‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 84 sur 135 · ANGOISSE ET PHOBIE · texte numérisé non relu

ANGOISSE ET PHOBIE

S'y trouvant un jour il entend dire que quelqu'un est tombé en descendant du train encore en marche et s'est toé. Il songe aussitôt que pareille chose pourrait d'autant plus lui arriver qull est très grand et est obligé de se courber pour gagner l'escalier en longeant le wagon. Il en ressent une impression pénible, puis n'y pense plus. Mais le lendemain, en reprenant le train, il repense à l'accident possible, a peur, et n'ose pas remonter sur l'impériale. Les choses vont bien pendant quelque temps ainsi, mais bientôt l'idée lui vient qu'en descendant du compartiment fermé il peut également tomber sous le train s'il n'est pas bien arrêté* Il n'ose plus monter sans angoisse dans un compartiment même fermé, et il est bientôt obligé de renoncer à prendre le chemin de fer.

Je passe sur l'extension que prirent ses phobies par la suite* N'a-t-on pas le droit de dire qu'ici l'idée a amené l'angoisse, et cela parce qu'elle comportait une possibilité d'un événement dangereux et par conséquent redoutable?

Prenons encore un autre cas. Une dame se trouve aux fauteuils d'orchestre, presque au milieu du rang, loin de la sortie. La chaleur de la-salle lui faisait mal. Elle sent qu'elle va s'évanouir, se raidit le plus qu'elle peut, angoissée à Tidée qu'elle va perdre connaissance, troubler la représentation, être emportée hors de la salle, etc* Mais malgré tout elle s'évanouit et on l'emporte en effet. Revenue à elle, elle rentre chez elle, et le lendemain il ne subsiste rien de son malaise de la veille, Mais lorsqu'elle retourne au théâtre, sans s'être cependant préoccupée de la place retenue, elle est prise d'angoisse en pensant à ce qui s'est produit la dernière fois et qui va peut-être se reproduire encore. Elle ne peut rester à la place où elle est ; il faut qu'elle soit à l'extrémité du rang sur le strapontin, ou dans une loge. Là seulement elle n'a pas peur. Cette phobie n'est que la reproduction, la représentation de ce qu'elle a réellement

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éprouvé le jour où elle s'est trouvée indisposée et a perdu connaissance.

11 me semble qu'ici nous sommes en présence d'une simultanéité de l'angoisse et de l'idée, par suite d'une assoriîtiinn préétablie entre elles. C'est également ce qui se produit dans l'agoraphobie, où, au début tout au moins, l'association entre l'élément intellectuel ou représentatif, et félôment émotionnel apparaît nettement. Tel est le cas de cet agoraphobe qui fut pris pour la première fois d'un vertige avec sensation angoissante devant un bec de gaz du boulevard Haussmann auquel il s'accrocha, croyant qu'il allait tomber. Il continua sa route et n'éprouva plus rien le reste de la journée. Mais le lendemain, en passant prés de ce bec de gaz, il fut repris d'angoisse et de la peur de tomber. La vue du bec de gaz a-t-elle éveillé d'abord l'angoisse — sans vertige cette fois — ou l'idée de tomber, c'est ce qu'il est bien difficile de dire et ce que le malade lui-même était incapable de préciser. Tout arrivait à la fois.

Nous voici donc en présence de trois cas où l'élément émotionnel et l'élément intellectuel qui constituent la phobie semblent obéir à des rapports différents.

Dans le premier cas l'angoisse est diffuse et primitive, et l'idée phobique n'en est que l'interprétation, l'explication.

Dans le second cas une idée comportant une réaction de peur — phobie — amène l'angoisse.

Enfin, dans le troisième, idée ou représentation d'une part, émotion et angoisse, d'autre part, sont simultanées, ou associées si étroitement qu'elles semblent l'être et le sont vraisemblablement.

Mais dans les trois cas il y a un élément commun essentiel et préalable : c'est fémotivité exagérée. Chez tous les phobiques, comme chez tous les obsédés, chez tous les douleurs, on retrouve cette émotivité, qui avait si justement fait décrire ces cas si variés comme du délire émotif

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