‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 79 sur 135 · RÉACTIONS MOTRICES DES DOUTEURS · texte numérisé non relu

RÉACTIONS MOTRICES DES DOUTEURS

sont déjà allumées ; le sujet qu'ils ont préparé ne troure pas d'écho, tout le monde est de leur avis et il n'y a pas de discussion comme ils l'avaient prévu. Ils sont déconcertés, troublés, ils se sentent rougir, il leur semble que tout le monde lit ce qui se passe en eux, est au courant de leur plan et rit de leur déconvenue. Et plus ils ont ainsi tout prévu, tout arrangé dans leur imagination, plus les chances de voir quelqu'une de leurs prévisions en défaut sont grandes, plus par conséquent les conditions favorables à leur phobie vont surgir. Ils se fournissent à eux-mêmes des occasions et des prétextes pour rougir en voulant justement les éviter. Pris à Timproviste, ils se comportent au contraire très bien, et en sont étonnés eux-mêmes. C'est qu'ils n'ont pas eu le temps de réfléchir^ et qu'au lieu de se donner une contenance artificielle ils se sont laissé aller à leur propre nature.

Ce besoin de se donner une contenance pour ne pas, prétendent-ils, attirer l'attention, les conduit justement à faire des choses bizarres, à des exagérations qui les font remarquer : ils parlent avec trop de vivacité, s'excitent, ou s'empressent à rendre service, à aider, et ne manquent pas, dans l'émotion où ils sont et qu ils veulent dissimuler, de commettre quelque maladresse. Tout ce qu'ils font ainsi pour détourner l'attention de leur personne contribue à les mettra en évidence, et souvent peu avantageusement, ce qui blesse leur orgueil intime et les fait plus d*une fois s'entêter dans certaines manières d'être lout à fait déplacées et incompréhensibles pour qui ne sait pas ce qui se passe en eux.

Enfin , certains sentiments d'incompl étude de la psycli asthénie ne sont que des moyens de lutter contre le doute. Tels sont les besoins d'excitation, d'autorité, de direction, Les douleurs ont avant tout besoin de croire. N'ayant pas confiance en eux ils cherchent à s'en remettre à ceux qui leur

i aspirent le plus de confiance. La sympathie, la confiance ne sonlbasi < > ai sur les qualités extrinsèques ou inlrinsèijuus de celui qui eu est l'objet; on ne lui en demande pas compte, on ne les raisonne pas ; on subit son ascendant, son prestige, son autorité, et plus la confiance en lui aveugle plus on a de sécurité, plus le doute se dissipe. Ou ne lui demande mémo pas de prouver ses affirmation parole suffit ; on le prie même quelquefois de ne donner aucune explication de son jugement.

Plus il est dogmatique, aUirmatif, plus il a d'effet. Une de mes malades me disait : « Avant de vous raconter ce qui m'obsède je vous demande de me dire seulement si je me trompe ; ne m expliquez rien, ne cherchez pas à me démontrer; parce que, une fois partie, il me reviendrait laines ehosesque vous m'auriez dites, que j'aurais peut-être mal comprises, ou dont je me souviendrais mal et que j'interpréterais de travers; et je me remettrais à douter de plus belle ; je sais bien que je dois me tromper, niais je veux que vous me le disiez, que vous me l'affirmiez, je n'ai pas besoin d'autre chose; et même, si vous voulez bien, vous me récrirez, mais ne niellez rien de plus que ce que je vous demande. » Celte dame faisait là toute la psychologie du douleur. Ce qu'il demande d'instinct contre son doute, i une croyance qui le satisfasse. Nous verrons a propos dd traitement l'importance capitale que ces observations ont pour la bonne direction des douteurs.

Quant au besoin d'excitation qu'éprouvent certains douleurs il provient d'une remarque que font beaucoup de douleurs, c'est que lorsqu'ils sont un peu excités leur doute se dissipe» leur obsession s'éloigne. E>e là à rechercher les causes d'excitation il n'y a qu'un pas. Les uns la troui dans la griserie à un certain degré, d'autres dans tout ce qui est nouveau, d'autres dans la poursuite de certains idéals, de certaines ambitions. Est-ce pour relever leur

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