‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 82 sur 135 · CONSÉQUENCES AFFECTIVES · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES AFFECTIVES

vité|, l'impressionnabilité exagérées et sans cause apparente.

Ou bien ce sont vraiment des conséquences du doute, auquel cas ils apparaissent plus ou moins longtemps après son installation. C'est souvent môme à la réflexion, quand les douleurs raisonnent sur eux-mêmes, ]que ces sentiments se développent. N'bsMI pas naturel, quand on constate qu'on est constamment obsédé, troublé, fatigué, qu'on ne peut pas sans difficulté et sans effort faire ce que les autres font et ce qu'on faisait soi-même autrefois, n'est-il pas légitime, de se sentir incapable, insuffisant, et d'en concevoir, chacun suivant son caractère, de l'humilité, ou de la révolte, ou de la tristesse; de se sentir poussé à s'isoler, h, fuir tout ce qui est nouveau, ou au contraire d'avoir peur d'être seul en Face de soi-même, de rechercher ce qui est nouveau pour s'exciter un peu, momentanément au moins?

Comment, lorsqu'on est épuisé par une lutte incessante contre des obsessions ou des phobies, ne pas avoir le sentiment qu'on manque de résistance, ou qu'on est arrêté, inhibé et épuisé ? Comment aussi ne pas chercher de la protection auprès de ceux qu'on sent plus forts que soi, comment ne pas désirer être aimés par eux 1 pour avoir plus de sécurité ? Comment des femmes, timides, humbles, n'auraienl-elles pas le besoin d'aimer, de se dévouer, pour montrer qu'elles sont comme les autres Femmes, qu'elles ont un cœur — et des sens — qu'elles ne demandent qu'à employer, malgré leur apparence qui les fait méconnaître et tenir à l'écart, ou considérer comme des quantités négligeables?

Et celte apparence, qui fait méconnaître le véritable fond des douleurs, ne résulte-t-elle pas de ce que te doute entraîne? Les uns sont maladroits, gauches; les autres sont lents et toujours en retard, arrêtés par toutes sortes d'hésitations, de scrupules; d'autres sont désordonnés, Solukr. — Doute. t8

oublieux, inattentifs et se font traiter de paresseux; ils sont inutiles par conséquent et finissent par passer pour des incapables, des inactifs, qu'on ne peut employer à rien.

Tous vous racontent alors que précisément ils n'aiment rien tant que l'exactitude et souffrent de leurs retards, de leur lenteur; qu'ils aiment Tordre, mais que leurs manies les font changer continuellement de méthode, de direction, de suite dans ce qu'ils font, et qu'ils ne changent ainsi que pour mieux faire; qu'ils souffrent de passer pour désordonnés, oublieux et incapables de rien terminer de ce qu'ils commencent.

Mais comment pourraient-ils se justifier, faire comprendre qu'ils sont précisément le contraire de ce qu'ils paraissent? Qui les croirait? Alors ils se renferment en eux-mêmes, se découragent, s'attristent, ou ont des moments de révolte contre les gens et les choses, contre la vie, sont repris dans d'autres par un enthousiasme dont la durée leur parait certaine et qui va leur permettre de réaliser enfin ce qu'ils veulent, de se montrer ce qu'ils sont.

Mais ces élans, ces accès d'énergie ne durent pas longtemps, car leur capacité d'énergie disponible est bien faible. Ils se lancent dans une nouvelle entreprise qui leur parait superbe, qui répond à tous leurs goûts, à tous leurs désirs, mais à peine à l'œuvre ils s'aperçoivent des difficultés, des responsabilités; ils sont repris de doutes, d'hésitations, de scrupules et obligés d'abandonner la partie, jusqu'à ce que, toujours en quête d'utilisation de leurs facultés, ils recommencent dans une nouvelle voie, avec le même zèle, la même foi, le même espoir, pour aboutir à la même déception et au même avortement.

Les douteurs, les obsédés, les phobiques sont des gens très malheureux, qu'il faut plaindre et rassurer, mais qu'il faut diriger, à qui il faut imposer sa volonté, même malgré

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eux, dans leur propre intérêt. Ils le sentent bien, du reste, et, s'ils refusent de se soumettre, ils sont les premiers à revenir demander aide et confiance, à ceux qu'ils ont vus sincères et dont les affirmations et les prévisions se sont réalisées.

Tous ces sentiments sont donc naturels et il n'y a pas besoin d'être douteur ou psychasthénîque pour les éprouver. Je ne puis les regarder comme des signes et encore moins des stigmates dune maladie psychique quelconque. Ils sont variables suivant les caractères et les tempéraments, suivant l'éducation, l'intelligence, les habitudes, comme tous les son ti monts humains en présence des circonstances, voilà tout.

c) Conséquences émotionnelles. — Elles sont de deux ordres, l'angoisse et la phobie.

Angoisse. — Nous avons rejeté à cette place l'étude de l'angoisse qui appartient en réalité aux phénomènes constitutifs du doute, liais elle se manifeste d'une façon si marquée dans les phobies, qu'il nous a paru préférable de l'examiner en même temps qu'elles.

L'angoisse, depuis le sentiment de malaise le plus vague jusqu'à l'anxiété avec agitation la plus violente, est un des éléments primitifs, essentiels du doute, comme nous lavons vu, non seulement dans le doute pathologique, mais dans le doute ordinaire, normal, accidentel. Elle peut même être très vive dans ce dernier.

L'angoisse peut se manifester sous diverses formes* C'est tantôt un simple malaise, un peu nauséeux, ou un serrement de la gorge ou du cœur, avec un sentiment d'appréhension, qui engendre des pressentiments lugubres ou évoque des souvenirs pénibles; ou c'est une inquiétude vague, se traduisant par un énervement général dans les membres, avec un besoin de changer d'attitude, de remuer

pour remuer. On retrouve dans ces manifestations l'ébauche de la grande angoisse, avec troubles viscéraux, sensations cérébrales et musculaires, agitation, anxiété morale et peur.

Elle peut se montrer soit sous la forme diffuse et viscérale, avec prédominance de troubles vaso-moteurs, ou circulatoires, ou respiratoires, ou gastro-intestinaux; soit sous la forme intellectuelle, cérébrale, qu'on désigne plus spécialement sous le nom d'anxiété. Il est inutile d'insister sur ces différents phénomènes, qui sont ceux bien connus des émotions en général, et de la peur en particulier. C'est, en effet, à ce genre d'émotion que se bornent presque uniquement les manifestations émotionnelles du doute.

Mais si l'angoisse nous est connue, elle présente cependant quelques particularités chez les obsédés et les phobiques. Elle peut se manifester d'une façon isolée, sous forme de crise, sans qu'aucune idée précise l'accompagne ou la provoque. C'est un état d'angoisse diffuse, de panophobie. Les malades ressemblent dans ces cas à certains hallucinés ayant des hallucinations terrifiantes ; ils ont les yeux hagards, leur pouls se précipite, leur respiration s'accélère; ils sont rouges ou pâles, avec des sueurs ou, au contraire, la chair de poule, bref avec tous les signes d'une vive terreur; ils n'osent rien toucher, se rejettent en arrière au' moindre contact, sursautent au moindre bruit, ont Fair de ne pas comprendre ce qu'on leur dit, cherchent à fuir, ont des sursauts ou des tremblements.

Il en est qui sont en ce moment sous l'empire d'un rêve terrifiant dont ils ne conservent qu'un souvenir très vague ou nul quand la crise cesse, ou qu'on les secoue. Dans certains cas aussi ils éprouvent brusquement, dans la tête des sensations de renversement, des secousses fulgurantes douloureuses, qui leur font craindre que leur cerveau n'éclate. Beaucoup d'obsédés avec troubles d'acénes-

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