un serment aussi solennel il se sentira définitivement lié, et par conséquent débarrassé de son doute et de sa passion impulsive. Il se rend auprès de ce prêtre et jure sur le Christ. Il remonte en voiture pour rentrer chez lui. A cinq minutes de chemin il passe devant une pharmacie où il avait l'habitude autrefois de s'approvisionner. II arrête le cocher, entre, achète de la cocaïne et une seringue, et à peine rentré chez lui, recommence. Découragé, il s'abandonne plus que jamais à son habitude qui l'oblige à se faire désintoxiquer encore une fois. Tant qu'il est surveillé, isolé,

Lt DOUTE

qu'il n'a aucune possiblité de se procurer un toxique, il n'en a aucun désir, il ne lutte même pas. C'est la possibilité qui crée l'hésitation, le doute, la lutte, et finalement le conduit à la réalisation de l'impulsion. Cet homme a fini, avec l'âge, par ne plus retomber dans sa toxicomanie, faisant ainsi De que beaucoup de douleurs font a un moment donné de leur existence. Leurs doutes, leurs manies, les abandons plus ou moins complètement, ne se rappelant à eux que d'une manière fugitive, espacée et très atténuée, et leur apparaissant comme quelque chose de lointain et d'étranger qui ne leur cause plus que le sentiment qu'on éprouve visa -vis de quelqu'un ou de quelque chose dont on a beaucoup souffert et dont on n'a plus ia possibilité-de souffrir,

Si l'homme qui se croit ainsi lié par des serments est superstitieux il transforme ses serments en pactes. Ces pactes ne sont, au fond, que des équivalents des compensations et des expiations. Mais, au lieu de s'appliquer au passé, ils s'appliquent à l'avenir. Les conjurations sont du même ordre et sont également destinées à intervenir dans ce qui doit arriver.

Pactes, conjurations, serments ne sont que des formes employées autrefois d'une façon normale pour influencer les dieux et leur demander assistance et protection- Le fait qu on les emploie aujourd'hui, dans des cas où les moyens naturels de sortir d'embarras sont insuffisants ne saurait donc être considéré comme pathologique. Il dénote simplement une mentalité particulière, et très commune chez les gens ignorants ou un peu faibles d'esprit. Elle est d'ailleurs absolument conforme à la doctrine de la Providence qui fait dire aux prêtres quand on leur demande conseil sur un cas embarrassant : « Remettez-vous-en à la Providence. » Mais cette doctrine et cette réponse ne donnent pas la sécurité et la certitude au douteur.

Dans Tordre moteur on peut citer une fouie d'actes

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