‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 77 sur 135 · RÉACTIONS MOTIUCES CONTRE LE DOUTE · texte numérisé non relu

RÉACTIONS MOTIUCES CONTRE LE DOUTE

chez des étrangers- Elle pourra paraître tout à fait normale.

Aussi est-ce un sujet d'étonnement pour les personnes qui ne votent les obsédés qu'en dehors de leur milieu habituel, que d'apprendre à quelles bizarreries ils sont sujets dans leur famille qui passe pour ne pas les comprendre, ou exagérer le* choses à plaisir. A-t-on le droit, après cola, de dire que la volonté n'intervient pas dans ces soi-disant tics?

Il en est d'autres où elle intervient encore. Ce sont ceux ou ils ne sont que l'expression motrice d'une manie quelconque. 11 est évident que si Ton croit qu'il suffit de feire un signe dans l'espace ou une grimace quelconque — peu importe sur quelles données repose cette croyance — pour éloigner une idée mauvaise, ou empêcher qu'un malheur arrive à d'autres, ou en écarter un de soi-même, chaque fois que la m^me idée reparaîtra, on refera le même geste. Celui qui regarde sans savoir à quoi cela correspond le trouve absurde; celui qui le fait sait pourquoi il le fait, et le trouve parfaitement opportun et justifié. Et c'est lui qui a raison. Les vieilles dévotes qui font à tout instant des signes de croix pour chasser une idée qui ne peut venir que du démon ont-elles un tic? Personne ne le soutiendrait, Le douleur qui fait un geste» un acte quelconque, obéit à une antre convention au point de vue du mouvement à exécuter, voilà tout.

La volonté n'intervient-elle pas enfin dans ces immobilités si fréquentes chez les grands obsédés? Une de mes jeunes malades qui croyait que sa pensée, sa mémoire, lui échappaient, que le démon, sous la forme d'un iluide qu'elle sentait monter des extrémités et des parties génitales vers son on veau, t'envahissait, ne trouvait rien de mieux, pour résister à ces deux impressions principales, que de se mettre dans des attitudes de contraction de tous ses membres et de rester ainsi des heures et des journées

\l DHITE

entières. Mais elle faisait plus : elle imaginait de se retenir daller à la selle ou d'uriner, ou bien, pour ne rien changer à l'attitude dans laquelle elle croyait devoir se maintenir pour empêcher le fluide démoniaque de remonter, elle laissait aller ses matières sous elle dans son lit ou sur les meubles* Enfin, il lui arrivait de se soumettre à la torture suivante sans broncher, toujours pour enrayer le lluide démoniaque : elle s'appliqua à plusieurs reprises des boules d'eau chaude brûlantes contre lesquelles elle maintenait ses jambes; elle se détermina ainsi des brûlures au second degré; elle avala un jour une tasse de tilleul bouillant qui lui mit la bouche h vif et la força par conséquent à se taire, à ne pas manger, toujours dans le même but. Vraiment, estil possible de parler de lies ou d'agitations motrices forcées dans des cas semblables, et d'absence de volonté dans les actes? Je ne pense pas qu'on puisse le soutenir. N'est-il pas bien plus simple de considérer les douleurs comme d'autres personnes ayant des réactions à leurs idées, à leurs impressions, à leurs émotions, à leurs sensations, conformes à leur caractère, à leurs habitudes, à leurs croyances, à leur façon de raisonner? L'homme qui a du prurit se gratte toujours de la même façon; l'homme qui est obsédé réagit toujours de la même façon aussi. Et ces réactions ne sont pas plus pathologiques l'une que l'autre.

Ces immobilités volontaires ne sont pas les seuls phénomènes d'arrêt qu'on rencontre chez les douteurs. Les phobies sont par excellence, et en général aussi tous les doutes et les obsessions, l'origine de phénomènes d*inhibiLion, beaucoup plus encore que d'impulsions, le doute étant essentiellement suspensif de la décision qui doit normalement suivre la délibération de la volitîon et mener à l'action.

Que dire également des crises d'efforts, de marche, de

Page 1