‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 9 sur 135 · DOUTE SLR LE MONDE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

DOUTE SLR LE MONDE EXTÉRIEUR

nouvelle croyance s'est formée ; la lutte entre les éléments anciens de la personnalité, entre les représentations du passé et les perceptions du présent, a cessé, pour faire place à un système nouveau de rapports entre le monde extérieur et le moi. Nous voyons donc la, comme partout, le doute correspondre à un remous, à un changement, à un mouvement dans les sentiments, les sensations, les représentations, à la période de transition entre une croyance et une autre, entre un système de croyances et un autre système. Cette transition est souvent marquée, au moment de la substitution définitive de ta croyance nouvelle à l'ancienne par un phénomène que j'ai nommé la nHrospection. il consiste en ce que le sujet en proie au doute repasse avec une rapidité extrême et une précision de détails extraordinaire toute son existence passée jusqu'à une date quelquefois très reculée, et que tous les événements auxquels il a assisté, tous les sentiments qu'il a éprouvés-, tous les actes qu'il a accomplis, lui apparaissent sous un nouveau joui\ orientés suivant une nouvelle direction» dans des rapports tout nouveaux pour lui, et organisés autour d'une conception nouvelle du moi et de la vie. C'est alors la certitude, la croyance et la conviction absolues, qui succèdent au doute, amenant soit de la résignation douloureuse comme chez le mélancolique, soit du désespoir comme chez Fhypochondriaque, soit de la révolte comme chez le persécuté.

Maïs il n'y a pas que dans les psychoses qu'on peut observer ces périodes de doute intercalées entre deux croyances, la normale et la délirante, correspondant au conflit entre ces deux croyances. Il est une autre transformation de la personnalité qui en présente une semblable, avec le même phénomène de rétrospection, suivi cette fois, non de douleur ou de révolte, mais de sérénité ou d'ardeur : c'est la conversion, religieuse ou philosophique. On sait de quelles angoisses, de quels doutes, de quelles alterna-

Uves, bsI composée la période de recherche de 3a vérité morale ou religieuse, sous quelle forme explosive la conversion se produit souvent après une méditation, un examen de conscience embrassant tout le champ de ims sentiments et de nos connaissances, pour établir nos rapports avec le monde et la divinité. La encore noua constatons que le doute consiste dans le conflit des croyances et non pas dans ta formation d'une croyance, car il faut qu'il y ait conversion pour qu'il y ait doute. L'enfant ou le catéchumène ignorant auquel on enseigne ou Ton révèle une doctrine religieuse ou morale l'accepte plus ou moins facilement, avec plus ou moins de réflexion, mais sans les doutes du croyant qui se convertit à une autre croyance. Nous ne saurions nous étendre ici sur cette transformation de la personnalité qui constitue la conversion, et dont le doute n'est que la traduction, Ce cas nous montre cependant, comme les psychoses commençantes tout à l'heure, qur le doute n'est pas seulement un phénomène limité à certaines portions de laclivïlé mentale, mais qu'il tient en réalité à toute la personnalité, qu'il n est pas un phénomène d'ordre intellectuel, idéologique, mais au contraire d'ordre affectif, sensitif et eénesthésique, c'est-à-dire mettant en jeu tous les éléments les plus profonds de notre personnalité physique et morale*

Au lieu d'aboutir à une croyance nouvelle concernant le monde extérieur et ses rapports avec nous, le doute peut persister en nous donnant l'impression que ce monde est changé, sans qu'on puisse d'ailleurs préciser en quoi. C'est alors ce sentirnentde « drôle », « d'étrange », de a bizarre >> t d'« irréel », que tant de douleurs obsédés accusent. Ce n'est pas ici le moment de chercher à quoi tient le sentiment du réel qui est ainsi troublé, et qui ne l'est que chez un certain nombre de douleurs. On a cru y voir un des caractères fondamentaux de cet état de faiblesse cérébrale carac-

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