‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 76 sur 135 · RÉACTIONS MOTRICES CONTRE LE DOUTE · texte numérisé non relu

RÉACTIONS MOTRICES CONTRE LE DOUTE

accomplis dans le dessein de détourner la pensée de ce qui l'obsède, ou de combattre certaines tendances auxquelles on a peur de céder. On qualifie ces mouvements, ces attitude, ces actes, de tics, sous prétexte qu'ils sont fréquemment répétés, qu'ils sont intempestifs, qu'ils sont inutiles et que la volonté n'y participe pas, parce qu'on se sent obligé de les exécuter. Pierre Janet qui les considère ainsi les rattacbe avec raison aux manies, dont ils ne sont, en effet, pour la plupart que la traduction extérieure. Mais j f avoue que je ne puis considérer comme un tic et comme une « agitation forcée », suivant la classification de P. Janet, l'immobilité, le fait de rester un pied en Pair quand on marche, ou de garder une attitude fixe plus ou moins bizarre pendant quelques instants, comme tant d'obsédés le font, J 'estime au contraire que tous ces actes qu'on appelle des tics chez les douleurs ne répondent a aucun des caractères des tics. Examinons-les donc.

Ils sont fréquents et se reproduisent toujours de la même façon? Comment en serait-il autrement s'ils répondent à la même préoccupation obsédante? Si une mouche Tient se poser incessamment sur mon nez, je ferai toujours le même mouvement pour la chasser. Est-ce un tic? Ce mouvement a pourtant un des caractères du [tic, c'est d'être involontaire, instinctif. Mais il a une raison, il est opportun. Et qui dit que le geste du douleur ne Pest pas? De ce que Ton ne voit pas la mouche qui vient lui chatouiller le cerveau, sous la forme d'une idée obsédante qui le harcèle sans répit, est-ce une raison pour la nier? Or, cette obsession, elle existe, elle se présente toujours sous la même forme; elle entraîne donc toujours la même réaction motrice, si c'est par une réaction motrice que le douleur y répond. Son acte est donc parfaitement opportun, et s'il est inutile en apparence et au point de vue du résultat définitif ûe la disparition du doute, de Téloignement de Pobsession^

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il ne*resl pas plus que tous les autres moyens employés pour se défendre contre le doute et l'obsession. I£t a-t-on même le droit de dire que la volonté n'y participe pas, parce que le sujr! se smt obligé de faire cet acte? Je crois qu'il nest pas plus involontaire que ! Imsser la

mouche qui se pose sur te nez. Qu'au bout d'un certain temps de répétition il devienne automatique, comme tant d'autres actes habituels, cela ne prouve pas que la volonté n'y participe peu, mais simplement qu'elle n'y part pttts que dans la mesure où elle le fait pour tous nos automatiques secondaires. Au début, au contraire, ces actes sont volontaires. Le douleur cherche les moyens de se détendre, et soit une circonstance fortuite, soit une associations d'idées, l'amène à faire un geste, à prendre une attitude qui le soulage momentanément. Chaque fois donc qu'il se trouvera obsédé de la même crainte, du même doute, il refera ce geste, reprendra cette attitude. Peu à peu il agira machinalement.

D'ailleurs, tous ces tics ne correspondent pas a la même cause. Il en est de primitifs en quelque sorte, c'est-à-dire qui sont des manifestations motrices primitives du doute, lequel peut se montrer sous la forme affective, ou intellectuelle, ou motrice d'emblée, et peuvent dans ce cas donner l'illusion de tics. Cependant ils ont un caractère que n'ont jamais les tics vrais : ils ne s'installent qu'après un période de lutte, comme l'obsession elle-même, et même installés et devenus habituels et automatiques, le douleur reste toujours capable de lutter contre eux etde les dominer. Il est remarquable, en effet, que tous les douleurs ayant des réactions motrices, disons mieux, des réactions visibles, apparentes quelconques, sont toujours capables de les enrayer quand il le faut. Telle jeune fille qui dans sa famille se livrera aux manies les plus invraisemblables pour manger, s'habiller, etc., n'en présentera aucune si elle est

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